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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2106141

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2106141

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2106141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 6 septembre 2021 et 8 juillet 2022 sous le numéro 2106141, M. J C, M. G C, M. F B et M. I E, représentés par la SELAS Olszak et Levy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a déclaré d'utilité publique le projet d'aménagement d'une zone d'activités intercommunale sur le secteur du Fehrel à Rosheim ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- l'étude d'impact n'a pas été actualisée au regard des nouvelles dispositions de

l'article R. 122-5 du code de l'environnement et elle est ainsi lacunaire sur de nombreux points, en l'absence de développements relatifs au scénario de référence, aux incidences du projet sur climat, aux solutions de substitution au projet, aux mesures de compensation de la consommation d'espaces agricoles et d'étude de faisabilité sur le potentiel de développement en énergies renouvelables ;

- l'étude d'impact est également entachée d'insuffisance en ce qu'elle ne comporte pas de développement relatif à la valeur agronomique et à la facilité d'exploitation des terres concernées par le projet ;

- l'étude d'impact est enfin incomplète, en ce qu'elle n'intègre pas les orientations du schéma régional de développement durable et d'égalité des territoires du Grand Est ;

- l'évolution de l'environnement et du contexte du projet depuis la création de la zone d'activités intercommunale rendait nécessaire l'actualisation de l'étude d'impact ;

- l'appréciation sommaire des dépenses du projet en litige est sous-évaluée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 112-4 du code de l'expropriation, dès lors qu'elle n'intègre pas, d'une part, les coûts supplémentaires découlant de l'exécution du jugement rendu le 12 mars 2021 qui prévoit la démolition des ouvrages réalisés sur les parcelles sous astreinte et d'autre part de l'augmentation de la valeur des parcelles en litige résultant de la viabilisation effectuée par la communauté de communes ;

- l'appréciation sommaire des dépenses est inexacte dès lors que la baisse du montant des travaux entre l'évaluation initiale de 2014 et celle de 2020 n'est pas justifiée par la communauté de communes ;

- les dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ont été méconnues, en ce que le commissaire enquêteur a rendu des conclusions insuffisamment motivées, notamment en ce qui concerne l'analyse de la consommation d'espaces agricoles, et qu'il a en outre manqué d'impartialité vis-à-vis des opposants au projet ;

- l'opération est dépourvue d'utilité publique dès lors que la zone d'activités intercommunale ne répond pas à une finalité d'intérêt général, que la nécessité du recours à l'expropriation n'est pas établi et que les atteintes à la propriété privée et le coût financier sont excessifs au regard de l'intérêt du projet, lequel présente un bilan négatif ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les objectifs fixés à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C et autres ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mai et 19 juillet 2022, la communauté de communes des Portes de Rosheim, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C et autres la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré des insuffisances dont serait entachée d'étude d'impact est inopérant ;

- les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ne peuvent être utilement opposées à une déclaration d'utilité publique ;

- les autres moyens soulevés par M. C et autres ne sont pas fondés.

Des mémoires présentés par la communauté de communes des Portes de Rosheim, par lequel elle conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens, ont été enregistrés les 14 et 23 septembre 2022, et n'ont pas été communiqués.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 13 décembre 2021, 24 février et 7 juillet 2022 sous le numéro 2108535, M. J C, M. G C, M. F B et M. I E, représentés par la SELAS Olszak et Levy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 de la préfète du Bas-Rhin en tant qu'il a déclaré cessibles les parcelles leur appartenant, à acquérir dans le cadre du projet d'aménagement d'une zone d'activités intercommunale sur le secteur du Fehrel à Rosheim ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 132-1 et R. 132-2 du code de l'expropriation, dès lors que le jugement du 12 mars 2021 par lequel le juge de l'expropriation a constaté l'absence de base légale de l'ordonnance d'expropriation du 21 septembre 2016 n'est pas définitif, de sorte que la communauté de communes des Portes de Rosheim est restée propriétaire des parcelles en litige ;

- il méconnaît l'article R. 132-2 du code de l'expropriation, l'identité des requérants n'étant pas précisée dans les formes prescrites à l'article 6 du décret n° 55-22

du 4 janvier 1955 ;

- l'arrêté attaqué est illégal par la voie de l'exception d'illégalité de l'arrêté

du 27 juillet 2021 portant déclaration d'utilité publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C et autres ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, la communauté de communes des Portes de Rosheim, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C et autres la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C et autres ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par la communauté de communes des Portes de Rosheim, par lequel elle conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens, a été enregistré

le 14 septembre 2022, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A D,

- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique,

- les observations de Me Debus, avocate de M. C et autres ;

