mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2105573 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP IOCHUM & GUISO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 août 2021, 28 avril et 27 septembre 2022, Mme A B et Mme D C, représentées par la SCP Iochum et Guiso, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle la maire de la commune de Noisseville a rejeté leur demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner la commune de Noisseville à leur verser la somme de 20 000 euros chacune en réparation des nuisances occasionnées par des rassemblements dans le square attenant à leur propriété, sur la place de l'Église et sur le parvis de la salle des fêtes ;
3°) d'enjoindre à la commune de Noisseville, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, de supprimer les tables de pique-nique implantées sur le square du souvenir français, de réglementer l'accès et l'utilisation du square du souvenir français, de l'aire de jeux pour enfants qui s'y trouve implantée, du parvis de la salle des fêtes et de la place de l'Église, de procéder à la signalisation des réglementations adoptées, de clôturer le square du souvenir français de façon à en interdire l'accès en dehors des horaires définis et d'édifier un mur anti-bruit en limite de leur propriété ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Noisseville une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la commune de Noisseville a commis une faute résultant de la carence de son maire, dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative générale, pour faire cesser les nuisances sonores résultant de l'utilisation du parvis de la salle des fêtes, de la place de l'Église, du square du souvenir français et de l'aire de jeux qui s'y trouve ;
- elles sont fondées à solliciter chacune la somme de 20 000 euros en réparation des troubles dans leurs conditions d'existence ;
- il incombe à la commune de Noisseville de prendre plusieurs mesures de nature à mettre fin aux troubles constatés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars 2022 et 4 juillet 2022, présentés par la SELAS Olszak et Levy, la commune de Noisseville, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de Mme B et de Mme C d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- sa responsabilité ne peut être engagée en l'absence de carence fautive du maire ;
- les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées pour le même motif ;
- subsidiairement, le préjudice allégué n'est pas établi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duez-Gündel,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
- et les observations de Me Hurault, représentant Mmes B et C, et de Me Grodwohl, représentant la commune de Noisseville.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B et Mme C sont copropriétaires d'une maison d'habitation située 2 place de l'Église à Noisseville en Moselle, à proximité d'un square et d'une salle des fêtes communale. Par lettre du 23 avril 2021, elles ont demandé à la commune de Noisseville, d'une part, le versement d'une indemnité en réparation des préjudices qu'elles estiment subir en raison de nuisances occasionnées par des rassemblements dans le square attenant à leur propriété, sur la place de l'Église et sur le parvis de la salle des fêtes et, d'autre part, l'adoption de diverses mesures de police administrative pour assurer la tranquillité publique aux alentours de leur domicile. Par une décision du 15 juillet 2021, la maire de la commune de Noisseville a rejeté ces demandes. Par leur requête, Mme B et Mme C demandent au tribunal de condamner la commune de Noisseville à réparer leurs préjudices et d'enjoindre à la commune de Noisseville de prendre plusieurs mesures destinées à faire cesser les troubles.
Sur l'étendue du litige :
2. La décision du 15 juillet 2021 par laquelle le maire de Noisseville a rejeté la demande indemnitaire préalable formée par les requérantes a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande des intéressées. Dès lors, en formulant les conclusions susvisées, Mme B et Mme C ont donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par conséquent, elles doivent seulement être regardées comme demandant au tribunal de condamner la commune de Noisseville à réparer les préjudices qu'elles estiment avoir subis et, à titre complémentaire, de l'enjoindre à prendre plusieurs mesures de police administrative destinées à faire cesser les troubles invoqués.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article L. 2542-2 du code général des collectivités territoriales, applicable aux communes des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin : " Le maire dirige la police locale. / Il lui appartient de prendre des arrêtés locaux de police en se conformant aux lois existantes. ". Par ailleurs, l'article L. 2542-3 du même code dispose que : " Les fonctions propres au maire sont de faire jouir les habitants des avantages d'une bonne police, notamment de la propreté, de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité dans les rues, lieux et édifices publics. () ". En outre, aux termes de l'article L. 2542-4 de ce code : " () Le maire a également le soin : / 1° De réprimer les délits contre la tranquillité publique, tels que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les bruits, y compris les bruits de voisinage, et attroupements nocturnes qui troublent le repos des citoyens ; (). ". Enfin, l'article R. 1336-5 du code de la santé publique dispose que : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité. ". Il appartient au maire, en vertu des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales et du code de la santé publique, de prendre les mesures appropriées pour empêcher ou faire cesser, sur le territoire de sa commune, les bruits excessifs de nature à troubler le repos des habitants.
