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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104201

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104201

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 juin 2021, 4 avril 2022 et 22 mai 2022, M. B D, représenté par la SELARL Cossalter, De Zolt et Couronne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2021 par lequel le maire de Florange a retiré le permis de construire une maison d'habitation, d'une surface de plancher de 177 mètres carrés, sur un terrain situé Rue de la Marck ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Florange une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il était bénéficiaire d'un permis de construire tacite dès le 14 février 2021 et que la notification du refus de permis, le 18 février 2021, équivaut à un retrait de permis non précédé d'une procédure contradictoire ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et celles de l'article Uc 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Florange.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février 2022 et 4 mai 2022, la commune de Florange, représentée par la SELARL Olszak et Lévy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le recours gracieux exercé avant la notification de la décision n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux, et qu'elle ne tend pas également à l'annulation de la décision rejetant le recours gracieux ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Bizzarri qui substitue Me Cossalter, avocat de M. D,

- les observations Me Greze qui substitue Me Olszak, avocat de la commune de Florange.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 décembre 2020, M. B D a déposé une demande de permis de construire portant sur la construction d'une maison d'habitation, d'une surface de plancher de 177 mètres carrés, sur un terrain situé Rue de la Marck à Florange. Par un arrêté du 11 février 2021, remis en mains propres le 18 février 2021, le maire a refusé d'accorder le permis de construire sollicité. M. D a présenté un recours gracieux contre cet arrêté le 16 février 2021, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 février 2021.

Sur les fins de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été édictée le 11 février 2021 et que le requérant a exercé un recours gracieux contre celle-ci le 16 février 2021, dans lequel il mentionne en avoir eu connaissance oralement par contact téléphonique avec les services d'urbanisme de la mairie. Ainsi, la présentation par le requérant de son recours gracieux le 16 février 2021 vaut connaissance acquise, au plus tard à cette date, de la décision attaquée. Contrairement à ce que soutient la commune, le recours gracieux du 16 février 2021 n'a pas été formé de manière anticipée, quand bien même la décision attaquée n'aurait été notifiée au requérant qu'ultérieurement, le 18 février 2021, cette notification ne pouvant davantage être regardée comme rejetant le recours gracieux.

4. D'autre part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme n'étant dirigé que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, la commune n'est pas fondée à soutenir que le requérant, qui a valablement interrompu le délai de recours contentieux contre l'arrêté du 11 février 2021 par la présentation d'un recours gracieux le 16 février 2021, aurait également dû demander, sous peine d'irrecevabilité, l'annulation de la décision de rejet de ce recours gracieux.

5. Il en résulte que les fins de non-recevoir soulevées par la commune doivent par suite être écartées.

Sur la légalité de l'arrêté du 11 février 2021 :

6. Aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". L'article R. 424-1 du code de l'urbanisme précise que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ".

7. Le requérant a déposé un dossier de permis de construire le 14 décembre 2020 pour la construction d'une maison individuelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité compétente aurait adressé au pétitionnaire une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant les pièces manquantes, prolongeant ainsi le délai d'instruction, en application des dispositions des articles R. 423-38 et suivants du code de l'urbanisme. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 11 février 2021 aurait été notifié au pétitionnaire dans le délai d'instruction de deux mois. Dans ces conditions, en vertu des dispositions précitées, le requérant est fondé à soutenir qu'il s'est trouvé bénéficiaire, à l'expiration du délai de deux mois, soit le 14 février 2021, d'un permis de construire tacite, et que l'arrêté en litige, dont il a eu connaissance au plus tard le 16 février 2021 et qui lui a été remis en mains propres le 18 février 2021, doit être regardé comme procédant au retrait de ce permis.

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

9. Si l'arrêté du 11 février 2021 mentionne la qualité de son auteur, le maire de Florange, il ne comporte pas l'indication du nom et du prénom de celui-ci. Ni la signature manuscrite, qui est illisible, ni aucune autre mention de ce document ne permet d'identifier la personne qui en est l'auteur. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

10. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Florange, applicable à la zone Uc dans laquelle se situe le projet en litige : " Les constructions et leurs extensions, ainsi que les éléments d'accompagnement (clôture, garage,) ne doivent pas porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages urbains notamment en ce qui concerne : / - Le volume et la toiture, / - L'aspect et la couleur, / - Les éléments de façade, tels que percements et balcons, / - L'adaptation au sol ".

12. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

13. Le maire de Florange a retiré le permis de construire tacite au motif que la construction projetée n'était pas en adéquation avec l'architecture des bâtiments existants, que le quartier était principalement constitué de petits collectifs de quatre logements implantés sur de grands terrains, offrant à la zone un caractère paysager des plus intéressants, et qu'il n'apparaissait donc pas opportun de densifier le secteur.

14. Il ressort des pièces du dossier que le projet doit s'implanter au sein d'un quartier majoritairement composé de petits collectifs, de type R+1+combles ou R+2+combles, construits dans les années 1950 et caractéristiques des cités ouvrières, avec une toiture à pans, entourés d'espaces verts et de teinte grise. Il ressort toutefois également des pièces du dossier que des constructions plus hétérogènes, telles des rangées de garages, des bâtiments collectifs de quatre niveaux avec toitures plates, des maisons d'habitation de type pavillonnaire sont existantes autour de la rue du Duc de Fleury, de la rue du capitaine E, de la rue d'Oury et de la rue des Ardennes. Ces constructions ne confèrent ainsi pas une unité architecturale, de façade, de toiture ou de coloris au quartier. Le projet en question, d'une hauteur à l'acrotère de 6,35 mètres, consiste à édifier une maison de type R+1, qui a vocation à être accolée à une maison similaire pour laquelle un permis de construire a également été sollicité, avec aménagement d'espaces verts à l'arrière de la parcelle. Il n'est ainsi pas établi que les matériaux et couleurs utilisés, avec des enduits de différentes teintes blanches et grises, seraient en rupture avec les lieux avoisinants. De surcroît, si le maire a considéré que la densification du secteur n'était pas souhaitable, il n'est pas contesté que le plan local d'urbanisme ne fixe aucune règle de densité dans ce quartier, et que le projet respecte les règles d'emprise au sol. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que le quartier, tant d'un point de vue architectural ou paysager, ne fait l'objet d'aucune protection particulière par le plan local d'urbanisme, et que les bâtiments à toiture plate ne sont pas interdits, le requérant est fondé à soutenir que le maire a estimé à tort que le projet méconnaissait les dispositions de l'article Uc 11 du règlement du plan local d'urbanisme et qu'il ne pouvait retirer le permis pour ce motif entaché d'illégalité.

15. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état du dossier, susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

16. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 février 2021 valant retrait de son permis de construire tacite.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Florange le paiement à M. D de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Florange demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 11 février 2021 est annulé.

Article 2 : La commune de Florange versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la commune de Florange.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

La rapporteure,

L. A

Le président,

M. C

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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