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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104672

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104672

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBIZZARRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2021 et le 24 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Bizzarri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2021 par laquelle le directeur opérationnel service courrier colis de Lorraine l'a réintégré juridiquement au sein des effectifs de La Poste du 17 au 31 janvier 2019, en tant que cette décision limite la réintégration à cette seule période ;

2°) d'enjoindre à La Poste de procéder à la reconstitution de sa carrière jusqu'au jour de la décision à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de La Poste la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- la décision de radiation des cadres a été annulée par jugement du 15 décembre 2020 et a donc disparu de l'ordonnancement juridique ; il doit être replacé dans la situation juridique préexistante avant l'intervention de cette décision ; la durée de sa réintégration ne pouvait pas être limitée à quatorze jours au prétexte qu'il a fait valoir ses droits à la retraite, décision qu'il avait été contraint de prendre en raison de la situation précaire dans laquelle la décision illégale l'avait placé ; il doit être réintégré sans limitation de durée, ou a minima jusqu'à la date de prononcé du jugement du 15 décembre 2020 et affecté sur un poste correspondant à ses restrictions médicales ;

- la décision attaquée méconnait le principe général du droit de non rétroactivité des actes administratifs ; elle devait prononcer sa réintégration a minima jusqu'au 3 mai 2021, date de son édiction ;

- la décision attaquée est contraire au principe de responsabilité de l'auteur de la faute à qui il appartient de réparer intégralement le préjudice qu'il a causé.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 décembre 2021, le 3 février 2022, le 2 mars 2022 et le 2 mars 2023, ces deux derniers n'ayant pas été communiqués, la société anonyme La Poste, représentée par Me Bellanger, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A la somme de 2 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

28 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Gros, rapporteur public.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A était fonctionnaire au sein du service public des Postes et Télécommunication depuis 1980. En 1990, il a été titularisé dans le grade d'agent professionnel qualifié de second niveau. Il était affecté depuis 2007 à l'établissement de Pagny-Les-Goins Lorraine Plateforme industrielle du courrier (PIC). Il a été placé en congé de longue maladie du 10 septembre 2014 au 9 septembre 2017 puis en disponibilité d'office pour une durée de trois mois. M. A a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du

8 décembre 2017. Dans sa séance du 6 juillet 2018, le comité médical a émis un avis favorable à la reprise d'activité à mi-temps thérapeutique à compter du 11 août 2018 sur un poste aménagé. Par une décision du 2 août 2018, la société anonyme La Poste a demandé à M. A de reprendre ses fonctions le 13 août 2018 sur un poste qui avait été aménagé selon les préconisations médicales. M. A ne s'étant pas présenté pour la reprise de ses fonctions, la SA La Poste a décidé, par une décision du 12 septembre 2018 dont la légalité a été confirmée par jugement n° 1806644 du 15 décembre 2020, de suspendre les droits à traitement de M. A en l'absence de service fait à compter du 20 août 2018. Par une décision du 17 janvier 2019, la SA La Poste l'a radié des cadres pour abandon de poste. Par un jugement n°1901377 du

15 décembre 2020, le Tribunal administratif de Strasbourg a annulé la décision du

17 janvier 2019 prononçant la radiation de M. A et a enjoint à la SA LA Poste de procéder à sa réintégration juridique à la date du 17 janvier 2019. En exécution de ce jugement, la SA La Poste a pris une décision en date du 3 mai 2021 procédant à la réintégration de l'intéressé à compter du 17 janvier 2019 et jusqu'au 31 janvier 2019, veille de sa mise à la retraite.

