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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2106159

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2106159

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2106159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL BOURGUN - BAUTZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 7 septembre 2021 et le 25 février 2022, MM. D, Thierry, Nicolas B et Mme G B née F, M. I et Mme H L née K, et M. A et Mme E J née C, représentés par Me Bourgun, avocat, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 7 juillet 2021 déclarant d'utilité publique des travaux et acquisitions nécessaires à la réalisation du projet de création d'un chemin piéton-cycles et déclarant la cessibilité des parcelles sur la commune d'Oberschaeffolsheim ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Oberschaeffolsheim la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir, en leur qualité respective de propriétaires, nu-propriétaires et usufruitiers de parcelles situées au sein du périmètre de l'opération objet de la déclaration d'utilité publique ;

- l'utilité publique de l'opération n'est pas établie ;

- la parcelle dénommée le " Dorfgraben ", appartenant à la commune, est une option plus sécurisée pour la création du chemin piéton-cycle, le chemin en litige présentant un caractère dangereux en raison de sa configuration ;

- le coût des travaux est sous-évalué et n'a pas fait l'objet d'une appréciation sincère de la part de la commune dans le dossier d'enquête publique préalable ;

- la commissaire enquêtrice avait émis un avis défavorable au projet de déclaration d'utilité publique ;

- en qualifiant le chemin de " piéton-cycle " alors que la commune reconnaît l'impraticabilité du chemin pour les cyclistes, le préfet a commis une erreur de fait et aurait dû requalifier le chemin de " piéton ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut, d'une part, à l'irrecevabilité partielle de la requête pour défaut d'intérêt pour agir et d'autre part, au rejet de la requête dans toutes ses conclusions.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B et autres ne sont pas fondés.

La commune d'Oberschaeffolsheim, régulièrement mise en cause, n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hélène Bronnenkant ;

- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 17 février 2014, le conseil municipal de la commune d'Oberschaeffolsheim a approuvé le projet de réalisation d'un cheminement piéton/cycle et l'engagement d'une procédure amiable permettant l'acquisition des parcelles nécessaires au projet, qui appartenaient aux consorts B, L et J. Les négociations amiables n'ayant pas abouties, le conseil municipal a décidé de poursuivre l'acquisition des parcelles concernées par la voie de l'expropriation. Par un arrêté du 29 mars 2016, le préfet a déclaré d'utilité publique les travaux et acquisitions nécessaires à la réalisation du projet d'un cheminement piéton/cycles et déclaré cessibles les parcelles nécessaires à la réalisation du projet. La légalité de cette décision a été confirmée par un arrêt du Conseil d'Etat du 3 février 2022. En revanche, la Cour de cassation a annulé l'ordonnance d'expropriation du 29 août 2016. A la suite de cette dernière, une seconde procédure aux mêmes fins a été engagée en 2020 par la commune d'Oberschaeffolsheim. Après l'avis défavorable de la commissaire enquêtrice à la déclaration d'utilité publique du projet, la commune a décidé de poursuivre les travaux. Par un arrêté du 7 juillet 2021 dont les requérants demandent l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a déclaré d'utilité publique les travaux et acquisitions nécessaires à la réalisation d'un chemin piéton-cycle à Oberschaeffolsheim, et cessibles les parcelles nécessaires à la réalisation du projet.

Sur la légalité de l'arrêté du 7 juillet 2021 :

En ce qui concerne l'appréciation sommaire des dépenses :

2. Aux termes de l'article R. 112-4 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Lorsque la déclaration d'utilité publique est demandée en vue de la réalisation de travaux ou d'ouvrages, l'expropriant adresse au préfet du département où l'opération doit être réalisée, pour qu'il soit soumis à l'enquête, un dossier comprenant au moins : / [] 5° L'appréciation sommaire des dépenses ; / [] ". Cette obligation a pour objet de permettre à tous les intéressés d'évaluer les charges pouvant en résulter pour la collectivité ou les usagers et de s'assurer que les travaux ou ouvrages envisagés ont, compte tenu de leur coût total réel, tel qu'il peut être raisonnablement apprécié à la date de l'enquête, un caractère d'utilité publique. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances du dossier d'enquête publique ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

3. Il résulte de l'instruction que le dossier soumis à enquête publique comporte une estimation sommaire des dépenses à réaliser. Cette estimation comprend le coût total du projet de

54 450 euros, le montant des acquisitions foncières déjà réalisées, de 48 015 euros toutes taxes comprises, celui des acquisitions foncières restant à réaliser, de 7 000 euros et le coût des travaux pour 5 400 euros toutes taxes comprises. Les requérants, en se fondant sur l'avis de la commissaire enquêtrice allèguent que le coût de l'opération est sous-évalué. Toutefois, ils n'apportent aucun élément de nature à démontrer, alors que le dossier ne doit comprendre qu'une évaluation sommaire des dépenses, que la sous-évaluation du coût du projet serait telle qu'elle aurait eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou aurait été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. Ils ne sont ainsi pas fondés à soutenir que la procédure d'enquête publique a été viciée.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de fait :

4. Les consorts B et autres soutiennent que si l'arrêté du 7 juillet 2021 s'est fondé, pour justifier de son utilité publique, sur la possibilité de créer un cheminement ouvert à la fois aux piétons et aux vélos, la largeur d'un mètre du projet ne permet pas en réalité la circulation simultanée de piétons et vélos. A supposer que cette erreur de fait soit établie, elle n'est pas, en tout état de cause de nature à, à elle seule, remettre en cause le caractère d'utilité publique du projet.

