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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105238

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105238

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantALEXANDRE - LÉVY - KAHN - BRAUN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 27 juillet 2021, 23 août 2022 et 23 septembre 2022, M. C B et Mme A B, représentés par Me Merkling, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune d'Ittenheim s'est opposé à leur déclaration préalable portant sur la mise en conformité d'ouvertures de façades d'un hangar, ainsi que la décision du 15 avril 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ittenheim le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision du 27 janvier 2021 est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- c'est à tort que le maire de la commune d'Ittenheim s'est fondé sur le procès-verbal d'infraction du 17 mai 2016 et sur le jugement rendu le 19 décembre 2019 par le tribunal de grande instance de Strasbourg pour s'opposer à la déclaration préalable en litige ;

- la décision du 15 avril 2021 est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 27 janvier 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 mai 2022 et 8 septembre 2022, la commune d'Ittenheim, représentée par Me Keller, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle se trouvait en situation de compétence liée pour refuser l'autorisation d'urbanisme sollicitée ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Thiébaut, avocat des requérants,

- les observations de Me Hasson, avocat de la commune d'Ittenheim.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé un dossier de déclaration préalable portant sur la régularisation des ouvertures sur les façades d'un hangar. Par une décision du 27 janvier 2021, le maire de la commune d'Ittenheim s'est opposé à cette déclaration préalable. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été rejeté le 15 avril 2021. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler la décision du 27 janvier 2021 ainsi que la décision du 15 avril 2021.

Sur la légalité de la décision du 27 janvier 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; (). ". Selon l'article L. 422-3 du même code : " Lorsqu'une commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer la compétence prévue au a de l'article L. 422-1 qui est alors exercée par le président de l'établissement public au nom de l'établissement. / La délégation de compétence doit être confirmée dans les mêmes formes après chaque renouvellement du conseil municipal ou après l'élection d'un nouveau président de l'établissement public. / Le maire adresse au président de l'établissement public son avis sur chaque demande de permis et sur chaque déclaration préalable. ".

3. Par leurs seules allégations et en l'absence de tout élément au dossier permettant de démontrer que le président de la communauté de communes du Kochersberg serait compétent pour se prononcer sur les autorisations d'urbanisme, les requérants ne justifient pas de ce que le maire de la commune n'était pas compétent pour signer l'acte attaqué en application de l'article L.422-1 précité. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

4. En deuxième lieu, pour s'opposer à la déclaration préalable présentée par M. B, la commune d'Ittenheim s'est fondée sur la circonstance que les travaux en litige, d'une part, s'inscrivent dans le cadre d'un changement de destination du hangar agricole de l'intéressé, pour lequel aucune demande de régularisation n'a été sollicitée, et, d'autre part, méconnaissent le jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 19 décembre 2019 en tant qu'il a imposé au pétitionnaire de procéder à la démolition des aménagements qui y ont été irrégulièrement réalisés.

En ce qui concerne les motifs figurant dans l'arrêté :

5. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". Aux termes de l'article L. 421-7 de ce code : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies ".

6. En premier lieu, s'il est constant que, par un jugement du 19 décembre 2019, le tribunal correctionnel de Strasbourg a, après avoir relevé que plusieurs aménagements, dont la création d'ouvertures sur les façades, avaient été réalisés sans autorisation sur le hangar agricole de M. B, ordonné la remise en état des lieux, la circonstance qu'il n'ait pas été procédé à cette remise en état s'agissant de ces ouvertures ne suffit pas à justifier légalement l'opposition à déclaration préalable dès lors que le projet du déclarant tend, en l'occurrence, à régulariser la situation des fenêtres au regard du droit de l'urbanisme. Par suite, la commune d'Ittenheim ne pouvait, sans entacher sa décision d'illégalité, s'opposer à la déclaration préalable en litige au motif que M B n'avait pas procédé à la remise en état des lieux.

7. En second lieu, s'il ressort des photographies figurant dans le dossier de déclaration préalable et attestant de l'état existant du bâtiment, qu'outre des ouvertures au droit des façades du bâtiment agricole, y est notamment visible un auvent, qui, ainsi que cela ressort des pièces du dossier, a été édifié sans autorisation d'urbanisme préalable, cette circonstance ne suffit cependant pas à établir que le projet en litige conduirait à un changement de destination du bâtiment, celui-ci passant de hangar agricole à un local à usage d'habitation. En particulier, et contrairement à ce que soutient la commune, il ne peut être déduit des informations contenues dans le dossier de déclaration préalable que M. B ait entendu maintenir la cuisine qu'il a irrégulièrement installée dans son hangar agricole, quand bien même les aménagements intérieurs n'avaient pas été détruits, le dossier de déclaration préalable portant sur un bâtiment à usage agricole n'indiquant pas l'intention d'en changer la destination. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la commune ne pouvait s'opposer à sa déclaration préalable au motif que le projet en litige attesterait du changement de destination de son hangar agricole.

En ce qui concerne le nouveau motif :

8. L'administration peut toutefois, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est

légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. La commune d'Ittenheim se prévaut d'un nouveau motif tiré de ce que le maire se trouvait en situation de compétence liée pour s'opposer au projet au regard des éléments irrégulièrement réalisés sur le hangar agricole et non autorisés.

10. Lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Le maire a donc compétence liée pour s'opposer à une déclaration de travaux concernant ces seuls travaux.

11. Ainsi qu'il a été indiqué, il ressort du dossier de déclaration préalable que figure sur les photographies qui y sont jointes un auvent dont il est constant qu'il a été érigé sans que M. B obtienne au préalable une autorisation d'urbanisme. Dès lors que cet élément de construction a eu pour effet de transformer le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé, M. B ne pouvait se borner à déposer une demande de déclaration préalable ne portant que sur la seule régularisation des ouvertures des façades. La circonstance qu'il a procédé, postérieurement à la décision attaquée, à la démolition de cet auvent, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté d'opposition à la déclaration préalable en litige pris à l'encontre de M. B. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été rappelé au point 10 du présent jugement, la commune d'Ittenheim est fondée à soutenir que, faute pour la déclaration préalable de porter sur l'ensemble des travaux ayant affecté le bâtiment par rapport à l'autorisation d'urbanisme initiale, le maire se trouvait en situation de compétence liée pour rejeter la demande de M. B.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B à fin d'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2021 et, par voie de conséquence, de la décision rejetant le recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune d'Ittenheim qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais liés au litige. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. et Mme B le paiement de la somme sollicitée par la commune d'Ittenheim sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Ittenheim sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A B et à la commune d'Ittenheim.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

A.-L. EYMARON

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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