M. A demande au tribunal d'annulation la décision du 3 mai 2021 en tant qu'elle ne le réintègre que pour cette période limitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, en vertu d'une décision 18001 du 26 juillet 2018 portant délégation de pouvoirs aux directrices et aux directeurs opérationnels en charge d'un niveau opérationnel de déconcentration (NOD) au sein de la direction exécutive (DEX) Grand Est, " le directeur opérationnel en charge d'un NOD, ci-après désigné le délégataire, est chargé de la mise en œuvre de la stratégie de la DEX et de la Branche Services-Courrier-Colis au sein de sa sphère territoriale d'activité () Le directeur opérationnel en charge d'un NOD () est en charge des instances et personnels placés sous son autorité ou dans sa sphère territoriale. Il est compétent pour prendre toutes les décisions relatives à la gestion d'un NOD. ". Aux termes de l'article 2 de cette décision : " Dans la limite des pouvoirs délégués au délégant, le délégataire dispose de l'ensemble des pouvoirs nécessaires pour la gestion des personnels des classes I à IV groupe A relevant des entités qui sont rattachés au NOD dont il a la charge. Ces pouvoirs recouvrent notamment le recrutement, la nomination, la gestion, la discipline, la cessation de fonction et la rupture du contrat de travail, ainsi que la promotion, l'octroi des congés de maladie de toute nature (), le changement de positions administratives des fonctionnaires, sans que cette liste ne soit limitative ".

3. D'autre part, par une décision du 20 décembre 2018, M. B a été nommé en qualité de directeur opérationnel (Lorraine) et directeur services-courrier-colis par intérim à la direction exécutive Grand Est de la branche services courrier colis à compter du 2 janvier 2019.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A détient le grade de reclassification d'agent professionnel qualifié de second niveau (APN2) grade de niveau I et faisait ainsi partie des personnels des classes I à IV groupe A. Le moyen tiré du vice d'incompétence entachant la décision du 3 mai 2021 manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires ou des militaires, l'administration ne peut, par dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation. En l'espèce, la SA La Poste était tenue de placer M. A dans une situation régulière à compter du 17 janvier 2019 en raison de l'annulation de la décision du 17 janvier 2019 qui avait prononcé sa radiation des cadres à la date de notification de cette décision. L'intéressé n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision du 3 mai 2021, procédant à sa réintégration juridique du 17 janvier au 31 janvier 2019, serait entachée d'une rétroactivité illégale.

6. En troisième et dernier lieu, lorsqu'un agent public irrégulièrement évincé a été admis à la retraite, l'obligation de reconstitution juridique de sa carrière qui découle de l'annulation par le juge administratif de la décision d'éviction prend nécessairement fin à compter de la date de son départ en retraite. De même, l'admission à la retraite, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle est intervenue, fait obstacle à ce que l'exécution de la décision juridictionnelle implique la réintégration effective de l'intéressé dans son emploi ou dans un emploi équivalent. Il appartient seulement à l'agent irrégulièrement évincé de demander, le cas échéant, la réparation du préjudice qu'ont pu entraîner sa mise à la retraite et la liquidation anticipée de sa pension, lorsque celle-ci est la conséquence de l'éviction illégale.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né en 1958, a demandé à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er février 2019. L'intéressé ayant été admis à la retraite à compter de cette date, la SA La Poste n'a pas commis d'erreur de droit en le réintégrant pour la période du 17 janvier au 31 janvier 2019. Au demeurant, par un jugement n° 2105404 du tribunal administratif de Strasbourg devenu définitif, le juge de l'exécution a confirmé que la SA La Poste devait être regardée comme ayant entièrement exécuté le jugement du 15 décembre 2020. Les moyens relatifs au préjudice qu'aurait subi M. A en raison des modalités d'exécution de ce jugement et l'invocation du principe de responsabilité de la personne publique sont inopérants à l'appui de la présente requête en excès de pouvoir. Il appartient seulement à

M. A de demander à l'administration, s'il s'y croit fondé, la réparation du préjudice qu'ont pu entrainer sa mise à la retraite précoce et la liquidation anticipée de sa pension, si ces circonstances sont la conséquence directe et certaine d'illégalités fautives.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 mai 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la SA La Poste, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard notamment à la situation économique des parties, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société La Poste sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SA La Poste sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la société anonyme La Poste.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

S. D La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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