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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104667

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104667

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE CIVILE PROFESSIONNELLE D'AVOCAT MARGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2021 sous le n° 2104667, M. A B, représenté par Me Marger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juin 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a suspendu à titre conservatoire pour une durée maximale de deux mois son agrément de contrôleur technique ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la justification du recours à une procédure d'urgence prévue à l'article R. 323-18 du code de la route est insuffisamment motivée ;

- la caractérisation de l'urgence au sens de cet article n'est pas établie ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire défense, enregistré le 25 mars 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

II/ Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2021 sous le n° 2107047, M. A B, représenté par Me Marger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a suspendu son agrément de contrôleur technique jusqu'au 5 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire défense, enregistré le 15 février 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devys, rapporteure,

- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public,

- et les observations de MM. Biard et Benoît, représentant la préfète du Bas-Rhin.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2104667 et n° 2107047, présentées pour M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par une décision du 17 juin 2021, la préfète du Bas-Rhin a suspendu à titre conservatoire pour une durée maximale de deux mois l'agrément de contrôleur technique de M. B, contrôleur technique rattaché au centre de contrôle technique des véhicules légers " Contrôle technique savernois ". Par une décision du 17 août 2021, la préfète du Bas-Rhin a suspendu son agrément de contrôleur technique jusqu'au 5 septembre 2021. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 17 juin 2021 :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 323-18 du code de la route : " I.- L'agrément d'un contrôleur est délivré par le préfet de département où est implanté le centre de contrôle auquel il est rattaché. () IV.- L'agrément d'un contrôleur peut être suspendu ou retiré pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques qu'il concerne si les conditions posées lors de sa délivrance ne sont plus respectées ou s'il est constaté un manquement aux règles fixant l'exercice de l'activité du contrôleur. / La décision de suspension ou de retrait n'intervient qu'après que la personne intéressée a été entendue et mise à même de présenter des observations écrites ou orales. / En cas d'urgence, l'agrément d'un contrôleur peut être suspendu immédiatement pour une durée maximale de deux mois. () ". L'article 13-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes prévoit que : " Avant toute décision, le préfet de département informe par écrit le contrôleur, le centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le centre de contrôle auquel le contrôleur est rattaché et les réseaux éventuellement concernés, de son intention de suspendre ou de retirer l'agrément du contrôleur en indiquant les faits qui lui sont reprochés et en lui communiquant ou en lui permettant d'accéder au dossier sur la base duquel la procédure est initiée. Le contrôleur, le centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le centre de contrôle de rattachement du contrôleur et les réseaux éventuellement concernés disposent d'un délai d'un mois, à compter de la présentation du courrier, pour faire part de leurs observations par écrit. Si le préfet de département envisage de suspendre ou retirer l'agrément, il organise une réunion contradictoire à laquelle sont invités le contrôleur, le centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le centre de contrôle de rattachement du contrôleur et les réseaux éventuellement concernés, avant que la sanction ne soit prononcée. Cette réunion est tenue postérieurement au délai d'un mois accordé pour faire part des observations. Toute décision de suspension ou de retrait d'agrément est notifiée au contrôleur, au centre de contrôle où les faits ont été constatés, au centre de contrôle de véhicules légers auquel le contrôleur est rattaché, aux réseaux éventuellement concernés et à l'organisme technique central. ". L'article 13-2 du même arrêté dispose que : " En cas d'urgence le préfet peut suspendre à titre conservatoire et avec effet immédiat, l'agrément du contrôleur pour une durée maximum de deux mois dans l'attente de la décision prise en application des dispositions de l'article 13-1. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 18 juin 1991 : " Au cours du contrôle technique périodique, un même contrôleur effectue l'ensemble des contrôles décrits à l'annexe I. () ". L'article 6 du même arrêté prévoit que : " Il est dressé un procès-verbal de chaque contrôle technique. Ce document, qui est conforme aux dispositions de l'annexe II du présent arrêté, décrit les défaillances constatées et indique les résultats des mesures relevées au cours des essais et les commentaires prévus aux annexes I et II du présent arrêté. Ce procès-verbal est établi immédiatement à l'issue du contrôle technique, signé par le contrôleur qui a réalisé le contrôle technique, puis validé informatiquement par le contrôleur conformément aux dispositions de l'annexe III du présent arrêté. Il est ensuite remis à la personne qui présente le véhicule. Une copie ou un duplicata de ce procès-verbal est archivé par le titulaire de l'agrément de l'installation de contrôle. Dans les deux cas, le document porte la signature du contrôleur. () ". Et aux termes de l'article 7 du même arrêté : " L'annexe I du présent arrêté définit : - les défaillances mineures n'ayant aucune incidence notable sur la sécurité du véhicule ou sur l'environnement ; - les défaillances majeures susceptibles de compromettre la sécurité du véhicule, d'avoir une incidence négative sur l'environnement, ou de mettre en danger les autres usagers de la route ; - les défaillances critiques constituant un danger direct et immédiat pour la sécurité routière ou ayant une incidence grave sur l'environnement. Le contrôle technique périodique et la contre-visite entraînent : - un résultat favorable (A) en l'absence de défaillance majeure et critique ; - un résultat défavorable pour défaillances majeures (S), en l'absence de défaillance critique et lorsqu'il est constaté au moins une défaillance majeure. Dans ce cas, la validité du contrôle est de deux mois à compter de la date du contrôle technique périodique ; - un résultat défavorable pour défaillances critiques (R) lorsqu'il est constaté au moins une défaillance critique. Dans ce cas, la validité du contrôle est limitée au jour du contrôle. Tout résultat défavorable entraîne l'obligation de réalisation d'une contre-visite, qui ne peut être réalisée que dans le délai de deux mois après le contrôle technique périodique tel que défini à l'article 5, faute de quoi un nouveau contrôle technique périodique est à réaliser. ".