4. En l'espèce, les requérantes se plaignent de nuisances sonores importantes et régulières engendrées par des attroupements à proximité de leur domicile, sur le parvis de la salle des fêtes, la place de l'Église, le square du souvenir français et l'aire de jeux qui s'y trouve.
5. D'une part, si Mme B et Mme C produisent à l'instance des plaintes pénales qu'elles ont déposées et plusieurs témoignages faisant état de bruits provenant d'attroupements constitués, en particulier, dans le square attenant à leur propriété, elles ne se prévalent en revanche d'aucune étude acoustique susceptible d'établir que ces nuisances présenteraient un caractère excessif, notamment au regard des valeurs d'émergence globale admises par les dispositions des articles R. 1336-4 et suivants du code de la santé publique. Par ailleurs, il ressort du compte rendu des interventions de la gendarmerie nationale depuis janvier 2022 que les forces de l'ordre se sont déplacées à vingt-huit reprises à la demande des requérantes et qu'aucune de ces interventions n'a donné lieu à la constatation de tapages. Ainsi, dans ces circonstances, et alors qu'une école maternelle, une salle des fêtes, une église et un square avec aire de jeux sont susceptibles d'engendrer, dans le cadre d'un fonctionnement normal de ces équipements, quelques troubles acoustiques, il n'est pas établi que les nuisances dont se plaignent Mme B et Mme C présenteraient un caractère excessif de nature à troubler le repos des habitants et imposeraient l'utilisation par le maire de ses pouvoirs de police.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Noisseville a, par un arrêté du 9 avril 2003, réglementé les bruits de voisinage en interdisant notamment " les bruits gênants par leur intensité, leur durée ou leur répétition quelle que soit leur provenance ". Il a également, par un arrêté du 12 février 2019, concernant spécifiquement la place de l'Église, le parvis de la salle des fêtes, le square attenant et l'aire de jeux, interdit le stationnement des véhicules de 21h30 à 7h, la consommation de boissons alcoolisées, l'emploi d'appareils ou de dispositifs de diffusion sonore de 21h30 à 7h, et conditionné l'utilisation de l'aire de jeux à la présence d'un accompagnateur et uniquement entre 7h et 22h. Il résulte également de l'instruction, notamment des photographies produites en défense, que la commune de Noisseville a fait procéder à l'affichage de cette réglementation à l'entrée du square du souvenir français ainsi que devant l'aire de jeux. De surcroît, il résulte de l'instruction que la commune a fait procéder à l'installation de sept caméras de vidéo-surveillance jouxtant la salle des fêtes, dont quatre d'entre elles sont dirigées vers le parvis de cette salle, le square du souvenir français et la place de l'Église. Dans ces circonstances, et alors au surplus que le maire de Noisseville n'est pas tenu à une obligation de résultat dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative générale, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la responsabilité de la commune de Noisseville serait engagée en raison d'une carence fautive de son maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme B et Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires.
9. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la commune de Noisseville ne peut pas être engagée. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte formées par les requérantes ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Noisseville, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de Mme B et Mme C une somme globale de 1 000 euros au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B et Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme B et Mme C verseront solidairement la somme de 1 000 (mille) euros à la commune de Noisseville au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la commune de Noisseville sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de Noisseville.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Duez-Gündel, conseiller
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
Le rapporteur,
C. DUEZ-GÜNDEL
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026