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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104424

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104424

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPIALAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2021, M. C A, représenté par Me Pialat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant expulsion du territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est très malade et que la préfète ne lui a pas délivré les formulaires en vue de solliciter l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du fait de la nationalité de sa fille et de son épouse ;

- le trouble à l'ordre public invoqué n'est plus actuel.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 2 et 3 mai 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D B,

- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sous réserve des dispositions des articles

L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public ".

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par un arrêt de la cour d'assises du département des Alpes-Maritimes du 4 mai 2016 à douze ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis en réunion. Cette condamnation a été confirmée par la cour d'assises du département du Var statuant en appel, le 30 mai 2017. Eu égard à la nature et à la gravité des faits commis, M. A ne saurait soutenir que la menace grave pour l'ordre public sur laquelle se fonde la préfète du Bas-Rhin pour prononcer son expulsion ne présente plus de caractère actuel, au seul motif qu'il aurait purgé sa peine d'emprisonnement. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché la décision en litige d'une erreur dans l'appréciation du caractère de menace grave pour l'ordre public que représente sa présence en France.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / () / 5° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () / Les étrangers mentionnés au présent article bénéficient de ses dispositions même s'ils se trouvent dans la situation prévue au dernier alinéa de l'article L. 521-2 ". En vertu de l'article R. 521-1 du même code, l'état de santé défini au 5° de l'article L. 521-3 est constaté au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet son avis au vu notamment d'un certificat médical établi par un médecin suivant habituellement le ressortissant étranger ou un médecin praticien hospitalier.

4. D'une part, il ne ressort des pièces du dossier ni que, préalablement à l'édiction de la décision en litige, M. A aurait informé les services de la préfète du Bas-Rhin de troubles dont il déclare souffrir, ni qu'il les aurait saisis en vue de bénéficier de la protection contre l'éloignement prévue par les dispositions précitées du 5° de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, faute de remise d'un formulaire afin qu'un médecin le suivant habituellement établisse un certificat, puis de saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

5. D'autre part, M. A, ressortissant algérien né en 1988, se borne à produire des pièces mentionnant un suivi médical et notamment psychiatrique durant sa période de détention, non circonstanciées sur les troubles dont il souffrirait et sur les conséquences d'un défaut de prise en charge médicale, ainsi que des relevés de prescriptions médicamenteuses non datés. En outre, aucune des pièces produites ne fait état d'une impossibilité de poursuivre ces prises en charge en Algérie. Par ces seules pièces, et alors même que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Alpes-Maritimes lui a reconnu la qualité de travailleur handicapé avec un taux d'incapacité compris entre 50 et 80 pour cent, le requérant n'établit ni que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, le cas échéant, qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A se prévaut de la nationalité française de son épouse et de leur fille mineure, née en 2010. Si M. A soutient avoir conservé des liens réguliers avec sa fille et son épouse, il se borne à produire une attestation établie par cette dernière pour les besoins de la cause, faisant état, sans autre précision, de contacts réguliers par téléphone ou par outil de vidéocommunication et de sa volonté de reprise d'une vie commune avec le requérant, en France. La préfète du

Bas-Rhin fait valoir, sans être contredite, que l'épouse du requérant n'a jamais rendu visite à ce dernier durant les huit années durant lesquels il a été incarcéré. Aussi, faute de toute autre pièce produite par le requérant, celui-ci ne démontre pas la poursuite de liens réguliers avec son épouse et sa fille depuis son incarcération, le 30 décembre 2012. En outre, M. A a admis devant la commission d'expulsion avoir entretenu, depuis quatre années, une relation extra-conjugale avec une compatriote résidant en France. Il ressort des pièces du dossier que sa concubine a rendu visite au requérant de manière très régulière, entre septembre 2018 et décembre 2019, au parloir du centre de détention dans lequel il était alors incarcéré. Il n'est, de plus, pas contesté, que le requérant s'est installé au domicile de cette dernière durant une période de placement en régime de semi-liberté sous bracelet électronique. Dans ces conditions, faute pour M. A d'établir le maintien de liens réguliers avec son épouse et sa fille, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre public et, par suite, n'a pas méconnu les stipulations de

l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, M. A n'établit pas avoir entretenu des liens réguliers avec sa fille depuis son incarcération en 2012, alors que son enfant était âgée de deux ans. En outre, il ne démontre pas avoir contribué à l'entretien de cette enfant, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a exercé une activité professionnelle en établissement pénitentiaire. Enfin, la décision en litige n'a pas pour effet de le priver de tout contact avec sa fille, dont le passeport établi en janvier 2019 mentionne une adresse en Algérie et qui séjournait dans cet Etat à la date de la décision en litige. Aussi, dans ces conditions, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant.

10. En dernier lieu, la décision portant expulsion n'a pas pour objet de refuser à M. A la délivrance d'un certificat de résidence. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

M. Therre, premier conseiller,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

J. Bonifacj

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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