jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2106084 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MAAMOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 août 2021 et le 24 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Maamouri, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle le recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts de travail consécutifs à la rechute déclarée le 2 novembre 2019 au titre de son accident de service du 5 janvier 2017, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de reconnaître la rechute de son état de santé imputable à l'accident de service du 5 janvier 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la signataire de la décision du 1er mars 2021 ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;
- la décision du 1er mars 2021 est entachée de vices de procédure ; d'une part, l'absence de médecin spécialiste parmi les membres de la commission de réforme l'a privée d'une garantie ; d'autre part, la séance de la commission de réforme du 14 janvier 2021 s'est déroulée par téléphone dans des conditions non conformes aux dispositions des articles 12 et 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et les nouveaux éléments produits n'ont pas été pris en compte ;
- le recteur a commis une erreur de droit ;
- le recteur a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2021, le recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986,
- le décret n° 2022-353 du 11 mars 2022,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G,
- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,
- les observations de Me Wagner substituant Me Maamouri, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est professeure d'éducation musicale et de chant choral au collège Jean Eblé de Puttelange-aux-Lacs. Le 5 janvier 2017, elle a chuté de sa hauteur sur le verglas en arrivant dans la cour du collège. Elle est ainsi tombée en rotation sur la fesse gauche et sur le dos. Cet accident a été reconnu imputable au service par une décision du 16 août 2018 et la date de consolidation a été fixée au 5 mars 2018. L'état de santé de Mme B s'est dégradé et elle a été placée en arrêt de travail du 2 novembre 2019 au 31 août 2020. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 1er mars 2021 par laquelle le recteur de la région académique Grand Est, recteur de l'académie de Nancy-Metz a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de la " rechute " constatée le 2 novembre 2019, ensemble la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale a rejeté son recours administratif formé le 4 mai 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort de l'article 1er de l'arrêté n° 2020/14 du 3 septembre 2020 produit en défense que le recteur de l'académie de Nancy-Metz a donné délégation à Mme Marie-Laure Jeannin, secrétaire générale de l'académie de Nancy-Metz " à l'effet de signer : / - l'ensemble des actes relatifs à l'organisation et au fonctionnement des services académiques ; / - l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous l'autorité du Recteur se rapportant à la mise en œuvre de la politique éducative relative aux enseignements primaires, secondaires et supérieurs ainsi qu'aux établissements publics et privés qui les dispensent et aux personnels qui y sont affectés ". Il ressort de l'article 3 de ce même arrêté que Mme F C, cheffe de la division des personnels d'administration et d'encadrement a délégation pour signer " les actes relatifs à la gestion de ces personnels, y compris les personnels enseignants en ce qui concerne () la gestion des accidents de travail et des maladies professionnelles ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E n'était pas été absente ou empêchée lorsque Mme C a signé l'acte contesté. Par suite, Mme C était compétente pour signer la décision en litige refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute déclarée par Mme B. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 1er mars 2021 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 12 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans chaque département, il est institué une commission de réforme départementale compétente à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15. Cette commission, placée sous la présidence du préfet ou de son représentant, qui dirige les délibérations mais ne participe pas aux votes, est composée comme suit : () 4. Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret. () " Aux termes de l'article 13 de ce même décret : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ; () ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Dans chaque département, un comité médical départemental compétent à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15 ci-après est constitué auprès du préfet. / La composition de ce comité est semblable à celle du comité médical ministériel prévu à l'article 5. () " L'article 5 de ce décret dispose : " () Ce comité comprend deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, pour l'examen des cas relevant de sa qualification, un spécialiste de l'affection pour laquelle est demandé le bénéfice du congé de longue maladie ou de longue durée prévu à l'article 34 (3e et 4e) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. () " Aux termes de l'article 7 de ce décret : " Les comités médicaux () peuvent recourir, s'il y a lieu, au concours d'experts pris en dehors d'eux. () " Enfin l'article 19 de ce même décret prévoit que : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. () La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instruction, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. / Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. () "
4. D'une part, il ne résulte pas des dispositions précitées que la commission de réforme est tenue de s'adjoindre systématiquement des médecins spécialistes lorsqu'elle se prononce, comme en l'espèce, sur l'imputabilité au service d'une pathologie donnant lieu à des congés de maladie ordinaires.
5.