5. En premier lieu, la préfète du Bas-Rhin a indiqué dans sa décision que les pratiques de M. B constituaient des manquements graves à la réglementation en matière de sécurité routière et de protection de l'environnement et avaient pour effet de maintenir en circulation des véhicules susceptibles de ne pas présenter les garanties de conformité imposées par le code de la route, de mettre en péril la sécurité de leurs utilisateurs et celle des autres usagers de la route et de porter atteinte à la qualité de l'environnement. Elle a considéré que, au regard des non-conformités et du comportement de l'intéressé, il y avait nécessité à faire cesser immédiatement les pratiques du contrôleur et que le caractère d'urgence prévu à l'article R. 323-18 du code de la route était avéré. Elle a ainsi suffisamment motivé sa décision de recourir à la procédure d'urgence.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de visite de surveillance du 14 juin 2021 établi par les agents de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) du Grand Est suite à la visite du 4 juin 2021, que M. B a omis, lors de la réalisation du contrôle technique d'un véhicule, de relever trois défaillances majeures, lesquelles sont, ainsi qu'il résulte des dispositions précitées, susceptibles de compromettre la sécurité du véhicule, d'avoir une incidence négative sur l'environnement, ou de mettre en danger les autres usagers de la route, et une défaillance mineure, modifiant ainsi le résultat du contrôle technique périodique de défavorable à favorable. Il ressort en outre de ce rapport que le requérant a constaté les trois défaillances majeures mais ne les a pas enregistrées sur le procès-verbal du contrôle technique. Il ressort enfin du rapport que M. B a posé des difficultés aux agents de la Dreal pour effectuer leur contrôle. Si le requérant conteste ce dernier point, il admet avoir opposé une certaine mauvaise volonté à proposer un véhicule à renouveler aux agents de supervision. Ces constats sont de nature à démontrer que l'intéressé n'a pas effectué le contrôle dont il avait la charge de façon complète, dans le respect des règles applicables et des moyens de contrôles définis par le code de la route et ses textes d'application alors que cela pouvait avoir des conséquences immédiates et graves sur la sécurité routière. Ils justifient ainsi la suspension de l'agrément du contrôleur. La gravité des manquements constatés et le comportement de M. B constituent une situation d'urgence pour la sécurité routière justifiant le recours à la procédure d'urgence prévue par l'article R. 323-18 du code de la route de suspension à titre conservatoire, de façon immédiate, de l'agrément du contrôleur, sans que le requérant puisse utilement soutenir qu'il n'y a eu aucune violation aux règles les plus essentielles, notamment celles issues de la loi pénale, qu'il n'y a pas eu d'atteinte immédiate et grave à l'une des normes les plus essentielles de la réglementation applicable aux opérations de contrôle technique et qu'il n'est pas avéré qu'il n'aurait pas tenu compte des observations ou injonctions portées à sa connaissance. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'urgence n'est pas caractérisée et que la sanction est disproportionnée.

7. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la circonstance que la préfète ait retenu dans sa décision le comportement de M. B ne caractérise pas un détournement de pouvoir.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 juin 2021.

En ce qui concerne la décision du 17 août 2021 :

9. En premier lieu, dans sa décision du 17 août 2021, la préfète du Bas-Rhin a visé les textes dont elle a fait application, précisé les différents points reprochés à M. B et indiqué que les pratiques de ce dernier constituaient des manquements graves à la réglementation en matière de sécurité routière et avaient pour effet de maintenir en circulation des véhicules susceptibles de ne pas présenter les garanties de conformité imposées par le code de la route, de mettre en péril la sécurité de leurs utilisateurs et celle des autres usagers de la route et de porter atteinte à la qualité de l'environnement. Elle a considéré que, au regard des graves dysfonctionnements constatés qui ont conduit M. B à émettre un procès-verbal de contrôle technique erroné et à ne pas démontrer sa capacité à réaliser des contrôles techniques conformes aux exigences réglementaires, il convenait de prononcer une mesure de suspension de son agrément. La décision comporte ainsi toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

10. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que les manquements reprochés à M. B sont de nature à démontrer que l'intéressé n'a pas effectué le contrôle dont il avait la charge de façon complète, dans le respect des règles applicables et des moyens de contrôles définis par le code de la route et ses textes d'application alors que cela pouvait avoir des conséquences immédiates et graves sur la sécurité routière. Si le requérant soutient qu'il exerce ses fonctions depuis six ans et qu'il n'a pas fait l'objet de précédentes sanctions, il ressort des pièces du dossier que les agents de la Dreal avaient déjà constaté plusieurs manquements lors d'une précédente visite en 2020. Compte-tenu de la gravité des manquements constatés, la suspension de l'agrément de contrôleur technique de M. B pour une durée de quatorze jours n'est pas disproportionnée.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 août 2021.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

J. Devys

Le président,

S. DhersLe greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°s 2104667, 2107047

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