jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2106094 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL SCHRECKENBERG & PARNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 septembre 2021 et le 30 septembre 2021, M. Richard C et Mme H A, représentés par la SELARL Schreckenberg et Parnière, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel la présidente de l'Eurométropole de Strasbourg a décidé d'exercer son droit de préemption sur leur bien situé 59 route de Bischwiller à Bischheim, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé contre cette décision ;
2°)de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision d'exercer le droit de préemption a été prise au-delà du délai de deux mois prévu par l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;
- la décision méconnait les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'elle est insuffisamment motivée et qu'il n'est pas justifié de la réalité d'un projet d'aménagement ;
- leur projet visait à rénover le bâtiment litigieux en vue de le transformer en logements sociaux et permettait ainsi de réaliser les objectifs de logements sociaux de l'Eurométropole de Strasbourg.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2021, l'Eurométropole de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lusset, rapporteur,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Flament, avocat de M. C et Mme A,
- les observations de M. I, pour l'Eurométropole de Strasbourg.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme A ont souhaité se porter acquéreur d'une parcelle sise 59 route de Bischwiller à Bischheim (Section cadastrale 7 n° 18). Afin de purger la condition suspensive relative au droit de préemption urbain, une déclaration d'intention d'aliéner ce bien a été adressée à la commune le 24 décembre 2020. Par une décision du 23 mars 2021, la vice-présidente de l'Eurométropole de Strasbourg a décidé d'exercer le droit de préemption sur ce bien en vue de la réalisation de logements sociaux. M. C et Mme A ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 6 mai 2021, implicitement rejeté. Par la présente requête, ils demandent au tribunal d'annuler ces décisions.
2. En premier lieu, par un arrêté du 19 octobre 2020, régulièrement publié, la présidente de l'Eurométropole de Strasbourg a donné délégation partielle de fonction et de signature à Mme Suzanne Brolly, vice-présidente, à l'effet de signer notamment les actes portant exercice des droits de préemption urbains tels que prévus par le code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige, signé par Mme E, serait entaché d'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. Cette déclaration comporte obligatoirement l'indication du prix et des conditions de l'aliénation projetée ou, en cas d'adjudication, l'estimation du bien ou sa mise à prix, ainsi que les informations dues au titre de l'article L. 514-20 du code de l'environnement. (). / Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / () "
4. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration d'intention d'aliéner le bien litigieux souscrite par les requérants a été reçue par l'autorité communale compétente le 24 décembre 2020. Par exploit d'huissier du 23 février 2021, l'Eurométropole de Strasbourg, titulaire du droit de préemption, a formulé une demande de visite de ce bien, à laquelle le propriétaire a répondu favorablement par écrit. Cette demande de visite ayant été sollicitée dans le délai de deux mois prévu par les dispositions du code de l'urbanisme citées au point précédent, elle a eu pour effet d'interrompre ce délai. Il est constant que la visite du bien s'est ensuite déroulée le 1er mars 2021, et qu'à cette date le délai restant était inférieur à un mois. Or, le code de l'urbanisme prévoit que " Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision ". En l'espèce, le titulaire du droit de préemption disposait donc d'un mois à compter du 1er mars 2021 pour prendre sa décision. Dès lors, M. C et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la décision litigieuse, datée du 23 mars 2021 et notifiée le 29 mars suivant, a été prise au-delà du délai de deux mois prescrit par les dispositions précitées de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement./ () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () ". Aux termes de l'article L. 300-1, dans sa version applicable au litige : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels () ".
6. Il résulte de ces dispositions que les collectivités et établissements publics titulaires ou délégataires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si ils justifient, à la date à laquelle ils l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
7. D'une part, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'urbanisme dont elle fait application et indique que le droit de préemption est exercé en vue de la réalisation d'une opération de logement social au titre du programme local de l'habitat de l'Eurométropole de Strasbourg approuvé le 16 décembre 2016. Elle précise en outre que cette opération consistera en la réhabilitation du bâtiment existant, avec l'aménagement de six logements financés en prêt locatif aidé d'intégration (PLAI) et en prêt locatif à usage social (PLUS). De tels éléments permettent ainsi d'identifier et de saisir de manière suffisamment précise l'objet de la préemption en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'acte attaqué doit être écarté.
8. D'autre part, il est constant que la préemption litigieuse a pour objet la construction de six logements sociaux, projet dont l'intérêt général n'est pas contesté. En outre, l'Eurométropole de Strasbourg produit l'étude de faisabilité de ce projet, précise et détaillée, datée du mois de mars 2021 et dont l'administration soutient, sans être contredite, qu'elle a été établie avant l'adoption de la décision attaquée. En outre, le projet en cause s'inscrit dans le cadre du programme local de l'habitat de l'Eurométropole de Strasbourg approuvé le 16 décembre 2016. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la société d'économie mixte Alsace Habitat, sollicitée à cette fin par l'Eurométropole de Strasbourg à la suite de la réception de la déclaration d'intention d'aliéner, a validé l'acquisition du bâtiment litigieux aux fins d'y construire six logements sociaux le 16 mars 2021, soit antérieurement à la décision attaquée. Dans ces conditions, l'Eurométropole de Strasbourg justifie de la réalité de l'opération de logement social en cause, répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Par suite, M. C et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que, faute d'un projet réel et antérieur à la décision en litige, celle-ci a été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.
9. En quatrième et dernier lieu, si les requérants font valoir qu'ils avaient un projet globalement similaire à celui de la commune, dès lors qu'ils comptaient construire des logements sociaux, une telle circonstance est par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision de préemption.
10. Il résulte de ce tout ce qui précède que M. C et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 23 mars 2021. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C et de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Richard C, à Mme H A, à M. F B, à M. G D, curateur de M. B, et à l'Eurométropole de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LUSSET
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026