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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104885

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104885

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPERNOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 12 juillet 2021 et 15 mars 2022 sous le numéro 2104885, M. B A, représenté par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 224,16 euros dont le recouvrement a été poursuivi par une mise en demeure de payer tenant lieu de commandement du 17 mai 2021 émise par le directeur départemental des finances publiques de la Moselle, au titre des frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de sa mère décédée ;

2°) à titre subsidiaire, de fixer la créance détenue par le département de la Moselle à la moitié de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et du département de la Moselle une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ses conclusions dirigées contre la mise en demeure du 17 mai 2021 sont recevables, dès lors que les titres exécutoires du 27 mars 2015 ne lui ont jamais été adressés ;

- les bases de liquidation de la créance ne sont pas mentionnées ;

- la créance est prescrite, en application des dispositions de l'article 2224 du code civil ;

- la créance est illégale au regard des dispositions de l'article L. 344-5 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le département de la Moselle, représenté par Me Pernot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car dirigée contre un acte qui ne fait pas grief ;

- les bases de liquidation de la créance ont été mentionnées dans le courrier adressé à Mme D A, mère du requérant, en date du 13 juin 2014 ;

- les créances en litige, qui se rapportent aux frais d'hébergement de Mme D A pour les périodes du 7 juillet 2011 au 30 septembre 2011 et du 1er octobre 2013 au 31 octobre 2014, n'étaient pas prescrites à la date d'émission des titres exécutoires du 27 mars 2015 ;

- la somme réclamée à M. A s'élève à la moitié de la dette issue de la succession de sa mère, soit 5 112,08 euros ;

- le bien-fondé de la créance est établi.

Par un mémoire, enregistré le 10 septembre 2021, le directeur de la direction départementale des finances publiques de Moselle a présenté des observations.

Par des courriers du 19 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative dès lors que le contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge judiciaire de l'exécution.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 12 juillet 2021 et 15 mars 2022 sous le numéro 2104886, Mme C A, représentée par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 224,16 euros dont le recouvrement a été poursuivi par une mise en demeure de payer tenant lieu de commandement du 17 mai 2021 émise par le directeur départemental des finances publiques de la Moselle, au titre des frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de sa mère décédée ;

2°) à titre subsidiaire, de fixer la créance détenue par le département de la Moselle à la moitié de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et du département de la Moselle une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle se prévaut des mêmes moyens que ceux présentés au soutien de la requête n° 2104885.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le département de la Moselle, représenté par Me Pernot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il se prévaut des mêmes moyens de défense que ceux présentés dans la requête enregistrée sous le n° 2104885 susvisée.

Par un mémoire, enregistré le 10 septembre 2021, le directeur de la direction départementale des finances publiques de Moselle a présenté des observations.

Par des courriers du 19 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative dès lors que le contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge judiciaire de l'exécution.

M. et Mme A ont chacun produit le 19 décembre 2023 des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.

M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 10 juin 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,

- les observations de Me Martineau, substituant Me Pernot, avocat du département de la Moselle.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite du décès de Mme D A, mère des requérants, qui résidait dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes et bénéficiait de l'aide sociale, le département de la Moselle a établi deux titres exécutoires en date du 27 mars 2015, pour un montant total de 10 224,16 euros, au titre des frais d'hébergement de Mme A mère pour les périodes du 7 juillet 2011 au 30 septembre 2011 et du 1er octobre 2013 au 31 octobre 2014. Une lettre de relance a été adressée aux requérants, héritiers de Mme D A, en date du 25 octobre 2016, aux fins de recouvrer une partie de cette somme. M. et Mme A ont alors saisi le tribunal d'instance de Metz, qui s'est déclaré incompétent pour statuer sur leur demande tendant à l'annulation de la lettre de relance du 25 octobre 2016, par un jugement du 23 février 2018 devenu définitif. Par la suite, les requérants ont reçu une mise en demeure tenant lieu de commandement de payer la somme de 10 224,16 euros, datée du 17 mai 2021. M. et Mme A demandent l'annulation de cette mise en demeure ainsi que d'être déchargés de l'obligation de payer la somme correspondante.

2. Les requêtes susvisées nos 2104885 et 2104886, présentées pour M. et Mme A, présentent à juger des questions semblables. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

3. Ainsi que l'a jugé le Tribunal des conflits dans sa décision n° 4212, Département du Calvados, du 14 juin 2021, il ressort des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 281 du livre des procédures fiscales que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

4. Par suite, le juge de l'exécution est compétent pour connaître de la demande d'annulation de l'acte de poursuite que constitue la mise en demeure valant commandement de payer les frais d'hébergement en EPHAD de la mère décédée des requérants, ainsi que, par voie de conséquence, de la décharge de l'obligation de payer la somme réclamée, sans que puisse être remis en cause devant lui le bien-fondé de la créance. Dès lors, il y a lieu de rejeter la requête comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. () ".

6. En application des dispositions précitées, il y a lieu de transmettre les requêtes de M. et Mme A au pôle social du tribunal judiciaire de Metz.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Moselle, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme demandée par le département de la Moselle au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. et Mme A sont transmises au pôle social du tribunal judiciaire de Metz.

Article 2 : Les conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A, au département de la Moselle et au président du tribunal judiciaire de Metz. Copie en sera adressée au directeur de la direction départementale des finances publiques de Moselle.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2104885, 2104886

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