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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104219

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104219

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin 2021 et 4 avril 2022, M. A C, représenté par la SELARL Cossalter, De Zolt et Couronne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2021 par lequel le maire de Florange a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison d'habitation, d'une surface de plancher de 122 mètres carrés, sur un terrain situé Rue de la Marck ;

2°) d'enjoindre au maire de Florange la délivrance de ce permis de construire sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Florange une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et celles de l'article Uc 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Florange.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février 2022 et 4 mai 2022, la commune de Florange, représentée par la SELARL Olszak et Lévy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne tend pas également à l'annulation de la décision rejetant le recours gracieux présenté par le requérant ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Bizzarri qui substitue Me Cossalter, avocat de M. C,

- les observations de Me Greze qui substitue Me Olszak, avocat de la commune de Florange.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 décembre 2020, M. A C a déposé une demande de permis de construire portant sur la construction d'une maison d'habitation, d'une surface de plancher de 122 mètres carrés, sur un terrain situé Rue de la Marck à Florange. Par un arrêté du 11 février 2021, le maire a refusé d'accorder le permis de construire sollicité. M. C a présenté un recours gracieux contre cet arrêté le 16 février 2021, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 février 2021.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme n'étant dirigé que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, la commune n'est pas fondée à soutenir que le requérant, qui a valablement interrompu le délai de recours contentieux contre l'arrêté du 11 février 2021 par la présentation d'un recours gracieux le 16 février 2021, aurait également dû demander, sous peine d'irrecevabilité, l'annulation de la décision de rejet de ce recours gracieux. La fin de non-recevoir invoquée sur ce point doit par suite être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté du 11 février 2021 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

4. Si l'arrêté du 11 février 2021 mentionne la qualité de son auteur, le maire de Florange, il ne comporte pas l'indication du nom et du prénom de celui-ci. Ni la signature manuscrite, qui est illisible, ni aucune autre mention de ce document ne permet d'identifier la personne qui en est l'auteur. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En second lieu, aux termes de l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Florange, applicable à la zone Uc dans laquelle se situe le projet en litige : " Les constructions et leurs extensions, ainsi que les éléments d'accompagnement (clôture, garage,) ne doivent pas porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages urbains notamment en ce qui concerne : / - Le volume et la toiture, / - L'aspect et la couleur, / - Les éléments de façade, tels que percements et balcons, / - L'adaptation au sol ".

6. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. Le maire de Florange s'est opposé à la demande de permis de construire au motif que la construction projetée n'était pas en adéquation avec l'architecture des bâtiments existants, que le quartier était principalement constitué de petits collectifs de quatre logements implantés sur de grands terrains, offrant à la zone un caractère paysager des plus intéressants, et qu'il n'apparaissait donc pas opportun de densifier le secteur.

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet doit s'implanter au sein d'un quartier majoritairement composé de petits collectifs, de type R+1+combles ou R+2+combles, construits dans les années 1950 et caractéristiques des cités ouvrières, avec une toiture à pans, entourés d'espaces verts et de teinte grise. Il ressort toutefois également des pièces du dossier que des constructions plus hétérogènes, telles des rangées de garages, des bâtiments collectifs de quatre niveaux avec toitures plates, des maisons d'habitation de type pavillonnaire sont existantes autour de la rue du Duc de Fleury, de la rue du capitaine E, de la rue d'Oury et de la rue des Ardennes. Ces constructions ne confèrent ainsi pas une unité architecturale, de façade, de toiture ou de coloris au quartier. Le projet en question, d'une hauteur à l'acrotère de 6,35 mètres, consiste à édifier une maison de type R+1, qui a vocation à être accolée à une maison similaire pour laquelle un permis de construire a également été sollicité, avec aménagement d'espaces verts à l'arrière de la parcelle. Il n'est ainsi pas établi que les matériaux et couleurs utilisés, avec des enduits de différentes teintes blanches et grises, seraient en rupture avec les lieux avoisinants. De surcroît, si le maire a considéré que la densification du secteur n'était pas souhaitable, il n'est pas contesté que le plan local d'urbanisme ne fixe aucune règle de densité dans ce quartier, et que le projet respecte les règles d'emprise au sol. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que le quartier, tant d'un point de vue architectural ou paysager, ne fait l'objet d'aucune protection particulière par le plan local d'urbanisme, et que les bâtiments à toiture plate ne sont pas interdits, le requérant est fondé à soutenir que le maire a fait une inexacte application de l'article Uc 11 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Lorsque l'exécution d'un jugement ou d'un arrêt implique normalement, eu égard aux motifs de ce jugement ou de cet arrêt, une mesure dans un sens déterminé, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si, au vu de cette situation de droit et de fait, il apparaît toujours que l'exécution du jugement ou de l'arrêt implique nécessairement une mesure d'exécution, il incombe au juge de la prescrire à l'autorité compétente.

11. Aux termes l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ". Par ailleurs, aux termes de l'article de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Les dispositions introduites au deuxième alinéa de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision.

12. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ou le cas échéant d'office après mise en œuvre de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

13. En l'espèce, le motif de refus de délivrance du permis en cause est illégal. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions applicables à la date de la décision annulée s'opposeraient à la délivrance du permis ou qu'un changement de la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Florange de délivrer le permis de construire sollicité le 14 décembre 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Florange le paiement à M. C de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Florange demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 11 février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Florange de délivrer à M. C le permis de construire sollicité le 14 octobre 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : La commune de Florange versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Florange.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mai 2023.

La rapporteure,

L. B

Le président,

M. D

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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