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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104054

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104054

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantLE GUENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2021, M. B, représenté par Me Le Guennec-Schmitt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 avril 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2021.

Par une ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juillet 2023 à 12 heures.

M. B a produit un mémoire enregistré le 29 août 2023 postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Michel Richard.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 26 octobre 1999, de nationalité géorgienne, est entré en France, le 11 août 2016, et a présenté une demande d'asile le 19 décembre 2017. Par une décision du 29 avril 2021, la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que M. B a sollicité, le 22 avril 2021, une demande réexamen de sa demande d'asile. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions relatives à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 10 juin 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions du requérant, tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 de ce code : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 (). La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ".

4. Il ressort des mentions figurant sur la décision attaquée que l'OFII a, pour refuser d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, visé les dispositions de l'article du 2° de l'article L. 744-8 relatif à la possibilité de refuser les conditions matérielles d'accueil en cas de demande de réexamen de la demande d'asile ou de sollicitation de l'asile dans un délai supérieur à 90 jours ainsi que les dispositions de l'article D. 744-37 et a opposé à l'intéressé le motif tiré de ce qu'après examen de sa situation, il s'avère qu'il sollicite une demande de réexamen de sa demande d'asile.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat médical fourni par le requérant qui, bien que traduit en anglais, laissait en l'espèce clairement entendre la nature des problèmes médicaux rencontrés par le requérant, de la fiche d'évaluation de vulnérabilité par laquelle l'intéressé a déclaré avoir des problèmes de santé et déposé des documents médicaux sous pli confidentiel, ce qui justifiera la remise d'un certificat médical vierge pour avis MEDZO, et enfin de cet avis MEDZO émis postérieurement à la décision contestée qui, s'il ne conclut pas à un caractère d'urgence, recommande l'hébergement, que le requérant souffrait de problèmes de santé touchant ses reins, entraînant un dysfonctionnement de la filtration rénale pouvant nécessiter une hospitalisation et un traitement antibiotique, avec une surveillance constante par un néphrologue. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette situation ait été prise en compte par l'OFII avant de décider de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il s'agissait d'une demande de réexamen de sa demande d'asile.

6. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le directeur de l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier préalable et sérieux de sa situation de vulnérabilité avant de prendre sa décision de refus des conditions matérielles d'accueil.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 avril 2021 portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Il résulte de l'instruction que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande de réexamen de la demande d'asile de M. B. Dans ces conditions et à la date de la présente décision, l'intéressé ne pouvant se maintenir sur le territoire français au bénéfice de sa demande d'asile, il ne peut plus bénéficier des conditions matérielles d'accueil, les conclusions à fin d'injonction tendant à ce que les conditions matérielles d'accueil lui soient accordées dans un délai maximal de dix jours à compter de la notification du présent jugement telles qu'elles sont formulées par le requérant, ou à défaut au réexamen de sa situation, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. B étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que

Me Le Guennec-Schmitt, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Le Guennec-Schmitt de la somme de 1 000 euros hors taxes.

D E C I D E :

Article 1 : M. B étant admis à l'aide juridictionnelle totale, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 29 avril 2021 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 1000 euros à Me Le Guennec-Schmitt, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Le Guennec-Schmitt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le jugement sera notifié à M. A B, à Me Le Guennec-Schmitt et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie ensemble sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le premier assesseur.

A. Lusset

Le président rapporteur,

M. Richard

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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