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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105207

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105207

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105207
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires et récapitulatifs enregistrés les 16 juillet 2021, 20 avril 2022, 8 septembre 2022, 4 novembre 2022, 20 janvier 2023 et 8 mars 2023, M. B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du 24 juin 2021 par laquelle le conseil municipal de Sélestat a décidé de désaffecter de la gestion des forêts communales la maison forestière de Danielsrain ;

2°) d'annuler subséquemment l'arrêté de distraction du 23 septembre 2021 de la préfète du Bas-Rhin ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sélestat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir en sa qualité de technicien supérieur forestier de l'Office national des forêts, de contribuable, de conseiller municipal de Kintzheim et surtout de victime des agissements de la commune de Sélestat ;

- aucun document de l'Office national des forêts n'atteste que la maison forestière de Danielsrain n'aurait plus vocation à accueillir un agent de cet établissement ;

- les communes de Kintzheim, Ebersheim, Ebersmunster, Hilsenheim, Muttersholtz et Ohnenheim sont toujours locataires de la maison forestière, dès lors que les délibérations du 3 mars 1961 et du 29 novembre 2012 du conseil municipal de Sélestat et l'arrêté du 17 novembre 1965 du maire de Sélestat sont encore en vigueur faute d'avoir été abrogés ;

- en vertu des articles L. 121-2 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, la commune était tenue d'informer les autres communes qu'elle envisageait de prendre une décision défavorable à leur égard et de respecter une procédure contradictoire ;

- la commune de Kintzheim n'a pas été consultée pour avis par la commune de Sélestat avant la demande du projet de distraction, en méconnaissance de l'article L. 212-3 du code forestier ;

- les obligations prévues par l'article 7 de la loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 relative à la charte de l'environnement et par l'article L. 120-1 du code de l'environnement n'ont pas été respectées ;

- la délibération attaquée ne pouvait pas solliciter auprès du préfet du Bas-Rhin la distraction du régime forestier de la parcelle cadastrée en section 27 n° 19 dès lors que cette autorité administrative n'est pas compétente pour prononcer une éventuelle distraction du régime forestier ;

- la distraction du régime forestier n'est autorisée que lorsque le changement de destination du fond est certain et définitif, ce qui n'est pas le cas ;

- la demande de distraction est nulle et non avenue car elle ne demande l'abrogation d'aucun acte ;

- la délibération attaquée est entachée d'une contradiction de son dispositif ;

- elle est entachée d'une contradiction entre sa motivation et son dispositif ;

- sa motivation est inexacte et procède d'une tromperie ayant vicié le consentement populaire du conseil municipal ;

- la commune de Sélestat ne pouvait pas implicitement abroger une décision créatrice de droits au profit des communes de Kintzheim, Ebersheim, Ebersmunster, Hilsenheim, Muttersholtz et Ohnenheim en passant volontairement sous silence sa propre délibération du 29 novembre 2012 et sans informer les conseils municipaux de ces six communes, de sorte que la délibération attaquée doit être annulée en vertu de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le maire de Sélestat a commis des détournements de procédure et de pouvoir, dès lors que son expulsion de la maison forestière avait uniquement pour but de réaliser une opération immobilière après les élections municipales de 2020 ;

- le statut de la maison forestière de Danielsrain ne justifie pas sa désaffectation de la gestion des forêts communales ;

- en vertu du principe du parallélisme des formes, la commune de Sélestat ne pouvait pas unilatéralement adopter la délibération attaquée sans soumettre préalablement son projet à un vote contradictoire des conseils municipaux de Kintzheim, Ebersheim, Ebersmunster, Hilsenheim, Muttersholtz et Ohnenheim ;

- la commune ne pouvait pas présenter au conseil municipal un avis favorable de l'Office national des forêts car celui-ci est contre la suppression des maisons forestières communales ;

- en vertu de l'article R. 214-2 du code forestier, seule une décision souveraine du ministre de l'agriculture pouvait enlever à la maison forestière de Danielsrain sa fonction ;

- il n'existe aucune désaffectation de cette maison effectuée par le directeur régional ou territorial de l'Office national des forêts ;

- l'arrêté préfectoral du 23 septembre 2021 portant distraction du régime forestier de la parcelle sur laquelle la maison forestière est implantée n'a jamais été affiché en mairie de Sélestat ;

- contrairement aux mentions figurant dans les visas de cet arrêté, la demande de distraction ne date que du 24 juin 2021 ;

- cet arrêté ne distrait pas la maison mais une parcelle sur le territoire communal de Sélestat ;

- la préfète du Bas-Rhin aurait dû rejeter la demande de distraction car la distraction du régime forestier d'une parcelle appartenant à une collectivité territoriale a un caractère exceptionnel et ne peut pas faire l'objet de spéculation immobilière ou financière ;

- la préfète aurait dû rejeter la demande de distraction pour des motifs environnementaux et sécuritaires ;

- la préfète aurait dû rejeter la demande de distraction pour des motifs historiques ;