- les observations de Me Waltuch, avocat de la communauté de communes des Portes de Rosheim.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 11 mars 2014, la communauté de communes des Portes de Rosheim (ci-après CCPR) a approuvé la création d'une zone d'aménagement concertée (ZAC) à vocation commerciale, artisanale et tertiaire sur le secteur du Fehrel à Rosheim. A la suite d'une enquête publique qui s'est déroulée du 1er juin 2015 au 3 juillet 2015, par un arrêté

du 24 mai 2016, le préfet du Bas-Rhin a déclaré d'utilité publique les acquisitions et travaux nécessaires au projet et a déclaré cessibles les terrains nécessaires à sa réalisation. Par un arrêt du 28 mars 2019, la cour administrative d'appel de Nancy a annulé cet arrêté au motif que le préfet du Bas-Rhin n'avait pas fait figurer dans le dispositif de l'acte déclaratif d'utilité publique, comme il était tenu de le faire, l'obligation faite au maître d'ouvrage de remédier aux dommages causés aux exploitations. Une régularisation de la procédure a alors été engagée par la CCPR et une nouvelle enquête publique s'est déroulée du 15 mars au 16 avril 2021, à l'issue de laquelle le commissaire enquêteur a émis un avis favorable au projet. Par un arrêté du 27 juillet 2021, la préfète du Bas-Rhin a déclaré d'utilité publique les acquisitions nécessaires au projet d'extension de la zone d'activités intercommunale du Fehrel. Puis, par un arrêté du 18 octobre 2021, la préfète a déclaré cessibles les parcelles à acquérir dans ce cadre. M. C et autres, propriétaires de parcelles expropriées, demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Les requêtes susvisées nos 2106141 et 2108535, présentées pour M. C et autres, présentent à juger des questions semblables. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2021 déclarant d'utilité publique le projet d'aménagement d'une zone d'activités intercommunale sur le secteur du Fehrel à Rosheim :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, par un arrêté du 19 avril 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Duhamel, secrétaire général de la préfecture, et en cas d'absence ou d'empêchement à Mme Montelly, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée. Les requérants n'établissent ni n'allèguent que M. H n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'étude d'impact :

4. Il ressort des pièces du dossier que, dans la perspective de la création de la zone d'activités intercommunale sur le secteur du Fehrel à Rosheim, une étude d'impact, dont l'autorité environnementale a estimé par un avis du 20 décembre 2013 qu'elle était de bonne qualité et comportait tous les documents exigés par le code de l'environnement, a été réalisée et actualisée en juin 2014. Si les requérants soutiennent que cette étude ne comporte pas l'ensemble des éléments prévus par les dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement dans sa version issue de l'ordonnance n° 2016-1058 du 3 août 2016, ces insuffisances, à les supposer établies, ne sont pas de nature à affecter l'utilité publique de l'opération en litige. Les moyens soulevés en ce sens sont inopérants. Au demeurant, contrairement à ce qui est soutenu, les textes applicables au contenu de l'étude d'impact jointe au dossier de déclaration d'utilité publique étaient ceux en vigueur à la date de la délibération approuvant la création de la ZAC soit le 11 mars 2014, de sorte que la version de l'article R. 122-5 du code de l'environnement issue de l'ordonnance du 3 août 2016 n'était pas applicable en l'espèce. En outre, et en tout état de cause, l'étude d'impact de la ZAC n'avait pas à intégrer les orientations du schéma régional de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET), qui au demeurant a été approuvé en 2019, postérieurement à la réalisation de cette étude. Dès lors, les moyens tirés des insuffisances dont serait entachée l'étude d'impact présentée pour la réalisation de la zone d'aménagement concerté du Fehrel doivent être écartés.

En ce qui concerne l'enquête publique :

S'agissant de l'actualisation de l'étude d'impact jointe au dossier d'enquête publique :

5. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que le programme des travaux visé par l'arrêté déclarant le projet d'utilité publique n'a pas évolué et est resté identique à celui prévu par le dossier de création de la zone d'activités approuvé en mars 2014. Si les requérants se prévalent de l'évolution de l'environnement et du contexte du projet, ils se bornent à citer la mise à jour de documents tels que l'atlas des zones d'activités économiques du pôle d'équilibre territorial et rural du Piémont des Vosges, l'entrée en vigueur du SRADDET en 2019, la révision du plan local d'urbanisme de Rosheim en 2020 ou la réalisation du grand contournement ouest de Strasbourg, sans apporter aucune précision sur les modifications qui auraient pu en résulter sur le projet de ZAC en litige. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet aurait subi des modifications substantielles de nature à justifier une actualisation de l'étude d'impact jointe au dossier d'enquête publique. Au demeurant, les dispositions du III de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement, aux termes duquel l'étude d'impact d'un projet d'aménager doit être réactualisée lorsque les incidences du projet sur l'environnement n'ont pu être complètement identifiées ni appréciées avant l'octroi de la première autorisation, créées par l'ordonnance du 3 août 2016, ne sont opposables, en application de l'article 6 du décret n° 2016-1110 pris pour son application, qu'aux projets dont l'enquête publique a été ouverte à compter du premier jour du sixième mois suivant la publication, soit le 1er février 2017.

