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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105466

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105466

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOLMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 août 2021, le 14 novembre 2022 et le 18 avril 2023, Mme C D, représentée par Me Colmant, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Strasbourg a rejeté sa demande de contre-expertise et a mis fin à son congé pour invalidité temporaire imputable au service, ensemble la décision du 28 mai 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Strasbourg de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 868,15 euros au titre des dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 qui prévoit la consultation pour avis de la commission de réforme ;

- elles sont insuffisamment motivées ; aucune explication n'est donnée pour justifier le refus de mener une contre-expertise ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation concernant la date de consolidation de son état de santé et le taux d'invalidité permanente partielle ;

- l'administration a commis une erreur de droit en considérant que les arrêts de travail pour la période postérieure au 8 mars 2020 ne sont pas en lien direct et certain avec l'accident de service survenu le 7 novembre 2019 ;

- le recteur a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle pouvait être affectée dans plusieurs établissements et parcourir d'importantes distances en voiture pour effectuer son service.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2023, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,

- et les observations de Me Colmant, avocat, représentant Mme D et de M. B, représentant le recteur de l'académie de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D est professeure d'enseignement religieux. Le 7 novembre 2019, elle a chuté d'une estrade alors qu'elle dispensait un cours au collège Pierre Claude de Sarre-Union (Bas-Rhin). À la suite de cette chute, elle a présenté des douleurs cervicales ainsi que des douleurs au genou et au poignet gauches. Cet accident a été reconnu imputable au service et Mme D a bénéficié d'arrêts de travail à compter du 7 novembre 2019. Alors qu'elle était en congé de maladie, elle a été victime le 8 mars 2020 d'un infarctus du myocarde. Une expertise médicale a été réalisée le 2 juillet 2020 par le docteur A, chirurgien orthopédiste, à la demande du rectorat. Sur les bases des conclusions de ce médecin, la date de consolidation a été fixée au

7 mars 2020 et le taux d'incapacité résultant de l'accident de service a été fixé à 5%. Mme D a été placée en congé d'invalidité temporaire imputable au service du 7 novembre 2019 au

6 juillet 2020. Le 30 novembre 2020, elle a demandé son maintien en congé imputable au service en se prévalant du lien de causalité entre ses pathologies cardiaques et l'accident survenu le

7 novembre 2019. Par une décision du 3 décembre 2020, la rectrice de l'académie de Strasbourg a considéré que les arrêts de travail postérieurs à la date de consolidation retenue par l'expert et fixée au 7 mars 2020 ne sont plus en lien direct et certain avec l'accident de service et que les lésions cardiaques de Mme D ne relèvent pas de l'accident de service. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de la décision du 3 décembre 2020, ensemble la décision du 28 mai 2021 rejetant le recours gracieux qu'elle a formé le 17 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa version en vigueur du

12 janvier 1984 au 1er mars 2022 : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement (). ". Aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () / 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. ".

3. Il est constant que la commission de réforme n'a pas été consultée préalablement à la décision fixant la date de consolidation des séquelles de l'accident du 7 novembre 2019 et fixant le taux d'invalidité permanente partielle. Ainsi, Mme D, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que les décisions attaquées sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 3 décembre 2020, ensemble la décision du 28 mai 2021 portant rejet du recours gracieux, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement, par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'autorité rectorale de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée. Il y a lieu d'enjoindre au recteur de l'académie de Strasbourg d'y procéder dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. En premier lieu, il y a lieu de mettre à la charge de l'État les frais d'expertise liquidés et taxés par ordonnance du 14 juin 2022 du tribunal administratif de Strasbourg à la somme de 1 868,15 euros.

7. En second lieu, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décision du 3 décembre 2020 et du 28 mai 2021 de la rectrice de l'académie de Strasbourg sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Strasbourg de procéder au réexamen de la situation de Mme D dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise judiciaire sont mis à la charge de l'État à hauteur de la somme de 1 868,15 euros.

Article 4 : L'État versera à Mme D la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente décision sera notifiée à Mme C D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

S. JORDAN-SELVA

La présidente,

A. DULMETLa greffière,

C. LAMOOT

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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