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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105595

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105595

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSTOFFEL-HENRION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2021, Mme A B, représentée par Me Stoffel-Henrion, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la commission d'appel du 17 juin 2021 refusant au fils mineur de la requérante un passage en seconde générale et technologique ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision initiale d'orientation ne lui a pas été régulièrement notifiée, en méconnaissance de l'article D. 331-34 du code de l'éducation ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- la décision de la commission d'appel a été rendue en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense tels qu'ils résultent de l'article 12 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est irrégulière en la forme faute de mention de l'adresse professionnelle de son président, en méconnaissance de l'article 4 de l'arrêté du 14 juin 1990 relatif à la commission d'appel ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juillet 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 14 juin 1990 relatif à la commission d'appel ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dobry,

-les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le fils mineur de la requérante, inscrit en classe de 3ème au collège du Nonnenbruch, à Lutterbach (Haut-Rhin), au cours de l'année scolaire 2020-2021, s'est vu opposer par le conseil de classe un avis défavorable à un passage en seconde générale et technologique au profit d'une orientation vers une seconde professionnelle. Il a contesté cette orientation, confirmée ensuite par la commission d'appel par décision du 17 juin 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 331-8 du code de l'éducation : " La décision d'orientation est préparée par une observation continue de l'élève. / Le choix de l'orientation est de la responsabilité de la famille ou de l'élève quand celui-ci est majeur. Tout désaccord avec la proposition du conseil de classe fait l'objet d'un entretien préalable à la décision du chef d'établissement. Si cette dernière n'est pas conforme à la demande de l'élève ou de sa famille, elle est motivée. / La décision d'orientation peut faire l'objet d'une procédure d'appel ". Aux termes du dernier alinéa de l'article D. 331-34 du même code : " Les motivations comportent des éléments objectifs ayant fondé les décisions, en termes de connaissances, de capacités et d'intérêts. Elles sont adressées aux parents de l'élève ou à l'élève majeur qui font savoir au chef d'établissement s'ils acceptent les décisions ou s'ils en font appel, dans un délai de trois jours ouvrables à compter de la réception de la notification de ces décisions ainsi motivées ". Enfin, l'article D. 331-35 du même code dispose que : " En cas d'appel, le chef d'établissement transmet à la commission d'appel les décisions motivées ainsi que tous éléments susceptibles d'éclairer cette instance. Les parents de l'élève ou l'élève majeur qui le demandent sont entendus par la commission. L'élève mineur peut être entendu à sa demande, avec l'accord de ses parents. / Les décisions prises par la commission d'appel valent décisions d'orientation définitives ". Ces dispositions instituent un recours administratif préalable obligatoire, la décision d'orientation ne pouvant être contestée que par la voie de l'appel qui y est prévue.

3. Les décisions prises sur le recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.

4. Dès lors, les conclusions dirigées contre la décision initiale d'orientation doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision prise par la commission d'appel le 17 juin 2021, qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision initiale d'orientation n'a pas été régulièrement notifiée est sans effet sur la légalité de la décision de la commission d'appel, laquelle a été valablement saisie par la requérante. Ce moyen est dès lors inopérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'arrêté susvisé du 14 juin 1990 : " Le nom et l'adresse professionnelle du président de la commission d'appel ainsi que le délai d'appel sont mentionnés sur le document adressé aux parents de l'élève ou à l'élève majeur pour leur notifier les décisions d'orientation non conformes aux demandes d'orientation et les motivations correspondantes ".

7. Ces dispositions se rapportant également aux modalités de notification de la décision initiale d'orientation, elles ne peuvent pas plus être utilement invoquées à l'encontre de la décision de la commission d'appel.

8. En troisième lieu, il ne résulte d'aucun principe ni d'aucune disposition applicable à la commission d'appel, ni en tout état de cause de l'article 12 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que cette commission ne devrait se tenir qu'à l'issue d'un délai minimum suite à la convocation de l'élève et de ses parents, que ceux-ci devraient être mis à même de présenter des observations écrites en amont de la séance, ou qu'ils devraient se voir communiquer l'ensemble des éléments relatifs à la scolarité de l'élève, dont ils disposent d'ores et déjà.

9. En l'espèce, la requérante a déclaré saisir la commission d'appel le 28 mai 2021, et la commission d'appel s'est tenue le 17 juin 2021 en présence de l'élève et de sa mère qui ont présenté des observations orales et ont pu produire tous documents utiles. Ils ont ainsi disposé d'un délai de près de trois semaines pour préparer leurs observations et réunir les éléments qu'ils estimaient pertinents. Ils ne soutiennent pas que, ayant tenté de déposer des observations écrites, ils en auraient été empêchés, ni qu'ils auraient tenté sans succès d'obtenir auprès de l'établissement scolaire ou du rectorat des documents auxquels ils n'auraient pas eu accès par ailleurs. Dès lors, les circonstances qu'ils n'aient été convoqués que tardivement à la séance de la commission d'appel, qu'ils n'aient pas déposé d'observations écrites et n'aient pas eu communication de l'ensemble des éléments relatifs à la scolarité de l'élève, ne sont pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure suivie devant la commission d'appel. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit, par suite, être écarté.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré du défaut de motivation est, pour les motifs exposés aux points 3 et 4, inopérant en ce qu'il est dirigé contre la décision initiale d'orientation. En outre, la décision de la commission d'appel, qui est suffisamment motivée, s'étant substituée à la décision initiale d'orientation, le défaut de motivation de cette dernière ne peut pas plus être utilement invoquée à l'encontre de la décision de la commission d'appel. Les moyens tirés du défaut de motivation doivent dès lors être écartés.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en ce qu'il serait distinct du moyen auquel il est répondu au point 9, n'est pas assorti des précisions suffisantes à en apprécier le bien-fondé, et il doit par suite être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission d'appel du 17 juin 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de l'éducation nationale. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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