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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104094

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104094

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantKAUFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 juin 2021 et le 21 décembre 2021, M. A B et Mme C B, représentés par Me Kauffmann, demandent au tribunal :

1°) de fixer le montant de leurs déficits fonciers reportables de l'année 2016 à 400 107 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les travaux entrepris sur leur maison à Cernay sont déductibles à hauteur de 403 339,37 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2021, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête et à ce que le montant des déficits fonciers reportables soit fixé à 163 119 euros.

L'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est fait valoir que le moyen de la requête n'est pas fondé et que, après correction d'une erreur de calcul, le montant du déficit foncier reportable n'est pas de 160 688 euros mais de 163 119 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle sur pièces ayant porté sur l'année 2016, M. et Mme B ont été destinataires d'une proposition de rectification du 2 août 2018, notifiée suivant la procédure contradictoire, par laquelle l'administration a réduit à 90 905 euros leurs déficits fonciers reportables, déclarés en 2017 à hauteur de 493 721 euros. Dans sa réponse aux observations du contribuable du 7 novembre 2018, l'administration a fixé ce montant à 160 688 euros. M. et Mme B demandent au tribunal de corriger le montant de leurs déficits fonciers reportables de l'année 2016 en le fixant à 400 107 euros.

Sur la demande de l'administration tendant à fixer le montant des déficits fonciers reportables à 163 119 euros :

2. Il appartient à l'administration, si elle s'y croit tenue, de réviser elle-même la décision par laquelle elle a corrigé le montant des déficits fonciers reportables déclarés par M. et Mme B. Sa demande, dès lors, ne peut être accueillie.

Sur les conclusions de M. et Mme B :

3. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : / I. du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus ; si le revenu global n'est pas suffisant pour que l'imputation puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté successivement sur le revenu global des années suivantes jusqu'à la sixième année inclusivement. / Toutefois, n'est pas autorisée l'imputation : / () / 3° Des déficits fonciers, lesquels s'imputent exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes ; ". Aux termes de l'article 31 du même code : " I. - Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; () / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement, ainsi que des dépenses au titre desquelles le propriétaire bénéficie du crédit d'impôt sur le revenu prévu à l'article 200 quater ou de celui prévu à l'article 200 quater A ; / b bis) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux professionnels et commerciaux destinées à protéger ces locaux des effets de l'amiante ou à faciliter l'accueil des handicapés, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement ". Au sens de ces dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction, ceux qui comportent la création de nouveaux locaux d'habitation, ou qui ont pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre, ainsi que les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à des travaux de reconstruction, et, comme des travaux d'agrandissement, ceux qui ont pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable des locaux existants. Des travaux d'aménagement interne, quelle que soit leur importance, ne peuvent être regardés comme des travaux de reconstruction que s'ils affectent le gros œuvre ou s'il en résulte une augmentation du volume ou de la surface habitable. Par ailleurs, il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives, qui sont constituées de factures, de plans, de photographies et de tous autres éléments permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.

4. M. et Mme B sont propriétaires aux termes d'un acte de donation-partage du 23 septembre 1996 et d'un acte de donation du 19 septembre 2014, d'un immeuble situé à Cernay qui accueillait au rez-de-chaussée des locaux professionnels et comportait, aux 1er et 2e étages, un logement, chacun des deux logements comptant une cave au sous-sol. Le 3e étage était occupé par un logement, un grenier et une dépendance à usage commercial. M. et Mme B ont entrepris des travaux de réhabilitation de cet immeuble ayant consisté à rénover le local professionnel du rez-de-chaussée et à créer dans les étages supérieurs trois appartements, tous ces locaux étant destinés à la location. Ils ont également créé de nouveaux balcons, travaux pour lesquels ils ont obtenu un permis de construire le 23 novembre 2015.

5. En premier lieu, les requérants reconnaissent que les travaux entrepris au 3e étage de l'immeuble ont eu pour effet d'augmenter la surface habitable. Par ailleurs, contrairement à ce qu'ils soutiennent, certains des travaux entrepris dans la cave, le rez-de-chaussée et les deux premiers étages ont porté atteinte de manière importante au gros œuvre. Ainsi en est-il, pour la cave, des travaux ayant consisté à reboucher l'ancienne trémie et supprimer l'escalier, à la pose d'un treillis soudé pour renfort de chape sur partie terre et pour les travaux de décaissement du béton. Il en est également ainsi, pour le rez-de-chaussée, des travaux portant création d'une trémie d'escalier, et pour les trois étages, des travaux sur façade effectués par la condamnation et la création d'ouvertures pour la création de trois balcons, en lieu et place de deux balcons plus petits, reliés et soutenus par une structure métallique comprenant trois poteaux en fer repris en pieds sur trois fondations. Ainsi, sans qu'il y ait lieu de déterminer si les travaux effectués aux deux premiers étages ont augmenté la surface habitable, les dépenses exposées pour ces travaux doivent être regardés comme des travaux de reconstruction et ne sont pas déductibles, conformément aux dispositions précitées au point 2.