- la préfète aurait dû fixer le montant des mesures compensatoires que la commune de Sélestat devra engager pour maintenir une gestion durable équilibrée, lequel ne saurait être inférieur à 1,2 million d'euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 octobre 2021, 8 juin 2022, 17 octobre 2022 et 27 février 2023, la commune de Sélestat, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant ne dispose pas d'un intérêt à agir suffisamment direct et certain pour contester la délibération attaquée ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2021, la préfète du Bas-Rhin soutient qu'elle ne saurait être considérée comme partie à l'instance en l'absence, à ce stade de la procédure, d'acte attaqué la concernant et se joint, pour le reste, à la défense opposée à M. A par la commune de Sélestat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Olivier Biget,

- les conclusions de M. Alexandre Therre,

- les observations de Me Cheminet, avocat de la commune de Sélestat.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Sélestat est propriétaire de la maison forestière de Danielsrain, qui a été affectée à la gestion des forêts communales par une délibération du conseil municipal du 3 mars 1961. Elle avait été concédée à l'Office national des forêts pour y loger, à titre de logement de fonction, l'un de ses agents dans le cadre des missions d'exploitation et de gestion des forêts de la commune relevant du régime forestier. A la suite d'une redéfinition de différents postes de triage, l'Office national des forêts n'a plus souhaité disposer de cette maison forestière pour y loger l'un de ses agents. Cette maison n'est plus occupée depuis le mois de septembre 2018. Par une délibération du 24 juin 2021, le conseil municipal de Sélestat a décidé de désaffecter la maison forestière de Danielsrain de la gestion des forêts communales et a demandé à la préfète du Bas-Rhin de distraire la parcelle correspondante du régime forestier. Par un arrêté du 23septembre 2021, la préfète du Bas-Rhin a procédé à cette distraction. M. A demande au tribunal d'annuler la délibération du 24 juin 2021 et l'arrêté du 23 septembre 2021.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Pour justifier de sa qualité lui donnant intérêt pour agir contre les deux décisions attaquées, le requérant se prévaut de sa qualité de technicien supérieur forestier de l'Office national des forêts ayant occupé la maison forestière de Danielsrain, d'habitant, de contribuable et de conseiller municipal de Kintzheim et de victime des agissements de la commune de Sélestat.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A, agent technique forestier principal, a été affecté en qualité de chef de triage à l'unité territoriale de Sélestat sur le poste n° 80200408 situé à Kientzheim à compter du 1er septembre 2002 et qu'en application de la concession pour nécessité absolue de service conclue avec l'Office national des forêts, il a disposé à ce titre de la maison forestière de Danielsrain dont la commune de Sélestat est propriétaire. Nonobstant son changement d'affectation en 2015, l'intéressé s'est maintenu dans la maison concédée, dont il a été expulsé le 13 septembre 2018 après que la commune de Sélestat a obtenu le concours de la force publique en exécution d'une décision du Conseil d'Etat du 20 décembre 2017. Ces circonstances passées, non plus que le détournement de procédure et l'abus de pouvoir prétendument commis par la commune pour le déloger de la maison forestière de Danielsrain, ne confèrent à M. A aucun intérêt à agir contre la délibération constatant la désaffectation du bien et sa distraction du régime forestier.

4. D'autre part, la circonstance que la maison forestière de Danielsrain est située sur le ban de la commune de Kintzheim et que celle-ci a participé financièrement à son entretien dans la mesure où elle était destinée, entre autres, à la gestion de ses forêts communales, n'est pas davantage de nature à conférer un quelconque intérêt pour agir à M. A en tant qu'habitant et contribuable de cette commune. En effet, alors que la participation financière de la commune de Kintzheim au coût d'entretien de cette maison a cessé lorsque celle-ci a cessé, en 2018, d'être utilisée à titre de logement de fonction d'un agent de l'Office national des forêts, il ne ressort pas des pièces du dossier que la désaffectation et la distraction du régime forestier de la maison forestière de Danielsrain emporterait quelque conséquence budgétaire pour les finances de cette commune.

5. Enfin, sa qualité de conseiller municipal de Kintzheim ne confère pas non plus à M. A un quelconque intérêt à attaquer les délibérations de la commune voisine de Sélestat et les autres actes intéressant les biens immobiliers dont cette dernière est propriétaire.

6. Il suit de là que M. A ne justifiant pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre la délibération et l'arrêté attaqués, il n'est pas recevable à en demander l'annulation, ainsi que la commune de Sélestat l'oppose en défense. Sa requête doit, dès lors, être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sélestat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Sélestat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera la somme de 1 000 (mille) euros à la commune de Sélestat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Sélestat, à la préfète du Bas-Rhin, à la commune de Kintzheim, à la commune d'Ebersheim, à la commune d'Ebersmunster, à la commune d'Hilsenheim, à la commune de Muttersholtz, à la commune d'Ohnenheim et à l'Office national des forêts.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mai 2024.

Le rapporteur,

O. Biget

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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