mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2106072 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL SCHRECKENBERG & PARNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 septembre 2021 et le 6 janvier 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Transports Khoch, représentée par Me Weygand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informée du constat de l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et l'a invitée à présenter ses observations, la décision du 22 avril 2021 par laquelle il a mis à sa charge la somme de 18 250 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la somme de 2 398 euros au titre de la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la décision du 27 juillet 2021 portant rejet de son recours gracieux présenté le 2 juin 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours est recevable,
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et, subsidiairement, d'une erreur de fait dès lors que MM. K. disposent de titres de séjour avec autorisation de travail et que M. A ne fait pas partie des effectifs de la société mais est intervenu dans le cadre de l'entraide familiale, reconnue par le jugement du tribunal judiciaire de Strasbourg du 5 octobre 2021 qui s'impose à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société Transports Khoch n'est fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 février 2021.
Par un mémoire, enregistré le 24 janvier 2023, la société Transports Khoch, représentée par Me Weygand, présente des observations sur ce moyen relevé d'office.
Elle soutient que les trois décisions attaquées lui font grief.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Devys, rapporteure,
- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public,
- et les observations de Me Barakowska, substituant Me Weygand, représentant la société Transports Khoch.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 août 2020, les services de l'inspection du travail ont procédé au contrôle d'un véhicule de déménagement de la société Transports Khoch et ont établi un procès-verbal constatant l'emploi d'un étranger sans titre de travail en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail. Par un courrier du 25 février 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé la société du constat de l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et l'a invitée à présenter ses observations. Par une décision du 22 avril 2021, il a mis à sa charge la somme de 18 250 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la somme de 2 398 euros au titre de la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La société Transports Khoch demande l'annulation des décisions du 25 février et du 22 avril 2021, ainsi que de la décision du 27 juillet 2021 portant rejet de son recours gracieux présenté le 2 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".
3. D'une part, l'infraction aux dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé. Le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.
4. D'autre part, la qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. A cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l'exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.
5. Enfin, si l'autorité de la chose jugée au pénal ne s'impose à l'administration comme au juge administratif qu'en ce qui concerne les constatations de fait que les juges répressifs ont retenues et qui sont le support nécessaire du dispositif d'un jugement devenu définitif, la même autorité ne saurait s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité. Il appartient, dans ce cas, à l'autorité administrative d'apprécier si les mêmes faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application d'une sanction administrative.
6. En premier lieu, la société Transports Khoch ne peut utilement soutenir que MM. K. disposent de titres de séjour avec autorisation de travail dès lors que les décisions en litige visent uniquement la situation de M. A, ressortissant géorgien.
7. En second lieu, la société requérante soutient que M. A, parrain du gérant, ne fait pas partie de ses effectifs mais qu'il est intervenu dans le cadre de l'entraide familiale, reconnue par un jugement de relaxe du tribunal judiciaire de Strasbourg du 5 octobre 2021, devenu définitif et qui, selon elle, s'imposerait à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, si ce jugement a relaxé la société Transports Khoch des poursuites pénales engagées à son encontre pour l'emploi d'un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail salarié, ses motifs ne précisent pas les raisons pour lesquelles la relaxe a été prononcée. La société requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que ce jugement s'impose à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal établi par les services de l'inspection du travail, que M. A, ressortissant géorgien, a participé au déménagement effectué par la société Transports Khoch le 12 août 2020. Cette dernière a fini par reconnaître la situation de travail de M. A, alors même que le gérant de la société avait déclaré lors du contrôle que M. A n'avait pas effectué le trajet avec eux, puis, devant les faits établis par l'enquête, avait indiqué que ce dernier avait voyagé avec eux pour leur tenir compagnie mais sans participer au déménagement. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que M. A n'aurait perçu aucune rémunération, notamment sous forme d'avantages en nature, en contrepartie de ses services. Le lien de subordination caractérisant l'existence d'un contrat de travail entre M. A et la société Transports Khoch est ainsi établi et cette dernière n'est pas fondée à soutenir que les décisions en litige sont entachées d'une erreur de droit ou de fait.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Transports Khoch n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées et que sa requête doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Transports Khoch est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Transports Khoch et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
Mme Devys, première conseillère
M. Cormier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
J. Devys
Le président,
S. DhersLe greffier,
P. Souhait
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026