jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2104385 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TADIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 23 juin 2021 et les 17 janvier et 25 avril 2022, la société Free Mobile, représentée par la SELARL PAMLAW Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle le maire de la commune de Bettborn a résilié la convention d'occupation du domaine public qu'il avait signée le 23 décembre 2020 pour lui permettre l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile ;
2°) d'enjoindre à la commune de Bettborn de reprendre les relations contractuelles ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bettborn une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître de sa demande, la convention conclue le 23 décembre 2020 portant sur l'occupation du domaine public et comportant une clause exorbitante du droit commun ;
- la décision portant résiliation de la convention d'occupation du domaine public a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 13 des conditions générales de la convention d'occupation du domaine public en date du 23 décembre 2020 ;
- l'opposition d'une partie des habitants de la commune ne peut être regardée comme un motif d'intérêt général de nature à justifier la résiliation de la convention ;
- le principe de précaution n'est pas non plus un motif d'intérêt général pouvant justifier la résiliation ;
- l'avis de l'architecte des bâtiments de France reste sans incidence sur la convention d'occupation temporaire du domaine public et, en tout état de cause, l'impact du projet sur le milieu environnant demeure limité ;
- la décision contestée est entachée d'un détournement de procédure.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 1er décembre 2021 et le 24 février 2022, la commune de Bettborn, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître du présent litige et, subsidiairement, la parcelle sur laquelle l'implantation de l'antenne de téléphonie mobile était envisagée appartient au domaine public routier départemental ;
- les moyens soulevés par la société Free Mobile ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B A,
- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique,
- les observations de Me Tadic, avocate de la commune de Bettborn.
Considérant ce qui suit :
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée en défense :
1. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". En outre, aux termes de l'article L. 2111-2 du même code : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ". Les collectivités territoriales comptent au nombre des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 de ce code. De plus, l'article L. 2111-14 de ce code précise que : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées ". Enfin, aux termes de l'article L. 2331-1 du code précité : " Sont portés devant la juridiction administrative les litiges relatifs : / 1° Aux autorisations ou contrats comportant occupation du domaine public, quelle que soit leur forme ou leur dénomination, accordées ou conclus par les personnes publiques () : / () ".
2. Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l'article L. 2211-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Font partie du domaine privé les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui ne relèvent pas du domaine public par application des dispositions du titre Ier du livre Ier ". La contestation par une personne privée de l'acte, qu'il s'agisse d'une délibération du conseil municipal ou d'une décision du maire, par lequel une commune ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, initie avec cette personne, conduit ou termine une relation contractuelle, quelle qu'en soit la forme, dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance, ne met en cause que des rapports de droit privé et relève donc de la compétence du juge judiciaire. Le juge administratif est toutefois compétent lorsque la convention d'occupation litigieuse comporte une ou plusieurs clauses exorbitantes du droit commun.
3. Par une convention en date du 23 décembre 2020, la commune de Bettborn a autorisé la société Free Mobile à occuper une surface de 45 mètres carrés située au lieu-dit Niederforst, sur une partie d'une parcelle de terrain communal, cadastrée section 3, numéro 60, aux fins d'y installer des équipements techniques de radiotéléphonie mobile. Cette autorisation était consentie pour une durée de douze ans, avec une possibilité de prolongation par tacite reconduction pour des périodes de six années. Toutefois, le maire de la commune a, par une décision du 19 avril 2021, prononcé la résiliation de la convention.
4. D'une part, il est constant que la parcelle cadastrée section 3, numéro 60, appartient à la commune de Bettborn. Au demeurant, les délibérations du conseil municipal en date des 23 septembre 2020 et 31 mars 2021 font mention de ce que la commune est propriétaire de cette parcelle.
5. D'autre part, il ressort des plans et photographies produites par la société Free Mobile que le terrain d'assiette du projet d'implantation d'une station relais de téléphonie mobile se situe à une distance de 20 mètres d'une voie, dénommée D 43, dont il n'est pas contesté qu'elle est affectée aux besoins de la circulation terrestre et qu'elle fait partie, par suite, du domaine public routier, en application des dispositions précitées de l'article L. 2111-14 du code général de la propriété des personnes publiques. Il ressort en outre du plan d'implantation de l'emprise octroyée à la société Free Mobile, établi par un géomètre-expert, ainsi que des photographies qui y sont jointes et qui font apparaître les piquets délimitant cette emprise, que le terrain qui a fait l'objet de la convention d'occupation temporaire est situé dans une zone dénuée de végétation, en terre battue, ouverte d'un côté sur la D 43 et, de l'autre, sur l'entrée d'un chemin menant vers des parcelles contiguës. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction que cette surface, qui est principalement un accès au chemin menant aux parcelles plus éloignées de la route, soit destinée à l'arrêt ou au stationnement des véhicules empruntant la D 43. Elle ne saurait ainsi, eu égard à ses caractéristiques, être regardée comme une aire de stationnement ou de service. Aussi, bien que proche d'une voie appartenant au domaine public routier, elle n'en constitue pas un accessoire indissociable. Par suite, la commune ne peut utilement soutenir que la parcelle appartiendrait au domaine public routier départemental.
6. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la zone comprise entre la D 43 et les parcelles plantées qui l'entourent soit affectée à l'usage direct du public, ou fasse l'objet d'un aménagement. Il suit de là que, nonobstant les mentions de la convention signée le 23 décembre 2020, la portion de la parcelle cadastrée section 3, numéro 60, que la société Free Mobile a été autorisée à occuper ne fait pas partie du domaine public. Dès lors, en application des dispositions de l'article L. 2211-1 du code général de la propriété des personnes publiques, elle fait partie du domaine privé de la commune de Bettborn.
7. Par ailleurs, il ressort des termes de la convention d'occupation conclue le 23 décembre 2020 qu'elle a pour objet, par l'instauration d'une redevance versée par l'occupant, de valoriser le domaine privé de la commune de Bettborn, dont elle n'affecte ni le périmètre, ni la consistance. Toutefois, les stipulations de l'article 13 des conditions générales de la convention d'occupation autorisent notamment la commune de Bettborn à résilier ce contrat pour un motif d'intérêt général nécessitant la reprise définitive des emplacements à l'occupant. Une telle faculté de résiliation unilatérale pour motif d'intérêt général est constitutive d'une clause exorbitante de droit commun. Aussi, en application du principe exposé au point 2, la juridiction administrative est compétente pour connaître du présent litige, relatif à la résiliation de cette convention. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par la commune de Bettborn doit être écartée.
Sur la contestation de la validité de la résiliation de la convention d'occupation domaniale et sur les conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles :
8. Il ressort des motifs de la décision du 19 avril 2021 que, pour résilier la convention d'occupation du domaine conclue avec la société Free Mobile le 23 décembre 2020, le maire de la commune de Bettborn s'est fondé sur l'opposition de 100 des 175 foyers de la commune à l'implantation d'une antenne de radiotéléphonie à proximité des zones habitées, opposition susceptible de compromettre l'ordre public.
9. Toutefois, d'une part, le motif d'intérêt général ainsi invoqué ne pouvait en principe être tiré de l'objet même de la convention. Sauf élément nouveau intervenu depuis la conclusion de la convention et de nature à rendre illicite l'objet de cette convention, une telle contestation ne pouvait être effectuée que par la voie d'une action en nullité du contrat. Il suit de là que l'opposition d'une partie des habitants de la commune au projet d'implantation d'un équipement de la société Free Mobile, qui est l'objet même de la convention, ne saurait faire partie des motifs d'intérêt général pouvant justifier qu'il soit mis fin à un contrat d'occupation du domaine avant son terme. Au demeurant, il ne résulte pas de l'instruction que l'ordre public serait menacé dans la commune en raison de cette opposition.
10. D'autre part, à supposer que le maire de la commune de Bettborn ait entendu se prévaloir des risques liés aux ondes électromagnétiques émises par les antennes relais et de l'application du principe de précaution, lequel est mentionné dans la délibération du conseil municipal en date du 31 mars 2021, il ne ressort des pièces versées au dossier aucun élément de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes-relais de téléphonie mobile et justifiant que, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autorités compétentes, le maire de Bettborn résilie la convention du 23 décembre 2020 pour un tel motif.
11. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, postérieurement à la résiliation de la convention d'occupation temporaire, l'architecte des Bâtiments de France a été saisi par le maire de la commune de Bettborn sur le projet d'implantation d'une antenne téléphonique de 40 mètres. Toutefois, l'avis rendu le 22 septembre 2021, portant sur le respect des règles d'urbanisme et la préservation du patrimoine, reste sans incidence sur la convention d'occupation temporaire du domaine de la commune. Dès lors, à supposer même que la commune de Bettborn ait entendu solliciter une substitution de motif, elle ne peut utilement se prévaloir de l'avis rendu par l'architecte des Bâtiments de France pour résilier la convention conclue le 23 décembre 2020.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Free Mobile est fondée à soutenir que la mesure de résiliation, qui ne repose sur aucun motif fondé d'intérêt général, ainsi que l'imposent les stipulations de l'article 13 de la convention, est illégalement intervenue. Il y a donc lieu de l'annuler.
13. Eu égard à ce qui a été exposé ci-dessus, la résiliation de la convention conclue le 23 décembre 2020, qui assure à la société requérante des conditions durables d'exploitation de ses équipements, est constitutive d'une grave illégalité, de nature à porter atteinte non seulement à ses intérêts propres, mais aussi à l'intérêt général qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile. En conséquence, il y a lieu de faire droit, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à la demande de la société Free Mobile tendant à la reprise des relations contractuelles sur la base de la convention précitée.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Bettborn demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Bettborn une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Free Mobile et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La résiliation de la convention du 23 décembre 2020 prononcée par la commune de Bettborn est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Bettborn de reprendre les relations contractuelles avec la société Free Mobile sur la base de la convention d'occupation du domaine conclue le 23 décembre 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Bettborn versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Bettborn présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Free Mobile et à la commune de Bettborn.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
M. Therre, premier conseiller,
Mme Brodier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
A. A
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026