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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2106082

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2106082

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2106082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOLMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2021, M. A B, représenté par Me Colmant, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 288 743 euros, augmentée des intérêts légaux capitalisés, en réparation des préjudices financier et moral qu'il estime avoir subis du fait d'un déroulement anormal de carrière ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa carrière a été affectée par l'appréciation " satisfaisant " qu'a portée la rectrice de l'académie de Strasbourg sur sa valeur professionnelle, au titre des deux dernières campagnes d'avancement au grade de la hors-classe du corps des professeurs agrégés ;

- l'appréciation litigieuse a été arrêtée sans qu'il ait bénéficié d'un rendez- vous de carrière ;

- elle lui a été communiquée uniquement par l'application i-Prof ;

- cette appréciation méconnait les orientations des notes de service n° 2018- 023 du 22 février 2018 et n° 2019- 027 du 18 mars 2019, préconisant la prise en compte de l'expérience et de l'investissement professionnel sur la durée de la carrière ;

- l'appréciation " satisfaisant " qui lui a été attribuée ne correspond pas à sa valeur professionnelle compte tenu de son engagement et de son dévouement pour l'éducation nationale ;

- le déroulement anormal de sa carrière lui cause un préjudice moral et financier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 27 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, désigné M. Bouzar, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de la première chambre.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard,

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Colmant, représentant M. B, et celles de M. C, représentant le recteur de l'académie de Strasbourg.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 16 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est professeur agrégé d'histoire-géographie, affecté au lycée polyvalent Le Corbusier-Lycée des métiers de l'architecture, de la construction et du design

d'Ilkirch-Graffenstaden depuis le 1er septembre 2019. Par un courrier du 21 avril 2021, réceptionné le 27 avril suivant, M. B, estimant ne pas avoir bénéficié d'un déroulement de carrière normal tenant compte de son engagement professionnel, a formé une demande préalable indemnitaire en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande le 27 juin 2021. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant la condamnation de l'Etat à lui payer la somme totale de 288 743 euros, augmentée des intérêts légaux capitalisés, en réparation de son préjudice financier et de son préjudice moral.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait toutefois être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité.

En ce qui concerne la faute :

3. D'une part, aux termes de l'article 9 du décret modifié du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré : " Le professeur agrégé bénéficie de trois rendez-vous de carrière dont l'objectif est d'apprécier la valeur professionnelle de l'intéressé. Ils ont lieu lorsque au 31 août de l'année scolaire en cours : / 1° Pour le premier rendez-vous, le professeur agrégé est dans la deuxième année du 6e échelon de la classe normale ; / 2° Pour le deuxième rendez-vous, le professeur agrégé justifie d'une ancienneté dans le 8e échelon de la classe normale comprise entre 18 et 30 mois ; / 3° Pour le troisième rendez-vous, le professeur agrégé est dans la deuxième année du 9e échelon de la classe normale. / () Pour les professeurs agrégés affectés dans un établissement d'enseignement supérieur et pour les professeurs agrégés détachés pour exercer une fonction d'enseignement, le rendez-vous de carrière comprend un entretien avec l'autorité auprès de laquelle l'enseignant exerce ses fonctions () ". Aux termes de l'article 13 quinquies de ce même décret : " Les professeurs agrégés peuvent être promus au grade de professeur agrégé hors classe lorsqu'ils comptent, au 31 août de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, au moins deux ans d'ancienneté dans le 9e échelon de la classe normale. Ils sont inscrits, après proposition des recteurs, sur un tableau d'avancement, arrêté chaque année par le ministre sur avis de la commission administrative paritaire nationale du corps des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré. / Le nombre maximum de professeurs agrégés pouvant être promus chaque année à la hors-classe est déterminé conformément aux dispositions du décret n° 2005-1090 du 1er septembre 2005 relatif à l'avancement de grade dans les corps des administrations de l'Etat. () ".

