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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104327

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104327

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTHIEBAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 21 juin 2021 et 14 avril 2022, M. B D, représenté par Me Brignatz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le directeur général de l'Office public de l'habitat de l'Eurométrole de Strasbourg (OPHEA) a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de révocation ;

2°) de mettre à la charge de l'OPHEA la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du respect du droit de la défense ;

- l'enquête administrative préalable a été conduite en méconnaissance du principe du contradictoire et de façon partiale ;

- la décision est fondée sur une erreur de fait ;

- la sanction est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors qu'aucune faute ne lui est imputable et qu'en tout état de cause la sanction est disproportionnée. ;

- la sanction viole le principe non bis in idem ;

- la révocation est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2022, l'OPHEA, représenté par

Me Maetz, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mai 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public,

- les observations de Me Thiebaut, substituant Me Brignatz, représentant

M. D,

- les observations de Me Maetz, représentant l'OPHEA et de M. C de la direction des ressources humaines.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, adjoint technique territorial de 1ère classe, est employé en tant que jardinier au sein de l'office public de l'habitat de l'Eurométropole de Strasbourg (OPHEA).

Par un arrêté du 19 avril 2021, dont M. D demande l'annulation, le directeur général d'OPHEA a pris à son encontre une sanction disciplinaire de révocation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier (). Selon l'article 4 du décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure applicable aux fonctionnaires territoriaux : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense ".

3. En premier lieu, d'une part, si M. D soutient que le directeur général n'a pas tenu compte de ses observations écrites formulées par un mail du 15 février 2021, au motif qu'elles ne sont pas mentionnées dans l'arrêté litigieux, un tel vice de procédure ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier. D'autre part, il ressort notamment du procès-verbal du conseil de discipline du 1er avril 2021 que M. D a été mis en mesure de faire valoir ses droits tout au long de la procédure disciplinaire, qu'il a ainsi pu s'exprimer librement devant le conseil de discipline et qu'il a pu présenter d'ultimes observations orales. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du droit de la défense doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. D ne peut utilement soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu pendant l'enquête administrative préalable, dès lors que les conditions dans lesquelles une enquête administrative est diligentée au sujet de faits susceptibles de donner ultérieurement lieu à l'engagement d'une procédure disciplinaire sont, par elles-mêmes, sans incidence sur la régularité de cette procédure. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que les auteurs de cette enquête auraient manqué à leur devoir d'impartialité dans la conduite de l'enquête visant M. D. Le moyen tiré de ce que le déroulement de cette enquête aurait entaché d'irrégularité la procédure suivie ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. En troisième lieu, la décision contestée est notamment fondée sur l'état de récidive de M. D au motif qu'il avait assené un coup de tête à l'un de ses collègues le 16 octobre 2019 en présence d'enfant. Le requérant fait valoir que ce qualificatif de " récidive " est erroné puisque ce comportement fautif n'a donné lieu à une sanction disciplinaire que le 18 février 2021, soit postérieurement à la commission de faits qui ont été retenus comme fondement de la sanction de révocation contestée. Toutefois, l'agression commise par M. D le 16 octobre 2019, dont la matérialité n'est pas contestée, est antérieure aux faits à l'origine de sa révocation. Par suite et pour ce seul motif, le moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 28 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. ". D'autre part, aux termes de l'article 29 de la même loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale (). ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office / la révocation [] ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. En l'espère, il ressort des pièces du dossier que M. D a adopté un comportement général d'insubordination, a fait preuve d'actes de désobéissance, notamment en se rendant sur son lieu de travail pour rencontrer ses collègues alors qu'il avait reçu l'ordre de ne pas le faire. Il ressort également des éléments produits en défense que M. D a fait preuve de comportements agressifs envers ses collègues en les bousculant à plusieurs reprises et en ayant des comportements menaçants avec des armes par destination, allant jusqu'à jeter du matériel. Il est également constant que par son comportement, ses réactions imprévisibles et parfois violentes, M. D a perturbé directement le bon fonctionnement du service et a créé un climat de peur et de souffrance chez ses collègues. De plus, et ainsi qu'il a été dit au point 5, M. D avait déjà fait l'objet le 18 février 2021 d'une sanction d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de deux mois, pour des faits de violence volontaire contre un de ses collègues dans le cadre du travail et qui est devenue définitive. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a commis aucune faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

9. Les manquements constatés au point précédent, qui sont le fondement de la sanction disciplinaire attaquée sont de nature à justifier une sanction disciplinaire du 4ème groupe. Compte tenu de la gravité de ces fautes, la sanction de révocation prononcée par le directeur général d'OPHEA n'est pas, en l'espèce, disproportionnée.

10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté querellé portant révocation ait été pris sur le fondement de faits ayant déjà conduits à une précédente sanction disciplinaire. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non cumul des sanctions sera par conséquent écarté.

11. En dernier lieu, M. D n'apporte pas la preuve que l'arrêté en cause aurait pour fondement son refus d'engager un processus de rupture conventionnelle et donc que l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2021.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OPHEA, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D la somme demandée par le défendeur.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'office public de l'habitat de l'Eurométropole de Strasbourg au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au directeur général de l'office public de l'habitat de l'Eurométropole de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,

R. A

Le président,

S. Dhers

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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