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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2103414

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2103414

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2103414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP IOCHUM & GUISO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 12 mai 2021, 10 septembre 2021, 25 septembre 2023 et un mémoire récapitulatif enregistré le 17 novembre 2023 produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, Mme B D et M. C A doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 6 avril 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Solgne a approuvé son budget primitif de 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Solgne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le mémoire en défense est irrecevable, dès lors, d'une part, qu'il a été enregistré au-delà du délai de deux mois imparti par le présent tribunal dans son courrier du 1er juin 2021 de communication de la requête, et d'autre part que le maire de la commune de Solgne n'a pas reçu une délégation suffisamment précise du conseil municipal pour représenter la commune en justice ;

- la prise en compte partielle du budget consacré à la maison dentaire méconnaît le principe d'annualité budgétaire et entache le budget primitif 2021 d'insincérité ;

- le transfert de la compétence périscolaire à la communauté de communes du sud messin à compter du 1er septembre 2020 impliquait une révision du montant de l'attribution de compensation qui n'apparaît pas dans la présentation du budget 2021, qui est ainsi entaché d'insincérité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2021, la commune de Solgne, représentée par Me Iochum, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D et M. A une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient les moyens soulevés par Mme D et M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 9 décembre 2021 relatif à l'instruction budgétaire et comptable M. 14 applicable aux communes et aux établissements publics communaux et intercommunaux à caractère administratif ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,

- les observations de Mme D.

Une note en délibéré présentée par Mme D et M. A a été enregistrée le 9 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 611-1 du code de justice administrative : " La requête, le mémoire complémentaire annoncé dans la requête et le premier mémoire de chaque défendeur sont communiqués aux parties avec les pièces jointes dans les conditions prévues aux articles R. 611-2 à R. 611-6 ".

2. Il ne résulte pas de cette disposition, ni d'aucun autre texte législatif ou règlementaire, que le délai imparti par le tribunal lors de la communication d'une requête serait prescrit à peine d'irrecevabilité. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que la circonstance que la commune de Solgne a produit un mémoire en défense au-delà du délai de deux imparti par le tribunal dans son courrier du 1er juin 2021 entacherait ce mémoire d'irrecevabilité.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, (), par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° d'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal ".

4. Par une délibération du 4 août 2021, le conseil municipal de Solgne a spécifiquement habilité son maire à défendre en justice les intérêts de la commune dans la présente instance. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les écritures en défense de la commune seraient irrecevables faute pour le maire de justifier d'une délégation pour représenter la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2311-1 du code général des collectivités territoriales : " Le budget de la commune est l'acte par lequel sont prévues et autorisées les recettes et les dépenses annuelles de la commune () ". Aux termes de l'article L. 2311-3 de ce code :

" I - Les dotations budgétaires affectées aux dépenses d'investissement peuvent comprendre des autorisations de programme et des crédits de paiement. Les autorisations de programme constituent la limite supérieure des dépenses qui peuvent être engagées pour le financement des investissements. Elles demeurent valables, sans limitation de durée, jusqu'à ce qu'il soit procédé à leur annulation. Elles peuvent être révisées. Les crédits de paiement constituent la limite supérieure des dépenses pouvant être mandatées pendant l'année pour la couverture des engagements contractés dans le cadre des autorisations de programme correspondantes. L'équilibre budgétaire de la section d'investissement s'apprécie en tenant compte des seuls crédits de paiement () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'estimation produite par les requérants, que la commune de Solgne a prévu de créer une maison dentaire dont le coût total est évalué à 503 628 euros hors taxes. D'une part, si les requérants soutiennent que le principe de l'annualité budgétaire a été méconnu au motif que la commune défenderesse n'a inscrit que

200 000 euros de crédits pour assurer la construction du bâtiment, le principe qu'ils invoquent n'interdit nullement d'étaler le financement d'un investissement au cours de plusieurs exercices budgétaires. D'autre part, la circonstance que les crédits votés au titre de l'exercice 2021 sont limités à 200 000 euros ne permet pas d'établir que le principe de sincérité budgétaire a été méconnu et si les requérants font également valoir qu' " il n'y a aucune assurance que la commune puisse financer la totalité des travaux ", ils n'apportent aucun élément en ce sens. Enfin, les requérants n'établissent, en tout état de cause, pas que l'opération d'équipement n° 10005 " voirie ", budgétée à hauteur de 160 687 euros pour 2021, inclurait la réalisation du parking de la maison de santé comme ils le soutiennent. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que, faute pour le budget primitif de la commune de Solgne de 2021 de prévoir une dépense d'investissement de 500 000 euros pour la maison dentaire, les principes d'annualité et de sincérité budgétaires auraient été méconnus.

7. En deuxième lieu, la circonstance que le chapitre 73 " impôts et taxes " prévoit des recettes au titre des attributions de compensation pour un total de 56 000 euros, soit un montant identique aux prévisions de l'exercice budgétaire précédent, ne saurait, à elle seule, établir que cette estimation de recettes serait insincère.

8. En troisième lieu, aux termes du tome I de l'instruction budgétaire et comptable

M. 14 : " Compte 655 - Contingents et participations obligatoires. Ce compte enregistre des contributions au fonctionnement courant d'organismes, rendues obligatoires par la loi () ".

9. Mme D et M. A soutiennent que le budget en litige serait également insincère en ce qu'il ne prévoirait pas de crédits de participation aux charges de fonctionnement de la communauté de communes du sud messin (CCSM) qui est compétente pour la gestion de l'accueil périscolaire, alors que la commission locale d'évaluation des charges transférées a évalué la participation de la commune de Solgne à 48 139,94 euros. Cependant, cette commission a rendu son rapport d'évaluation le 31 mai 2021, soit postérieurement à l'adoption du budget en litige et, en tout état de cause, des crédits ont été votés à hauteur de 100 000 euros pour le compte 65548 " autres contributions ", qui est une subdivision du compte 655 défini au point précédent, et les requérants ne font état d'aucun élément de nature à établir que ces crédits n'auraient pas vocation à couvrir la participation de la commune au fonctionnement de la CCSM. Par suite, le moyen tiré de l'insincérité du budget primitif 2021 sur ce point ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 6 avril 2021 par laquelle le conseil municipal de Solgne a adopté le budget primitif de la commune pour l'année 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Solgne, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D et M. A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge Mme D et M. A la somme demandée par la commune de Solgne au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme D et M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Solgne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à M. C A et à la commune de Solgne.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mai 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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