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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105473

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105473

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBECKER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2021, M. A D et Mme C B, représentés par Me Becker, demandent au tribunal :

1°)de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017 ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- l'administration a méconnu les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales dès lors qu'ils n'ont été destinataires d'aucune réponse à leurs observations du 15 novembre 2019 à la proposition de rectification du 17 septembre 2019 qui leur a été notifiée ;

- les frais de mission, les frais kilométriques et de déplacements étaient justifiés et, par suite, déductibles de leur impôt sur le revenu ;

- les cotisations sociales acquittées sur les salaires versés par M. D à son employé étaient également déductibles de l'impôt sur le revenu dû au titre de l'année 2016 ;

- ils sont fondés à solliciter la décharge de la majoration de 40% pour manquement délibéré appliquée aux prélèvements sociaux dus au titre de l'année 2017, dès lors que l'administration n'établit pas leur intention d'éluder l'impôt.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.

L'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est fait valoir que :

- la requête, en ce qu'elle porte sur les années 2015 et 2016, est irrecevable car tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite du contrôle sur pièces des déclarations de revenus souscrites par M. D et Mme B, le service vérificateur a notamment remis en cause une partie des frais professionnels déduits des revenus de M. D et soumis aux prélèvements sociaux la plus-value réalisée par ce dernier lors de la cession de son portefeuille d'agent d'assurance. L'administration leur a, par deux propositions de rectification des 1er octobre 2018 et 17 septembre 2019, notifié suivant la procédure contradictoire des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016, d'une part, et de l'année 2017 d'autre part. M. D et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête par l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est :

2. Aux termes de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / () ". Il résulte de l'instruction que, par une décision d'acceptation partielle du 7 mai 2021, l'administration a statué sur la réclamation du 14 décembre 2020 présentée par M. D et Mme B contestant les impositions supplémentaires mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016. Il résulte également de l'instruction que cette décision du 7 mai 2021, qui comporte les voies et délais de recours, leur a été notifiée le 18 mai 2021 et qu'à cette date, il n'est ni établi ni même allégué qu'ils avaient informé l'administration de ce qu'ils ne résidaient plus en France. Ils devaient ainsi, en application des dispositions précitées, saisir le tribunal de leur requête au plus tard le 19 juillet 2021. Par conséquent, leur requête enregistrée postérieurement à cette dernière date, le 5 août 2021, est tardive et par suite, irrecevable, en tant qu'elle porte sur les impositions supplémentaires mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016.

Sur le surplus de la requête en tant qu'il concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux dus au titre de l'année 2017 :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". L'administration fait valoir, à l'appui du pli qu'elle produit et d'une attestation du service postal, qu'une réponse aux observations des contribuables, en date du 29 janvier 2020, leur a été adressée et qu'ils ont été avisés de la mise en instance du pli le 1er février 2010, lequel n'a pas été réclamé, et qu'il a été retourné au service qui l'a réceptionné le 20 février 2020. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'ont été destinataires d'aucune réponse à leurs observations du 15 novembre 2019 à la proposition de rectification du 17 septembre 2019 et que la procédure d'imposition serait, pour ce motif, irrégulière.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes du 3° de l'article 83 du code général des impôts : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : / () / Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. / () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être admis à déduire des frais réels, le contribuable est tenu de fournir des éléments justificatifs suffisamment précis pour permettre d'apprécier le montant des frais effectivement exposés par lui à l'occasion de l'exercice de sa profession et qu'il ne peut, dès lors, ni se borner à présenter un calcul théorique de ces frais, ni faire état de dépenses réelles sans établir qu'elles constituent une charge inhérente à son activité professionnelle. En l'espèce, les requérants se bornent à soutenir qu'ils sont dans l'incapacité de produire des pièces au motif qu'un sinistre est survenu au début du mois de juillet 2018 dans la cave du local commercial situé au 2 place de l'Eglise à Thionville, comme l'atteste le directeur général de l'Office public de l'habitat (OPH) de Thionville, et que les agendas professionnels de M. D ainsi que d'autres pièces justificatives de ses frais professionnels ont ainsi été accidentellement détruits. Ce faisant, ils n'établissent pas le cas de force majeure qu'ils allèguent. Par suite, leur moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; ". Et aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". Pour établir l'existence d'un manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

6. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, pour caractériser l'élément intentionnel du manquement qui leur est reproché, l'administration ne s'est pas fondée exclusivement sur le montant des prélèvements sociaux éludés, à raison de la non-déclaration par M. D de la plus-value réalisée au moment de la cessation de son activité d'agent d'assurance, d'un montant de 160 612 euros, mais également sur la circonstance que, au regard de sa profession, M. D ne pouvait ignorer que cette plus-value était imposable. L'administration doit être regardée, ainsi, comme établissant le caractère intentionnel du manquement des contribuables à leurs obligations déclaratives, peu importe la circonstance alléguée que la plus-value dont s'agit était exonérée d'impôt sur le revenu et que les requérants ignoraient qu'elle était toutefois passible de prélèvements sociaux.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme B ne sont pas fondés à obtenir la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2017. Par voie de conséquence, ils ne peuvent prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que, en tout état de cause, à la condamnation de l'Etat aux dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C B et à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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