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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104838

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104838

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDARSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 8 juillet 2021 et 1er juin 2022, la société Sauter FJA, représentée par Me Darson, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 26 mai 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la délibération du 26 mai 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'elle classe en zone Ng les parcelles cadastrées section 12 n° 338 et n° 339 situées à Blodelsheim ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir ;

- sa requête n'est pas tardive ;

- les dispositions des articles L. 123-12 et R. 123-8 du code de l'environnement ont été méconnues ;

- les dispositions de l'article L. 123-15 du code de l'environnement ont été méconnues ;

- le classement en zone Ng des parcelles cadastrées section 12 n° 338 et n° 339 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, la communauté de communes Pays Rhin-Brisach, représentée par Me Cereja, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Sauter FJA en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Darson, avocat de la société Sauter FJA,

- les observations de Me Cereja, avocat de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach.

La société Sauter FJA a produit une note en délibéré le 7 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par des délibérations des 5 octobre 2015 et 21 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes Pays de Brisach et celui de la communauté de communes Essor du Rhin ont respectivement prescrit la révision de leur plan local d'urbanisme. Par un arrêté du 9 juin 2016, il a été procédé à la fusion de ces deux communautés de communes. Par une délibération du 27 mars 2017, le conseil communautaire de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach a décidé de fusionner les deux procédures de révision du plan local d'urbanisme en cours. Par une délibération du 26 mai 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Par la présente requête, la société Sauter FJA demande au tribunal, à titre principal, d'annuler la délibération du 26 mai 2021 et, à titre subsidiaire, de l'annuler en tant qu'elle procède au classement en zone Ng des parcelles cadastrées section 12 n° 338 et n° 339 situées à Blodelsheim.

Sur la légalité de la délibération du 26 mai 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire ". Aux termes de l'article L. 123-12 du code de l'environnement : " Le dossier d'enquête publique est mis en ligne pendant toute la durée de l'enquête. Il reste consultable, pendant cette même durée, sur support papier en un ou plusieurs lieux déterminés dès l'ouverture de l'enquête publique. Un accès gratuit au dossier est également garanti par un ou plusieurs postes informatiques dans un lieu ouvert au public. / Si le projet, plan ou programme a fait l'objet d'une procédure de débat public organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-8 à L. 121-15, ou d'une concertation préalable organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-16 et L. 121-16-1, ou de toute autre procédure prévue par les textes en vigueur permettant au public de participer effectivement au processus de décision, le dossier comporte le bilan de cette procédure ainsi que la synthèse des observations et propositions formulées par le public. Lorsqu'aucune concertation préalable n'a eu lieu, le dossier le mentionne ".

3. La société requérante se prévaut de ce que le dossier d'enquête publique ne se trouvait dans sa version complète que sur le site Internet de la communauté de communes. S'il n'est pas contesté que, dans les mairies membres de l'intercommunalité, n'était accessible, sur support papier, qu'une partie des éléments composant le dossier d'enquête publique, notamment le règlement, les plans de zonage et les orientations d'aménagement et de programmation, il ressort des pièces du dossier que ce dossier pouvait, dans son intégralité, être consulté en format papier au siège de la communauté de communes du Pays Rhin-Brisach, situé à Volgelsheim, ce que l'arrêté d'ouverture de l'enquête indiquait clairement, ainsi d'ailleurs que la liste précise des éléments constitutifs du plan local d'urbanisme, consultable sur le site internet de la commune. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions de déroulement de l'enquête ont pu nuire à l'information du public ou être de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la délibération contestée, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'enquête est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. Si ce délai ne peut être respecté, un délai supplémentaire peut être accordé à la demande du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête par l'autorité compétente pour organiser l'enquête, après avis du responsable du projet. / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. / Le rapport et les conclusions motivées sont rendus publics par voie dématérialisée sur le site internet de l'enquête publique et sur le lieu où ils peuvent être consultés sur support papier () ".

5. La circonstance que le rapport du commissaire enquêteur aurait été remis au-delà du délai prévu par les dispositions précitées de l'article L. 123-15 du code de l'environnement est sans incidence sur la régularité de l'enquête publique, un tel délai n'étant pas prescrit à peine de nullité. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 27 octobre 2020, le président de la commission d'enquête publique a accordé au président de la communauté de communes du Pays Rhin-Brisach un délai supplémentaire afin que celui-ci puisse produire ses observations en vertu des dispositions de l'article R. 123-18 du code de l'environnement. Ce même président de la communauté de communes du Pays Rhin-Brisach a, quant à lui, autorisé la commission d'enquête à remettre son rapport le 3 décembre 2020, soit après l'expiration, le 12 novembre 2020, du délai imparti. Par suite, et alors qu'il n'est pas démontré que la remise du rapport au-delà du délai initialement imparti a été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 151-34 du même code : " Dans les zones U, AU, A et N les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : () / 2° Les secteurs protégés en raison de la richesse du sol ou du sous-sol, dans lesquels les constructions et installations nécessaires à la mise en valeur de ces ressources naturelles sont autorisées ; (). ".

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage déterminant les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. La société Sauter FJA soutient que le classement en zone Ng des parcelles cadastrées section 12 n° 338 et n° 339 dont elle est propriétaire sur le territoire de Blodelsheim est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que ces parcelles n'ont fait l'objet d'aucun arrêté préfectoral les incluant dans le périmètre d'exploitation de la carrière de sable et de gravier située sur le territoire de la commune de Blodelsheim et, d'autre part, que le bâtiment qui s'y trouve implanté n'est plus affecté à une telle exploitation.

9. Toutefois, le fait que les deux parcelles en litige ne fassent pas, en elles-mêmes, l'objet d'une exploitation ne saurait suffire à entacher d'illégalité le classement retenu, dès lors, d'une part, qu'il ne ressort d'aucun élément du plan local d'urbanisme, et notamment pas du rapport de présentation, que ses auteurs auraient entendu limiter aux seules parcelles bénéficiaires d'un arrêté d'exploitation un classement en zone de gravière et, d'autre part, qu'il ressort des pièces du dossier que les parcelles de la société requérante jouxtent immédiatement celles soumises à un arrêté d'exploitation et, en raison de la configuration des lieux, doivent ainsi nécessairement être regardées comme incluses au sein du périmètre de la gravière de Boldelsheim. Par ailleurs, alors que les dispositions précitées de l'article R. 151-34 du code de l'urbanisme autorisent les constructions nécessaires à la mise en valeur des ressources naturelles exploitées, la circonstance, à la supposer avérée, que le hangar actuellement situé sur les deux parcelles en litige ne soit plus lié aux activités de la carrière n'est pas de nature à entacher d'illégalité le classement en zone Ng des parcelles en litige. Par suite, et dès lors qu'il n'existe aucun droit au maintien de la réglementation d'urbanisme antérieurement en vigueur, la société Sauter FJA n'est pas fondée à soutenir que le classement en zone Ng des parcelles cadastrées section 12 n° 338 et 339 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la société Sauter FJA doivent être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la société requérante demande au titre des frais liés au litige.

12. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la société Sauter FJA le paiement d'une somme de 1 000 euros à la communauté de communes Pays Rhin-Brisach.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la société Sauter FJA est rejetée.

Article 2 : La société Sauter FJA versera à la communauté de communes Pays Rhin-Brisach une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Sauter FJA et à la communauté de communes Pays Rhin-Brisach.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

A.-L. EYMARON

Le président,

M. RICHARD

Le greffier,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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