D'autre part, il ressort du procès-verbal de la réunion de la commission de réforme du 14 janvier 2021, au cours de laquelle la situation de Mme B a été examinée, que ladite commission ne comprenait aucun rhumatologue ni aucun neurologue, alors que l'appréciation portait notamment sur les dorsolombalgies dont souffre la requérante. Cependant, la présence d'un médecin spécialiste lors d'une réunion de la commission de réforme n'est prescrite à peine d'irrégularité de la procédure que si cette présence est nécessaire à l'appréciation par la commission des éléments médicaux qui lui sont soumis. En l'espèce, les membres de la commission de réforme disposaient d'un rapport d'expertise établi, à leur demande, par un médecin généraliste le 10 juillet 2020. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier adressé le 21 janvier 2021 à Mme B par la directrice départementale de la cohésion sociale de la Moselle que cette commission avait en sa possession les documents transmis par la requérante le 6 janvier 2021 constitués d'un compte-rendu de consultation de pathologie professionnelle de l'hôpital civil de Strasbourg en date du 5 octobre 2020, de trois comptes rendus de consultation du centre hospitalier régional universitaire de Nancy établis les 21 juillet, 20 août et 3 septembre 2020 et des conclusions du médecin de prévention du rectorat en date du 30 novembre 2020. Il n'est pas contesté qu'en amont de la séance de la commission, l'un de ses membres, le docteur D, médecin généraliste, a contacté Mme B téléphoniquement pour obtenir les renseignements médicaux complémentaires nécessaires à l'examen de son dossier. Dans les circonstances de l'espèce, la commission de réforme doit ainsi être regardée comme ayant été suffisamment informée pour émettre régulièrement son avis sans s'adjoindre un médecin spécialiste. La circonstance que l'avis rendu au terme de la séance du 14 janvier 2021 mentionne qu'" il n'y a pas d'élément nouveau " établissant une relation directe et certaine entre la symptomatologie douloureuse de Mme B et l'accident survenu le 2 novembre 2019 ne permet pas d'établir que la commission de réforme n'a pas tenu compte des documents établis en 2020, que la requérante avait transmis, et dont il est constant qu'ils ont été portés à la connaissance des membres de la commission. La commission ayant considéré que ces documents n'apportaient pas d'élément nouveau pour établir le lien entre la pathologie et l'accident de service. Mme B ne produit aucun élément de nature à établir que les dorsolombalgies dont elle souffre ont, par leur complexité, rendu nécessaire la présence d'un médecin spécialiste en rhumatologie ou en neurologie au sein de la commission de réforme. Le moyen tiré du vice de procédure doit par conséquent être écarté.
6. En troisième lieu, la circonstance que Mme B a été entendue par téléphone par les membres de la commission de réforme, alors qu'elle avait sollicité la participation à cette réunion par visioconférence, ne permet pas d'établir que l'intéressée n'a pas été en mesure de présenter ses observations dans des conditions satisfaisantes. Si elle soutient qu'elle a été victime d'intimidation de la part de certains médecins membres de la commission, qui ne se seraient pas présentés et n'auraient eu de cesse de lui couper la parole, elle ne produit aucun élément en ce sens, tel notamment qu'une attestation du représentant du personnel qui y siégeait également avec la commission. Par ailleurs, si Mme B se prévaut des dispositions de l'article 12 du décret du 14 mars 1986 qui prévoient qu'" au moins dix jours ouvrés avant la date à laquelle son dossier sera examiné, le secrétariat du conseil médical informe le fonctionnaire concerné de cette date et de son droit à : () 3° Etre accompagné ou représenté, s'il le souhaite, par une personne de son choix à toutes les étapes de la procédure () ", ces dispositions nouvelles, créées par décret n° 2022-353 du 11 mars 2022, n'étaient pas en vigueur à la date à laquelle la commission de réforme s'est réunie. Il ne résulte d'aucun texte législatif ou règlementaire, et notamment pas des dispositions de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 applicable au litige, que la présence physique de Mme B était obligatoire à peine d'irrégularité de la procédure.
7.
En quatrième lieu, un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel accident, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice des dispositions du I de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service.
8. Si Mme B se prévaut de trois comptes rendus de consultation du centre hospitalier régional universitaire de Nancy établis les 21 juillet, 20 août et 3 septembre 2020 et des conclusions du médecin de prévention du rectorat en date du 30 novembre 2020, elle ne les produit pas dans la présente instance. Le seul compte-rendu de consultation de pathologie professionnelle de l'hôpital civil de Strasbourg en date du 5 octobre 2020 ne permet pas d'infirmer les conclusions du médecin expert. Ce dernier a considéré, dans le rapport établi le 10 juillet 2020, que la symptomatologie douloureuse présentée par Mme B ne présente pas de relation directe et certaine avec l'accident de service du 5 janvier 2017, compte tenu " de l'état antérieur lombo-sciatique existant depuis 2001 et ayant récidivé en 2004 et 2012, du long délai écoulé entre l'accident initial du 5 janvier 2017 et la réapparition des sciatalgies en mai 2019, du caractère très fluctuant et aspécifique de la symptomatologie et des données des examens complémentaires ". Les pièces produites par Mme B n'étant pas de nature à remettre en cause ces conclusions détaillées résultant d'un examen complet de la situation de l'intéressée par le médecin expert, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation ne peuvent être accueillis.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nancy-Metz.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Faessel, président,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
La rapporteure,
S. G
Le président,
X. FAESSELLe greffier,
S. BRONNER
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2106084
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026