4. D'autre part, aux termes du point 1. " Orientations générales " des notes de service du 19 février 2018 et du 18 mars 2019 relatives à l'accès au grade de la hors-classe des professeurs agrégés, adressées aux rectrices et aux recteurs d'académie : " La carrière des agrégés a désormais vocation à se dérouler sur au moins deux grades, à un rythme plus ou moins rapide, sauf, dans des cas exceptionnels, opposition motivée de votre part. / En vertu de l'article 58 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée, l'avancement de grade par voie d'inscription à un tableau d'avancement s'effectue par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Vous procéderez donc à un examen de la valeur professionnelle de chaque agent promouvable en vue de son inscription éventuelle au tableau d'avancement. / En régime pérenne, vos propositions s'appuieront sur le nombre d'années de présence de l'agent dans la plage d'appel statutaire à la hors classe et sur l'appréciation de la valeur professionnelle issue du troisième rendez-vous de carrière de l'agent. À titre transitoire pour la campagne 2018, à défaut pour les agents éligibles de bénéficier d'une appréciation issue du troisième rendez-vous de carrière, vous formulerez une appréciation sur leur valeur professionnelle en vous fondant principalement sur les notes, attribuées au 31 août 2016 (ou 31 août 2017 pour les situations particulières), et sur les avis des chefs d'établissement, des corps d'inspection ou des autorités auprès desquelles ils sont affectés. J'appelle votre attention sur le fait que l'appréciation qui sera portée cette année conformément aux orientations précitées sera conservée pour les campagnes de promotion ultérieures si l'agent n'est pas promu au titre de la présente campagne. " Aux termes du point 4. " Constitution des dossiers " : " La constitution des dossiers se fait exclusivement via le portail de services i-Prof. Tous les personnels promouvables sont informés individuellement qu'ils remplissent les conditions statutaires par message électronique via i-Prof, lequel précisera les modalités de la procédure. L'application i-Prof permet à chaque agent d'accéder à son dossier d'avancement de grade qui reprend les principaux éléments de sa situation administrative et professionnelle et offre une interface entre les personnels et l'administration en permettant la consultation, la mise à jour et le traitement des informations relatives à la situation de l'agent. ". Enfin, aux termes du point 5.1 " Appréciation de l'expérience et de l'investissement professionnels " : " Les avis se fondent sur une évaluation du parcours professionnel de chaque promouvable, mesurée sur la durée de la carrière, et englobent l'ensemble des critères de la valeur professionnelle qui valorise ce parcours professionnel. / Ces avis se déclinent en trois degrés : / Très satisfaisant / Satisfaisant / À consolider. L'avis " Très satisfaisant " doit être réservé à l'évaluation des enseignants promouvables les plus remarquables au regard des critères définis précédemment. ".

5. En premier lieu, à supposer que M. B, en faisant grief à l'administration d'avoir procédé à l'appréciation contestée sans avoir bénéficié d'un rendez-vous de carrière et de lui avoir communiqué son évaluation par l'application I-Prof, entende soulever des irrégularités fautives de la procédure d'inscription au tableau d'avancement, il ressort des énonciations sus-rappelées des notes de service que la constitution des dossiers et leur suivi se font exclusivement via le portail de services I-Prof. Par ailleurs, le requérant ne précise aucunement le type de rendez-vous de carrière auquel il était éligible et dont il n'aurait pas bénéficié. Il s'ensuit qu'aucune irrégularité procédurale, susceptible de constituer une faute de l'administration, n'est établie.

6. En deuxième lieu, si le requérant reproche à l'administration de lui avoir opposé le caractère pérenne des appréciations précédentes données dans le cadre de la procédure d'inscription au tableau d'avancement en vue de la promotion à la hors-classe des professeurs, il ressort des orientations générales sus-rappelées des notes de service que l'appréciation portée dans le cadre d'une campagne doit être conservée pour les campagnes de promotion à la hors-classe ultérieures si l'agent n'est pas promu au titre de la campagne en cours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le rectorat des orientations générales du ministère de l'Éducation nationale ne peut qu'être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, M. B, qui se borne à soutenir que l'application des critères prévus par les notes de service précitées aurait nécessairement dû conduire à une appréciation plus élogieuse de sa valeur professionnelle, n'a produit aucun autre élément que son curriculum vitae. Dans ces conditions et au regard des pièces du dossier, il n'est pas fondé à soutenir que l'avis " satisfaisant " porté par la rectrice sur son dossier de promotion à la hors-classe serait en inadéquation avec ses notations et par suite, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'administration a commis une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices :

9. L'existence de manquements fautifs de l'administration quant au déroulement de carrière du requérant n'étant pas établie, celui-ci n'est pas fondé à solliciter l'indemnisation des préjudices financier et moral qui en auraient résulté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par ce dernier et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bouzar, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La rapporteure,Le premier conseiller,

faisant fonction de président

C. VICARD

M. BOUZAR

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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