jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2104817 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GAUDRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juillet 2021 et le 20 avril 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 avril 2021 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui reconnaître le statut d'apatride sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 74 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision est entachée d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors qu'elle a établi qu'elle ne pouvait obtenir ni la nationalité arménienne, ni la nationalité russe.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 24 décembre 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides publiée par le décret n° 60-1066 du 4 octobre 1960 ;
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public ;
- les observations de Me Carraud qui substitue Me Gaudron, avocat de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C déclare être née le 5 janvier 1990 à Bakou en ex République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, ses deux parents étant d'origine arménienne. Elle déclare avoir rejoint le territoire de la République socialiste fédérative soviétique de Russie en compagnie de ses parents cinq jours après sa naissance. A la suite de la disparition de l'URSS, ses parents ne seraient pas parvenus à régulariser leur situation administrative et l'intéressée indique être demeurée en Fédération de Russie jusqu'à son départ pour la France, où elle serait entrée irrégulièrement en mai 2008. Elle a formé une demande d'asile, en se présentant comme arménienne, qui a fait l'objet d'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) 28 juillet 2008, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er juin 2010. Elle a ensuite formé une demande de réexamen de sa demande d'asile, laquelle a fait l'objet d'une décision de rejet par l'OFPRA le 27 mars 2012, confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 19 septembre 2013. Enfin, elle a déposé une demande d'apatridie le 2 septembre 2019. Par une décision du 22 avril 2021, que Mme C demande au tribunal d'annuler, le directeur de l'OFPRA a rejeté cette demande.
2. Aux termes de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Il incombe à toute personne se prévalant de cette qualité d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.
3. Pour rejeter la demande de reconnaissance de la qualité d'apatride de Mme C, le directeur général de l'OFPRA a relevé qu'à supposer que son parcours soit établi, l'intéressée pourrait se prévaloir des nationalités russe et arménienne. Il a noté que l'intéressée qui aurait vécu sur le territoire russe à compter de 1990 entrait dès 1992 dans le champ d'application de la loi sur la nationalité russe en vigueur depuis le 6 février 1992. L'OFPRA a également relevé qu'eu égard aux origines arméniennes qu'elle allègue, la requérante aurait pu également solliciter la reconnaissance de la nationalité arménienne conformément aux dispositions de l'article 13 de la loi sur la nationalité arménienne du 24 novembre 1995. Il a enfin estimé que si la requérante a adressé un courrier aux autorités russes en 2011 et aux autorités arméniennes en 2018, cela ne saurait témoigner de l'accomplissement de démarches adéquates et répétées.
4. D'une part, concernant l'Arménie, aux termes des dispositions de l'article 13 de la loi sur la citoyenneté de la République d'Arménie du 24 novembre 1995 : " Toute personne de 18 ans capable de travailler et non citoyenne de la République d'Arménie peut demander la citoyenneté de la République d'Arménie si elle : 1) résidait légalement à l'intérieur du territoire de la République d'Arménie au cours des trois années antérieures ; 2) maîtrise l'arménien ; 3) connaît la Constitution de la République d'Arménie. / Une personne non citoyenne de la République d'Arménie peut être dispensée des conditions 1) et 2) de la première partie du présent article pour obtenir la citoyenneté de la République d'Arménie, () si elle est d'origine arménienne (ou d'ascendance arménienne) ". Mme C, qui soutient dans ses écritures être d'origine arménienne et s'était d'ailleurs prévalue de cette nationalité lors du dépôt de sa demande d'asile, est en droit de se prévaloir des dispositions de la loi arménienne relative à la nationalité. Si elle soutient qu'elle ne peut disposer de cette nationalité et produit à l'appui de ses allégations un courriel du service consulaire arménien du 4 novembre 2018 en réponse à son courrier du 20 août 2018 dont il ressort qu'elle n'est pas recensée comme citoyenne arménienne, ce seul courrier ne permet pas de justifier que la requérante aurait entrepris des démarches répétées et assidues en vue d'obtenir la nationalité arménienne et ce, alors qu'elle affirme être issue d'une famille d'origine arménienne, bien qu'elle n'ait jamais résidé dans ce pays.
5. Concernant la Russie, il n'est pas sérieusement contesté qu'en vertu du paragraphe 1er de l'article 13 de la loi n° 1948-I du 28 novembre 1991 de la Fédération de Russie, sont reconnus comme citoyens de cette Fédération les anciens citoyens de l'ex-URSS domiciliés de façon permanente sur le territoire de la Fédération de Russie à la date de l'entrée en vigueur de cette loi, soit le 6 février 1992, sauf si, dans un délai d'un an à compter de cette date, ils expriment le désir de ne pas l'être. Or, Mme C déclare avoir résidé en Russie de 1990 à 2008 de façon continue. Ainsi, elle est susceptible d'acquérir de plein droit la nationalité russe en sa qualité de résidente permanente sur le territoire de la Fédération de Russie le 6 février 1992, date d'entrée en vigueur de la loi du 28 novembre 1991 sur la nationalité. En outre, elle n'établit ni même n'allègue avoir dans le délai d'un an à compter de l'entrée en vigueur de cette loi, exprimé le souhait de ne pas être citoyenne russe. Si la requérante soutient en outre qu'elle n'est pas en capacité de démontrer sa résidence continue en Russie, faute de " propiska " de sorte qu'elle ne pouvait se voir reconnaître la nationalité russe, elle n'établit pas avoir effectué des démarches aux termes desquelles un refus lui aurait été opposé, faute de preuve de sa résidence sur le territoire russe, et ce alors qu'au demeurant, par un arrêt n° 5-B02-250/249, la cour suprême de la Fédération de Russie a jugé que les dispositions de l'article 13 § 1 de la loi du 28 novembre 1991 n'établissaient " aucun lien entre la reconnaissance de la citoyenneté russe de citoyens de l'ex-URSS et le fait qu'ils soient enregistrés dans leur lieu de résidence sur le territoire russe ". Dès lors, la requérante ne peut utilement alléguer l'impossibilité dans laquelle elle se serait trouvée de se faire enregistrer sur le territoire russe. Au surplus, les dispositions de l'article 14-1 de la loi du 31 mai 2002 de la Fédération de Russie sur la nationalité prévoit une procédure simplifiée d'acquisition de la nationalité pour les personnes qui ont été citoyennes d'une ancienne république d'URSS, ont vécu dans un pays qui composait l'Union soviétique et n'en sont pas devenues citoyennes. Mme C était dès lors en droit de se prévaloir des dispositions de la loi russe relative à la nationalité. Enfin, en se bornant à faire valoir qu'elle a adressé un courrier aux autorités russes le 6 janvier 2011, la requérante ne peut être regardée comme justifiant avoir engagé en vain des démarches assidues et répétées auprès de la Fédération de Russie pour se voir reconnaître la nationalité russe.
6. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation commises par l'OFPRA doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 avril 2021 par laquelle l'OFPRA a refusé de faire droit à sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 74 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Anne-Lise Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 mars 2024.
Le rapporteur,
A. LUSSET
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026