mercredi 26 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2104942 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GAUDRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2021, Mme A D, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui faire bénéficier sans délai des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeur d'asile à compter du 1er juin 2020, sous astreinte de 200 euros par jour à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien personnel ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle a été prise en violation du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en ce que l'OFII ne pouvait valablement suspendre implicitement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avant de lui notifier son intention de le faire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste dans l'appréciation du motif pour lequel elle a dû quitter son hébergement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité ;
- la requérante satisfait à l'ensemble des conditions posées par l'article D.744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 en ce qu'il n'a nullement été tenu compte de sa vulnérabilité.
Par une ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
15 novembre 2022.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros, président rapporteur.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante russe, née le 5 décembre 1994, est entrée en France aux fins de solliciter l'asile le 27 février 2019 accompagnée de son époux. Le
2 juin 2020, elle s'est vu remettre une attestation de demandeur d'asile en procédure normale, la France étant devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par décision du
25 mars 2021, dont elle demande l'annulation, l'OFII lui a suspendu les conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a quitté son lieu d'hébergement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par une décision du 14 octobre 2020, publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme F C, directrice territoriale de Strasbourg, à effet de signer tous actes, décisions et correspondances se rapprochant aux missions dévolues à la direction territoriale de Strasbourg, telles que définies par la décision portant organisation générale de l'OFII et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme B E, adjointe. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué que Mme F C n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la signature de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige, signée par Mme E, aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si par une décision n° 428530 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, prévoyant des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil, étaient incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
4. Il résulte de ce qui a été mentionné au point précédent que la décision portant suspension des conditions matérielles d'accueil n'a pas à être précédée d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'entretien préalable est inopérant.
5. En troisième lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme D, notamment au regard de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que Mme D s'est vu notifier par l'OFII par courrier du 30 juillet 2020 son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil et qu'elle disposait d'un délai de 15 jours pour faire valoir ses observations. En outre, contrairement à ce que soutient la requérante, qui se borne pour ce faire à se prévaloir d'une attestation de versement de l'allocation pour demandeur d'asile de l'OFII en date du 1er juin 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'à compter de cette date, l'OFII aurait suspendu ledit versement sans en informer la requérante. Par suite, le moyen tiré d'une violation du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.
8. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux cités au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste en ce qu'une suspension implicite de ses conditions matérielles d'accueil serait intervenue sans en informer la requérante avant la notification du courrier précité du 30 juillet 2020.
9. En septième lieu, si Mme D soutient qu'elle a été contrainte d'abandonner le lieu d'hébergement qui lui avait été proposée à Strasbourg au motif qu'elle y était menacée et agressée physiquement par sa colocataire, également demandeuse d'asile, ses seules déclarations, non assorties de pièces, ne sauraient attester de leur teneur, d'autant qu'il est constant que, concomitamment, Mme D avait quitté cet hébergement pour vivre avec un homme habitant dans le sud de la France. Par suite, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur dans l'appréciation du motif de suspension des conditions matérielles d'accueil ne peuvent qu'être écartés.
10. En huitième lieu, si la requérante fait valoir qu'elle est isolée, qu'elle a quitté son époux après avoir subi des violences conjugales, qu'elle présente un état physique particulièrement fragile et qu'elle est contrainte de vivre dans des conditions particulièrement instables et précaires, elle n'assortit ses allégations d'aucun élément probant permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur dans l'appréciation de sa vulnérabilité ne peuvent qu'être écartés.
11. En neuvième lieu, dès lors que la requérante a quitté le lieu d'hébergement vers lequel elle avait été orientée dans les conditions rappelées au point 9, elle ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'elle satisfait aux conditions de l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 10 que la décision portant suspension des conditions matérielles d'accueil prise à l'encontre de Mme D est en l'espèce compatible avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale. Par suite, le moyen tiré d'une violation des dispositions de cette directive ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Gaudron et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.
Le président rapporteur,
T. GROSLa première conseillère,
S. JORDAN-SELVA
La greffière,
C. LAMOOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2104942
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026