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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105037

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105037

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET GALLAND YANNICK & KIEFFER EMMANUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 20 juillet 2021, le

2 février 2022 et le 5 mai 2022, M. A B, représenté par Me Galland, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle un agent de la préfecture du Bas-Rhin a refusé d'examiner sa demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête n'est pas dépourvue d'objet ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que ni le nom ni le prénom de l'agent signataire de la décision ne sont mentionnés ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 112-8 et L. 112-9 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que l'article 1er du décret n°2015-1423 du 5 novembre 2015, dès lors qu'elle impose que la demande de titre de séjour soit formée par le biais d'une prise de rendez-vous sur un site internet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au non-lieu lieu à statuer sur les conclusions en annulation et au rejet du surplus

Elle fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de la requête dans la mesure où le requérant a obtenu un rendez-vous à la préfecture.

Par une décision du 7 juillet 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande présentée par M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2015-1423 du 5 novembre 2015 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est un ressortissant guinéen né le 1er janvier 1988. Par courrier du 19 mai 2021, il a sollicité auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Sa demande a été rejetée le 27 mai 2021, au motif que les demandes de titre de séjour s'effectuent uniquement sur rendez-vous pris sur le site de la préfecture. Par courrier du 3 juin 2021, le requérant a formé un recours gracieux, qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme recherchant l'annulation de la décision du 27 mai 2021 refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour formée par courrier le 19 mai 2021.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. La préfète du Bas-Rhin soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de la requête de M. B dans la mesure où le 11 janvier 2022, il a été convoqué par courriel à un rendez-vous fixé le 26 janvier 2022 aux fins d'examiner sa demande de titre de séjour. Elle ne justifie cependant pas de l'enregistrement de la demande de titre de séjour du requérant. En outre, un tel enregistrement, à supposer qu'il ait eu lieu, ne saurait valoir retrait de la décision contestée, mais uniquement abrogation de celle-ci, qui a reçu exécution pendant la période pendant laquelle elle était en vigueur, notamment en privant le requérant de la possibilité de bénéficier d'un récépissé. Les conclusions aux fins de non-lieu ne sauraient donc être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Les services permettant aux demandeurs de titre de séjour, par la voie électronique, de solliciter un rendez-vous en préfecture et, le cas échéant, de déposer les pièces nécessaires à l'examen de leur demande constituent des " téléservices " au sens de l'article 1er de l'ordonnance du 8 décembre 2005. Il appartient aux préfets, comme à tout chef de service, de prendre les mesures nécessaires au bon fonctionnement de l'administration placée sous leur autorité. Ils peuvent ainsi prendre des dispositions relatives au dépôt des demandes qui leur sont adressées, dans la mesure où l'exige l'intérêt du service, dans le respect des règles ou principes supérieurs et dans la mesure où de telles règles n'y ont pas pourvu. Il en résulte que, sauf dispositions spéciales, les préfets peuvent créer des téléservices pour l'accomplissement de tout ou partie des démarches administratives des usagers. Ils pouvaient ainsi, avant l'entrée en vigueur du décret n° 2021-313 du 24 mars 2021, mettre à la disposition des étrangers des téléservices leur permettant de déposer des pièces, à condition de respecter l'exigence de présentation personnelle de l'étranger résultant de l'article R. 311-1 puis de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette possibilité est maintenue, depuis l'entrée en vigueur du décret du 24 mars 2021, pour les demandes de titres de séjour qui ne relèvent pas du téléservice prévu par l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En revanche, les obligations qui s'imposent aux étrangers quant aux modes de présentation de leurs demandes étaient fixées par l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont aujourd'hui fixées par celles de ses articles R. 431-2 et R. 431-3. En particulier, l'obligation d'avoir recours à un téléservice résulte de l'article R. 431-2, et s'applique aux seules demandes entrant dans son champ d'application. Dans ces conditions, avant l'entrée en vigueur du décret du 24 mars 2021, les préfets ne tenaient pas de leurs pouvoirs d'organisation de leurs services la compétence pour rendre l'emploi de téléservices obligatoire pour le traitement des demandes de titres de séjour et ne tiennent pas aujourd'hui de ces mêmes pouvoirs la compétence pour édicter une telle obligation pour les catégories de titres de séjour ne relevant pas désormais de l'article R. 431-2.

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de M. B se fondait sur les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la demande en cause n'entrait donc pas dans le champ d'application de l'article R.431-2 du même code. Il s'ensuit que la décision du 27 mai 2021 est entachée d'erreur de droit en tant qu'elle impose au demandeur l'obligation de recourir à un téléservice pour le traitement de sa demande. Elle doit, par suite, être annulée.

Sur les frais de l'instance :

6. M. B n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a dès lors lieu de rejeter les conclusions de M. B tendant à ce que lui soit versée à son conseil une somme en application de ces dispositions, et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Bas-Rhin du 27 mai 2021 refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à Me Galland et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du Tribunal le 29 septembre 2022.

La présidente rapporteure,

A. C

La première conseillère,

première assesseure,

D. MERRI

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2105037

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