S'agissant de l'appréciation sommaire des dépenses :

6. Aux termes de l'article R. 112-4 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Lorsque la déclaration d'utilité publique est demandée en vue de la réalisation de travaux ou d'ouvrages, l'expropriant adresse au préfet du département où l'opération doit être réalisée, pour qu'il soit soumis à l'enquête, un dossier comprenant au moins : () 5° L'appréciation sommaire des dépenses ". Cette obligation a pour objet de permettre à tous les intéressés d'évaluer les charges pouvant en résulter pour la collectivité ou les usagers et de s'assurer que les travaux ou ouvrages envisagés ont, compte tenu de leur coût total réel, tel qu'il peut être raisonnablement apprécié à la date de l'enquête, un caractère d'utilité publique.

7. En premier lieu, si, dans le cas de la mise en œuvre d'une zone d'aménagement concerté, l'appréciation sommaire des dépenses doit inclure les dépenses nécessaires à l'aménagement et à l'équipement des terrains et, le cas échéant, le coût de leur acquisition, les requérants ne sauraient sérieusement soutenir que la CCPR aurait dû y intégrer les coûts découlant de l'exécution du jugement rendu le 12 mars 2021 par le juge de l'expropriation et lui ordonnant de procéder, sous astreinte, à la démolition des ouvrages implantés sur les parcelles en litige.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de l'annulation contentieuse de l'arrêté du 24 mai 2016 portant déclaration d'utilité publique du projet en litige, la CCPR a engagé la réalisation des travaux de viabilisation de la ZAC en novembre 2019 et qu'à l'ouverture de l'enquête publique le 15 mars 2021, les travaux engagés n'avaient pas été démolis. Il ressort toutefois des termes de la décision du juge de l'expropriation du 12 mars 2021, et n'est pas contesté, que le transport sur les lieux du 18 septembre 2020 a permis de constater que les parcelles en litige étaient encore en état de terres, n'avaient pas perdu leur vocation agricole, et que les travaux de viabilisation n'étaient pas terminés. Dans tous les cas, alors que par un avis du 16 février 2022, le service des Domaines, sollicité par la CCPR, a estimé que la valeur de 1 200 euros l'are fixée par une ordonnance du juge de l'expropriation en date du 31 août 2017 restait actuelle, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'augmentation de la valeur des parcelles expropriées résultant de la viabilisation effectuée par la CCPR aurait dû être prise en compte dans l'appréciation sommaire des dépenses du projet.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des actes d'engagement des marchés de travaux produits par la CCPR, que le montant total des travaux de voiries et réseaux divers de l'opération présenté dans le cadre de la déclaration d'utilité publique en litige est inférieur de plus 20 % aux estimations initiales effectuées en 2014. Dès lors, les requérants ne sauraient utilement soutenir que l'appréciation sommaire des dépenses serait insincère au motif que l'évaluation du montant des travaux a diminué alors que le projet de la zone d'activités est demeuré inchangé.

10. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier soumis à l'enquête publique aurait omis, à défaut d'actualisation des informations présentées, de présenter au public l'ensemble des éléments nécessaires à sa complète information.

En ce qui concerne le rapport du commissaire-enquêteur :

11. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions et contre-propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet () ". Si le commissaire enquêteur n'a pas à répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête, il doit indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.

12. Il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur, dans son rapport du 14 mai 2021, a rendu un avis favorable motivé sur le projet en mentionnant les raisons justifiant sa position et qu'il a formulé un avis personnel et circonstancié dans ses conclusions. Contrairement à ce qui est soutenu, il a analysé la question de l'artificialisation de terres agricoles, a souligné la qualité des terres à exproprier, a pris en compte les observations défavorables au projet et a examiné les possibilités alternatives soumises lors de l'enquête publique. Il ne ressort pas du rapport, dans les termes dans lesquels il est rédigé, qu'il porterait un jugement de valeur à l'égard des opposants au projet. Dès lors, les moyens tirés de l'absence de traitement de la question de la consommation d'espace agricole et du défaut d'impartialité du commissaire enquêteur doivent être écarté.

