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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105775

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105775

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP ZURFLUH - LEBATTEUX - SIZAIRE ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 20 août 2021, 25 mars 2022 et 17 août 2022, la société Totalenergies Proxi Nord Est, représentée par la SCP Zurfluh-Lebatteaux-Sizaire et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de préemption du 23 février 2021 par laquelle la présidente de l'Eurométropole de Strasbourg a préempté la parcelle cadastrée section 57 n° 220 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne correspond pas à une opération d'aménagement défini à cet article ;

- elle méconnaît l'article 210-1 du code de l'urbanisme dès lors que la réalité du projet n'est pas établie.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 février 2022, 13 juillet 2022 et 3 octobre 2022, l'Eurométropole de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la société Neolia qui n'a pas produit dans le cadre de la présente instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F C,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Hencker, avocat de la société Totalenergies Proxi Nord Est,

- les observations de Mme A pour l'Eurométropole de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er décembre 2020, la société Totalenergies Proxi Nord Est a déposé auprès de la mairie de Schiltigheim une déclaration d'intention d'aliéner portant sur la parcelle cadastrée section 57 n° 220, située à Schiltigheim. Par une décision du 23 février 2021, la présidente de l'Eurométropole de Strasbourg a décidé de préempter cette parcelle. La société Totalenergies Proxi Nord Est a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société Totalenergie Proxi Nord Est demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 et le rejet implicite du recours gracieux.

Sur la légalité de la décision du 23 février 2021 :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2020, la présidente de l'Eurométropole a donné délégation partielle de fonction et de signature à Mme Suzanne Brolly, vice-présidente, à l'effet notamment de signer les actes portant exercice des droits de préemption urbains tels que prévus par le code de l'urbanisme. Il ressort des mentions figurant sur cet arrêté, qui font foi jusqu'à preuve contraire, non apportée en l'espèce, que celui-ci a été affiché à compter du 13 octobre 2020 et transmis au contrôle de légalité le même jour. Par suite, et alors que la requérante ne peut utilement se prévaloir ni des dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales dans leur rédaction issue de l'ordonnance du 7 octobre 2021 ni de ce qu'il ne serait pas établi que M. B D justifiait d'une délégation régulière de signature, ce dernier ayant apposé sa signature uniquement pour attester du respect des règles de publicité, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objectifs définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eaux, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 300-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels () ".

4. Les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

5. Pour justifier son usage de son droit de préemption, l'Eurométropole de Strasbourg se prévaut de ce que la parcelle, classée en zone UXB1 par le règlement du plan local d'urbanisme, permettra l'extension et le maintien sur le territoire de l'Eurométropole de l'activité d'entreprises locales situées à proximité et, en particulier, de celle de l'entreprise Feyel, spécialisée dans la production et la vente de foie gras.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des échanges intervenus entre l'Eurométropole, l'agence de développement d'Alsace (ADIRA) et la société Feyel antérieurement à l'adoption de la décision de préemption en litige, que cette dernière a indiqué avoir un projet d'extension de son activité qui impliquerait l'acquisition de la parcelle actuellement détenue par la société requérante et qui est immédiatement contigüe à celle sur laquelle sont implantées ses propres activités. Il n'est d'ailleurs pas contesté que l'entreprise a, dès 2019, adressé à la société Total une offre d'achat à laquelle cette dernière n'a pas donné suite. L'Eurométropole de Strasbourg, qui a, en outre, décidé de maintenir le classement en zone Ux du secteur dans lequel se trouve la parcelle en litige afin d'en préserver sa vocation de site dédié aux activités artisanales, verse également au dossier un document datant de décembre 2020 et attestant de l'élaboration d'une étude urbaine relatives aux hypothèses de développement du secteur. Ce document fait ainsi notamment état de ce que le maintien de l'entreprise Feyel passe par son extension via l'acquisition des parcelles disponibles adjacentes, dont celle de Total et que, dans ce cadre, se pose la question de la maîtrise foncière de la parcelle détenue par la société requérante. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la réalité du projet d'extension de l'activité économique dans le secteur dans lequel se trouve la parcelle en litige est suffisamment établie à la date de la décision attaquée. Par suite, et alors que contrairement à ce qui est soutenu, un tel projet d'extension de l'activité économique constitue une opération d'aménagement au sens des dispositions précitées, le moyen tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions précitées des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la société requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la société Totalenergies Proxi Nord Est demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la société Totalenergies Proxi Nord Est est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Totalenergies Proxi Nord Est, à Neolia et à l'Eurométropole de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

A.-L. C

Le président,

M. E

Le greffier,

J. FERNBACH

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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