jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2104835 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, M. B A, représenté par
Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision révélée le 5 mars 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil (OFII) ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date de suspension effective du versement, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au directeur général de l'OFII au regard de ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait le droit d'être entendu et le principe du contradictoire ;
- est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence d'information sur les droits et conséquences de l'acceptation de l'offre des conditions matérielles d'accueil dans une langue comprise par le requérant par le truchement d'un interprète habilité ;
- méconnait les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- d'une erreur de droit en ce que l'office a agi en situation de compétence liée ;
- d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du demandeur d'asile et des besoins tirés de sa vulnérabilité et de la durée excessive d'instruction de sa demande par l'OFII;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient à titre principal que la requête est tardive, à titre subsidiaire que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juillet 2023 à 12h.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la décision n°428530, 428564 du 31 juillet 2019 du Conseil d'État statuant au contentieux ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Michel Richard a lu son rapport au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant somalien né le 12 février 1992, est entré en France aux fins d'y solliciter l'asile. Lors de sa convocation au guichet unique d'accueil des demandeurs d'asile, il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, devenant bénéficiaire de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 17 avril 2019. En janvier 2021, il a été orienté vers un hébergement à Metz, qu'il a accepté. Le 29 janvier 2021, le requérant a quitté son lieu d'hébergement. Par courrier du 5 février 2021, la directrice de l'OFII lui a notifié son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil. Par courrier du 3 mars 2021, la directrice de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Le requérant demande l'annulation de la décision par laquelle la directrice de l'OFII a décidé de suspendre l'octroi des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par une décision du 1er mars 2018, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme D C, directrice territoriale de Metz, à l'effet de signer tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Metz, comprenant les missions en matière d'accueil des demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, qu'il a signée le 18 avril 2019 et par laquelle il atteste qu'il a été informé par un interprète dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil, et qu'il s'engage à accepter tout hébergement proposé. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'information sur les droits et conséquences de l'acceptation de l'offre des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'il comprend par le truchement d'un interprète habilité doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige compte tenu de la date d'admission de la requérante aux conditions matérielles d'accueil le 27 février 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article
L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région / () / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article () entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / L'étranger, présent sur le territoire français, peut introduire une action en paiement dans un délai de deux ans à compter de la date d'ouverture de ses droits. Ce délai est également applicable, à compter du paiement des prestations entre les mains du bénéficiaire, à l'action en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration. / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
6. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'État, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'État a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744 7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Enfin, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
7. En quatrième lieu, si M. A soutient qu'il a été contraint d'abandonner le lieu d'hébergement qui lui avait été proposé à Verdun au motif qu'il y était menacé par son colocataire, également demandeur d'asile, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Il n'établit pas avoir communiqué ni son départ ni les motifs de ce dernier à l'OFII et il ressort du courriel de la coordinatrice sociale du centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Verdun concernant l'abandon de son hébergement que M. A avait indiqué avoir quitté cet hébergement pour retourner vivre dans une grande ville comme Strasbourg, ne souhaitant pas vivre en campagne. Il ne peut donc pas se prévaloir de ce que l'OFII n'a pas pris en compte les motifs de son départ et n'a pas adapté son offre d'hébergement en conséquence. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit en ce que l'office a agi en situation de compétence liée ainsi que de la durée excessive d'instruction de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ne peuvent qu'être écartés.
8. En dernier lieu, le requérant n'établit pas qu'il présenterait un état de vulnérabilité tel que la décision en litige l'exposerait au risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants et serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et de ses besoins tirés de sa vulnérabilité. Par suite, les moyens correspondants doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil prise à son encontre. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Elsaesser et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le premier assesseur,
A. LUSSET
Le président-rapporteur,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026