En ce qui concerne le caractère d'utilité publique de l'opération :

13. Il appartient au juge, lorsqu'il se prononce sur le caractère d'utilité publique d'une opération nécessitant l'expropriation d'immeubles ou de droits réels immobiliers, de contrôler successivement qu'elle répond à une finalité d'intérêt général, que l'expropriant n'était pas en mesure de réaliser l'opération dans des conditions équivalentes sans recourir à l'expropriation et, enfin, que les atteintes à la propriété privée, le coût financier et, le cas échéant, les inconvénients d'ordre social ou économique que comporte l'opération ne sont pas excessifs au regard de l'intérêt qu'elle présente.

14. Il ressort des termes de l'arrêté portant déclaration d'utilité publique que la création de la zone d'aménagement concertée du Fehrel vise à permettre le développement d'activités économiques sur le territoire en proposant localement une offre d'emploi adaptée et attractive, à répondre aux demandes foncières des entreprises souhaitant s'implanter ou s'étendre, à permettre le desserrement d'activités déjà installées sur la zone d'activités voisine du Rosenmeer et sur les autres zones de la CCPR, ainsi qu'à rééquilibrer les bassins d'emplois du territoire, en contrebalançant la tendance à la concentration des activités économiques autour de Strasbourg. La création d'emplois sur le territoire de la CCPR, qui s'inscrit dans l'objectif fixé par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Piémont des Vosges d'assurer un ratio de 7 emplois pour 10 actifs-résidents sur le territoire, a vocation à limiter les déplacements domicile-travail des actifs vers les centres urbains drainant de la main d'œuvre et d'éviter ainsi la transformation de ce territoire en " cité-dortoir ".

15. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la CCPR ne justifie pas de la réalité du besoin foncier pour les entreprises et qu'à l'échelle du territoire du Piémont des Vosges, il existe suffisamment de surfaces libres potentiellement mobilisables pour le développement économique, il ressort des pièces du dossier, et notamment du diagnostic du SCoT du Piémont des Vosges que ce territoire possède peu de potentiel de densification au sein des zones d'activités existantes et que les surfaces libres au sein des espaces économiques ne peuvent pas être considérées comme ayant une capacité à accueillir de nouveaux établissements mais plutôt comme un potentiel pour les extensions des entreprises existantes. Il ressort également de ce diagnostic territorial qu'en ce qui concerne les secteurs de zones à vocation économiques au niveau communal, il s'agit majoritairement de petites zones, dites de desserrement, qui accueillent très peu d'établissements et principalement à vocation artisanale pour répondre à des besoins communaux. Les pièces versées au dossier par les requérants, à savoir quelques annonces immobilières relatives à des locaux vacants et concernant essentiellement des bureaux, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation de la communauté de commune sur l'insuffisance des capacités résiduelles dispersées sur le territoire pour répondre aux besoins des entreprises. Par ailleurs, les requérants soutiennent que la zone d'activités intercommunale du Fehrel a essentiellement vocation à permettre le déménagement d'entreprises déjà implantées sur les zones d'activités du Rappenhoffen et du Neuland à Rosheim et que le projet aura un faible impact en termes de création d'emplois. Ils se prévalent notamment à ce titre des doutes, émis dans son rapport par le commissaire enquêteur, sur la réalité de la création de 300 emplois annoncée par la CCPR. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du rapport du commissaire enquêteur, que les entreprises implantées à proximité souhaitent déménager pour pouvoir s'agrandir, et par suite créer de nouveaux emplois, et qu'une centaine d'emplois devraient être créés à court terme. En outre, 18 entreprises ont fait part de leur volonté d'acquérir du foncier dans la zone, dont seules deux parcelles n'étaient pas encore réservées à l'issue de l'enquête publique. Par suite, la finalité d'intérêt général du projet est suffisamment établie par les pièces du dossier.

16. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les réserves foncières disponibles sur le territoire de la communauté de communes, à savoir 6,2 hectares dans la zone du Rappenhoffen et 6,5 hectares dans la zone du parc d'activités des Acacias à Bischoffsheim, sont, d'une part, insuffisantes pour répondre aux besoins des entreprises et, d'autre part, moins bien adaptées que la zone du Fehrel qui se trouve dans une zone déjà viabilisée, située près de la gare et des transports publics. Dès lors que la nécessité de l'opération d'expropriation pour cause d'utilité publique doit s'apprécier au regard des seuls terrains dont la collectivité expropriante est susceptible de disposer effectivement, les requérants ne sauraient à nouveau se prévaloir de l'existence de zones d'activités qui ne sont pas situées sur le territoire de la communauté de communes des portes de Rosheim pour soutenir qu'elle pouvait mobiliser les réserves foncières disponibles situées dans des zones d'activités avoisinantes. En outre, eu égard à la situation des parcelles des requérants au sein de la zone, et en l'absence d'autre précision, il n'est pas établi qu'une reconfiguration de son aménagement pour en exclure les terrains des requérants était possible. Ainsi, il n'est pas établi que la communauté de communes aurait été en mesure de réaliser l'opération dans des conditions équivalentes, sans recourir à l'expropriation.