6. En deuxième lieu, les factures produites par M. et Mme B se rapportent à des travaux qui sont indissociables de ceux mentionnés au point précédent et dont les dépenses correspondantes ne sont pas déductibles. Ainsi en est-il de la facture Lozza TP du 16 mars 2016 pour 10 402,70 euros en ce qu'elle correspond notamment à des travaux relatifs aux terrasses et à l'évacuation des encombrants, de la facture Chape Isole Cernay du 22 avril 2016 pour 2 942,42 euros relative aux travaux de pose de la chape, indissociables de ceux de pose du treillis soudé et de décaissement béton au sous-sol, de la facture SB Métal du 10 juin 2016 pour 36 559,40 euros correspondant aux travaux de remplacement des deux balcons aux 1er et 2ème étage, de la facture Meyer du 27 juillet 2016 pour 9 996,80 euros correspondant aux travaux de remplacement de la cuisine au 3e étage. Il en est de même des travaux de remise en état de l'intégralité de l'installation électrique de l'immeuble, correspondant aux acomptes HD électricité du 27 septembre 2016 pour 24 500 euros, des travaux de réfection des menuiseries aux trois étages, correspondant à la facture Meyer du 27 juin 2016 pour 9 544,70 euros, des travaux de réfection des installations sanitaires aux trois étages, correspondant à la facture Florival Lautenbach du 16 novembre 2016 pour 21 324,60 euros et des travaux de réfection du chauffage aux trois étages, correspondant à une autre facture Florival Lautenbach du 31 décembre 2016 pour 27 732,10 euros. Par ailleurs, pour plusieurs dépenses dont le caractère déductible est allégué, les requérants n'en établissent en tout état de cause pas le montant exact, notamment en se bornant à établir, à partir de factures, des quote-part de manière imprécise. Ainsi en est-il des dépenses alléguées sur la base de la facture ADS Plâtre Bandenheim du 14 novembre 2016 pour un montant de 51 926,60 euros, de la facture De Pinho du 29 janvier 2016 pour un montant de 17 561,50 euros, de l'autre facture de Pinho du 25 juillet 2016 pour 1 386 euros, de la facture Chape Isole Cernay du 31 mars 2016 pour 7 528,98 euros, de la facture Di Foggia du 12 octobre 2016 pour 22 945 euros, de la facture Meyer du 27 juillet 2016 pour 5 805,80 euros, de la facture Peinture Bueb du 24 octobre 2016 pour 22 000 euros, de la facture Meyer du 27 juillet 2016 pour 9 996,80 euros correspondant aux travaux de remplacement des cuisines aux deux premiers étages et, enfin, de la facture Lozza TP du 16 mars 2016 pour 10 402,70 euros en ce qu'elle correspond aux travaux de dépose et d'évacuation de l'ensemble des menuiseries intérieures et extérieures à rénover, des cloisons en bois et de l'ensemble des plinthes du sous-sol ainsi que des poteaux.

7. En troisième lieu, en ce qui concerne les travaux effectués au rez-de-chaussée sur le local commercial, conformément aux dispositions précitées du b bis) du I de l'article 31 du code général des impôts, seules sont déductibles les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux professionnels et commerciaux destinées à protéger ces locaux des effets de l'amiante ou à faciliter l'accueil des personnes handicapées, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement. Par suite, ne sont pas déductibles la dépense exposée pour le règlement de la facture Hilzinger Strasbourg du 30 mars 2016 pour 17 627 euros et qui pourtant a déjà été admise à hauteur de 13 407 euros, correspondant à des travaux relatifs à la réfection des menuiseries extérieures. N'est pas davantage déductible la dépense exposée pour la facture ERDF du 29 octobre 2016 pour 4 874,82 euros correspondant à des travaux de réhabilitation des raccordements électriques. Ne sont pas non plus déductibles en ce qu'elles se rapportent à des travaux qui ne sont pas dissociables des travaux de reconstruction entrepris les dépenses correspondant aux travaux de pose d'une rampe intérieure et d'un WC pour faciliter l'accueil des personnes handicapées, correspondant à une facture Meyer du 27 juillet 2016 pour 1 461,79 euros.

8. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, les requérants ne sont pas davantage fondés à soutenir que sont déductibles les honoraires versés au maître d'œuvre pour la supervision de l'ensemble des travaux entrepris.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander que le montant de leurs déficits fonciers reportables de l'année 2016 soit fixé à 400 107 euros. Leur requête doit par suite être rejetée, y compris leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La demande de l'administration tendant à fixer le montant des déficits fonciers reportables à 163 119 (cent soixante-trois mille cent dix-neuf) euros est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Mme C B, ainsi qu'à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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