jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2105059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEONEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 20 juillet 2021 et le 23 mars 2022, M. B A, représenté par la Selarl LEONEM, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2021 par lequel le maire de Walbourg s'est opposé à sa déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 067 511 21 R0011 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Walbourg une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit en ce que le maire s'est cru à tort en situation de compétence liée au regard de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- aucun motif n'est de nature à justifier une opposition à la déclaration préalable qu'il a déposée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, la commune de Walbourg, représentée par la SELAS M etCs, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- les motifs tirés de la méconnaissance de normes d'urbanisme font obstacle à un prononcé de l'injonction demandée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lusset, rapporteur,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Juliac-Degrelle, avocat de M. A,
- les observations de Me Guerman, avocat de la commune de Walbourg.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé une déclaration préalable sur une parcelle situé 27 rue des Perdrix à Walbourg (cadastrée section 6 numéro 155) en vue de la création d'une dalle en béton de 35 m2 destinée à accueillir une piscine en bois hors-sol. Par un arrêté du 20 mai 2021, que le requérant demande au tribunal d'annuler, le maire de la commune de Walbourg s'est opposé à cette déclaration préalable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. -Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. / La protection au titre des abords s'applique à toute partie non protégée au titre des monuments historiques d'un immeuble partiellement protégé ". Aux termes de l'article L. 621-32 du code du patrimoine : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1 ". Aux termes de l'article L. 632-2 de ce code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. () ". Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord () de l'architecte des Bâtiments de France ". Aux termes de l'article R. 425-1 du même code : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine ".
3. Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les permis de construire portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.
4. Lorsque le maire consulte, comme en l'espèce, l'architecte des bâtiments de France sur une demande d'autorisation de travaux pour un projet situé dans le périmètre des 500 mètres d'un monument classé ou inscrit, mais qui ne se trouve pas dans le champ de visibilité de ce monument, il ne saurait s'estimer lié par cet avis, qui n'est pas un avis conforme. Il ressort de l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 27 avril 2021 que ce dernier a estimé que le terrain d'assiette du projet litigieux n'est pas situé dans le champ de visibilité d'un monument historique. Il s'ensuit que cet avis est un avis simple ne liant pas l'administration.
5. Il résulte de la décision attaquée que le maire de Walbourg a motivé exclusivement la décision d'opposition à déclaration préalable en litige par l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France du 27 avril 2021, sans s'en approprier d'ailleurs les motifs. Au demeurant, le maire fait valoir en défense qu'il était en situation de compétence liée et tenu de suivre cet avis. Dans ces conditions, en s'estimant à tort lié par cet avis et en refusant d'exercer son pouvoir d'appréciation sur le projet litigieux, le maire de Walbourg a méconnu l'étendue de sa compétence. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté du 20 mai 2021 est entaché d'une erreur de droit.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ".
7. En l'espèce, il est constant que l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables et qu'il est ainsi motivé en droit. S'il vise par ailleurs l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 27 avril 2021, cette seule mention ne permet pas de regarder l'arrêté comme comportant l'énoncé des considérations de fait motivant le refus opposé à M. A, alors que le maire de la commune ne s'est ni approprié les termes de cet avis, ni ne l'a joint à l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation.
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. D'une part, si la commune de Walbourg fait valoir en défense que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UA 11.1 du plan local d'urbanisme applicable qui en reprend la rédaction, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi que l'a d'ailleurs relevé l'architecte des bâtiments de France, que le projet litigieux serait dans le champ de visibilité de l'église abbatiale Sainte-Walburge, située à environ 460 mètres de distance. Le projet déposé par le déclarant n'apparaît ainsi pas susceptible de porter atteinte à la conservation et à la mise en valeur de ce monument. En outre, il ne ressort pas des éléments versés au dossier que ce projet d'édification d'une piscine hors-sol de taille modeste, situé au sein d'un lotissement pavillonnaire comptant déjà plusieurs piscines, porterait atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.
10. D'autre part, la commune de Walbourg ne justifie pas de l'illégalité du projet au regard des dispositions des articles UA 11.6 et 11.7 du plan local d'urbanisme relatives respectivement aux remblais et aux citernes de gaz qu'elle se borne d'ailleurs à citer en soulignant que cela témoigne d'" une réelle volonté du règlement de plan local d'urbanisme d'interdire toute excroissance ou construction qui serait supérieure à 1 m de hauteur et serait visible depuis les voies ouvertes à la circulation publique ".
11. Il s'ensuit que les substitutions de motifs, à les supposer mêmes sollicitées à ce double titre dans le cadre des écritures en défense en excès de pouvoir de la commune, doivent être écartées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ".
14. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à déclaration préalable après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision, réputée exhaustive, et écarté, le cas échéant, les substitutions de motifs qu'elle a pu solliciter en cours d'instance, il peut, même d'office, ordonner à cette autorité de délivrer l'autorisation demandée, sans préjudice du droit de contestation des tiers, lesquels ne pourront alors se voir opposer les termes du jugement contenant cette injonction. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, soit que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
15. En raison des motifs de l'annulation prononcée par le présent jugement, et alors, d'une part, que les substitutions de motifs invoquées en défense ont été écartées et, d'autre part, qu'il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions en vigueur à la date d'intervention de la décision en cause ou que la situation de fait existant à ce jour s'opposeraient à l'intervention d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par M. A, il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au maire de Walbourg de prendre une décision en ce sens, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en l'espèce et à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
16. En application des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative, le versement à M. A d'une somme de 2 000 euros doit être mis à la charge de la commune de Walbourg au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions présentées sur le même fondement par la commune, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du maire de Walbourg du 20 mai 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Walbourg de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Walbourg versera une somme de 2 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Walbourg au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Walbourg.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LUSSET
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026