17. En dernier lieu, les requérants soutiennent que les atteintes à la propriété privée, le coût financier et, le cas échéant, les inconvénients d'ordre social ou économique que comporte l'opération sont excessifs au regard de l'intérêt qu'elle présente. Toutefois, s'ils affirment que les expropriations projetées sont de nature à placer deux exploitations agricoles dans une situation économique de déséquilibre structurel, ils n'apportent pas d'élément au soutien de leurs allégations. En outre, la CCPR fait valoir, sans être contredite, que ces expropriations n'exposent aucun propriétaire à la perte de son outil de travail et que les requérants disposent d'autres terrains à cultiver par ailleurs. La circonstance que la présente instance peut aboutir à une seconde expropriation, faisant suite à l'annulation de la précédente déclaration d'utilité publique, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Ainsi, les requérants n'établissent pas que le projet attaqué porterait une atteinte excessive à leur droit de propriété. Par ailleurs, en se bornant à faire valoir que le projet va aboutir à l'artificialisation de 18 hectares de terres agricoles de bonne qualité et que son coût s'élèverait à plus de 7 millions d'euros, les requérants n'établissent pas que les inconvénients d'ordre environnementaux ni que le coût de l'opération sont excessifs au regard de l'intérêt que présente l'opération et seraient de nature à lui retirer son caractère d'utilité publique.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme :

18. Les objectifs de développement durable visant l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme mentionnés à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ne sauraient être utilement invoqués directement à l'encontre d'une déclaration d'utilité publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces objectifs est inopérant et doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a déclaré d'utilité publique le projet d'aménagement d'une zone d'activités intercommunale sur le secteur du Fehrel à Rosheim.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de cessibilité du 18 octobre 2021 :

20. En premier lieu, par un arrêté du 19 avril 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " L'autorité compétente déclare cessibles les parcelles ou les droits réels immobiliers dont l'expropriation est nécessaire à la réalisation de l'opération d'utilité publique. Elle en établit la liste, si celle-ci ne résulte pas de la déclaration d'utilité publique. ". Aux termes de l'article R. 132-2 du même code : " Les propriétés déclarées cessibles sont désignées conformément aux prescriptions de l'article 7 du décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière. L'identité des propriétaires est précisée conformément aux prescriptions du premier alinéa de l'article 5 ou du premier alinéa de l'article 6 de ce décret () ". L'article 5 du décret du 4 janvier 1955 dispose que : " Tout acte ou décision judiciaire sujet à publicité dans un service chargé de la publicité foncière doit contenir les nom, prénoms dans l'ordre de l'état civil, domicile, date et lieu de naissance et profession des parties, ainsi que le nom de leur conjoint. / (). ".

22. Il ressort des pièces du dossier que, par le jugement du 12 mars 2021 annulant l'ordonnance d'expropriation du 21 septembre 2016, le juge de l'expropriation a ordonné la restitution des parcelles illégalement expropriées ainsi que l'exécution provisoire de ce jugement. Dès lors, M. C et autres ne sont pas fondés à soutenir que, la CCPR, et non eux-mêmes, devant être regardée comme étant toujours propriétaire des parcelles expropriées, l'arrêté de cessibilité serait entaché d'une erreur de fait. D'autre part, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir des dispositions l'article 6 du décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 qui s'appliquent uniquement aux personnes morales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 132-1 et R. 132-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique doit être écarté.

23. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 3 à 19 que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté de cessibilité du 18 octobre 2021 serait illégal motif de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de l'arrêté du 27 juillet 2021 portant déclaration d'utilité publique du projet d'aménagement d'une zone d'activités intercommunale sur le secteur du Fehrel à Rosheim.

24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 27 juillet 2021 et 18 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CCPR, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C et autres au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C et autres une somme au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. C et autres sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes des Portes de Rosheim au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J C, à M. G C, à M. F B, à M. I E, à la communauté de communes des Portes de Rosheim et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

M. Therre, premier conseiller,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mars 2023.

La rapporteure,

L. D

La présidente,

J. Bonifacj

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2106141, 2108535

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