En ce qui concerne l'utilité du projet de chemin piéton-cycle sur la commune d'Oberschaeffolsheim :

5. Il appartient au juge, lorsqu'il se prononce sur le caractère d'utilité publique d'une opération nécessitant l'expropriation d'immeubles ou de droits réels immobiliers, de contrôler successivement qu'elle répond à une finalité d'intérêt général, que l'expropriant n'était pas en mesure de réaliser l'opération dans des conditions équivalentes sans recourir à l'expropriation et, enfin, que les atteintes à la propriété privée, le coût financier et, le cas échéant, les inconvénients d'ordre social ou économique que comporte l'opération ne sont pas excessifs au regard de l'intérêt qu'elle présente.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le projet de cheminement a notamment pour objectif de réaliser un cheminement interdit aux véhicules motorisés, d'une largeur d'un mètre environ, afin de relier à pied, la partie nord et la partie sud de la commune d'Oberschaeffolsheim, en évitant les voies de circulation pour les automobiles. Il résulte des pièces du dossier que le chemin était emprunté, au moins jusqu'en 2009, par les habitants de la commune, notamment par les enfants du village se rendant aux établissements scolaires d'Oberschaeffolsheim, accompagnés une fois par semaine par des parents volontaires, ou encore par les collégiens et personnes qui prennent le bus rue du Notariat. Si les requérants font valoir que le système de ramassage scolaire des enfants n'existe plus, cet élément n'est pas de nature à remettre en cause la finalité d'intérêt général du projet, l'un des objectifs étant de remettre en service ce système d'accompagnement des écoliers à pied jusqu'aux établissements scolaires du village situés rue de la Mairie afin de promouvoir les mobilités douces. Par ailleurs, les consorts B et autres soutiennent que le projet en l'état ne prend pas en compte la dangerosité du chemin qui est dans un état dégradé et ne permet pas le croisement simultané de piétons et cyclistes. Si, comme il a été dit, la praticabilité du chemin pour les cyclistes n'est pas établie, le seul passage des piétons contribue à l'objectif de favoriser les modes de déplacement respectueux de l'environnement. Enfin, si les intéressés font valoir que le chemin débouche sur des rues dépourvues de trottoirs et desservies par des véhicules lourds se rendant dans l'entreprise de M. B, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'accès au chemin a été, d'une part, complexifié par la pose d'une clôture cadenassée par l'intéressé et d'autre part, qu'une sortie pour les camions rue de la Westermatt est possible. Par suite, le moyen tiré du défaut d'intérêt général du projet n'est pas fondé.

7. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que la commune disposerait de parcelles permettant de réaliser la piste piéton-cycles dans des conditions équivalentes, consistant à transformer le fossé communal dénommé Dorfgraben en chemin piéton-cycles. Il résulte toutefois de l'instruction que le fossé ne permet pas de relier la rue de la Mairie et la rue du Notariat, contrairement au chemin en litige, et ne peut dès lors constituer une solution alternative au projet. En outre, ce fossé communal est également utilisé pour la pose d'une canalisation d'assainissement et ne pourra donc être transformé en l'état.

8. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que les avantages du projet tenant à la promotion des modes de transports doux, à l'acheminement des écoliers jusqu'aux établissements scolaires de la ville et celui des habitants du sud de la commune jusqu'au centre-ville de façon sécurisée sont supérieurs à ses inconvénients. En particulier, les inconvénients allégués tenant à son coût, dont il n'est pas établi qu'il aurait été manifestement sous-évalué, à sa potentielle dangerosité et à ses incidences sur les propriétés privées des requérants, qui sont limitées dès lors que la partie de la parcelle en litige ne représente que 32 mètres carrés sur une parcelle totale de 3 934 mètres carrés, ne sont pas de nature à lui retirer son caractère d'utilité publique.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté déclarant d'utilité publique le projet de chemin piéton-cycles à Oberschaeffolsheim et cessibles les parcelles concernées par le projet est illégal.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux consorts B et autres la somme que ceux-ci réclament au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts B et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune d'Oberschaeffolsheim et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 mars 2024.

La rapporteure,

H. Bronnenkant

Le président,

X. Faessel

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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