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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2103571

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2103571

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2103571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mai 2021 et 19 septembre 2022, Mme D C épouse A, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Moselle lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

-la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que ses motifs ne lui ont pas été communiquées ;

-elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-il a statué sur la demande de Mme A par un arrêté du 2 février 2022 qui s'est substitué à la décision implicite attaquée ;

-les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E B.

- et les observations de Me Thiebaut substituant Me Dollé, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérien née en 1968, est entrée en France le 16 juin 2019 sous couvert de son passeport algérien revêtu d'un visa de court séjour valable 30 jours. Elle s'est irrégulièrement maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et a sollicité le 29 septembre 2020 son admission au séjour. Elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet de la Moselle sur cette demande.

Sur les conclusions dirigées contre une décision implicite :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Le préfet de la Moselle fait valoir qu'il a confirmé, par un arrêté du 2 février 2022, la décision implicite rejetant la demande de titre de séjour présentée le 29 septembre 2020 par Mme A. Cette décision explicite de rejet s'est ainsi substituée à la décision implicite antérieure. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Par suite, les moyens dirigés contre la décision par laquelle le préfet de la Moselle a implicitement refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, sont inopérants.

Sur la légalité de l'arrêté du 2 février 2022 :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation ne peut être accueilli.

5. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédents ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d' autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Ni les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne garantissent à un ressortissant algérien le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, si Mme A se prévaut de son union avec un compatriote, il ressort des pièces du dossier que ce mariage, qui a été célébré le 12 juin 2019 en Algérie, est très récent. Par ailleurs, si Mme A soutient que l'état de santé de son mari rend nécessaire l'assistance d'une tierce personne, elle ne démontre pas qu'elle est la seule à pouvoir lui apporter cette aide. Au demeurant, eu égard à la nationalité algérienne de son mari, rien ne s'oppose à ce que les époux A puissent régulièrement poursuivre leur vie privée et familiale ensemble dans leur pays d'origine. Enfin, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 51 ans et où sont demeurés ses trois enfants et ses frères et sœurs. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressée en France et à la circonstance qu'elle est éligible au regroupement familial, la condition de ressources ne lui étant pas opposable en raison du handicap de son mari, le préfet de la Moselle n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision a été prise. Par suite, la décision en litige ne méconnaît ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans les circonstances susrappelées, la décision attaquée n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse A et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. B

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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