mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2106787 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEONEM |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête enregistrée le 5 octobre 2021 sous le n° 2106787, Mme B C, représentée par Me Dreyer, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2021, rectifié par un arrêté du 12 août 2021, par lequel le président de la communauté de communes du Pays de Saverne a prononcé sa révocation ;
2°) d'ordonner sa réintégration dans ses fonctions et de reconstituer ses droits en matière de traitement et de retraite, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) mettre à la charge de la communauté de communes la somme de 1 371 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de la justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en violation de l'article 30 de la loi n° 83-634 portant statut général de la fonction publique ;
- l'exactitude matérielle des faits n'est pas établies ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir ;
- la sanction infligée est disproportionnée par rapport aux faits imputés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, la communauté de communes du Pays de Saverne, représentée par Me Maetz, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique enregistré le 17 mars 2022, Mme C conclut au non-lieu à statuer s'agissant de ses conclusions en annulation des arrêtés du 2 et 12 août 2021.
Elle soutient que ces arrêtés ont été retirés par des arrêtés des 12 et 17 janvier 2022 substituant à la sanction de révocation une sanction d'exclusion temporaire de dix mois après l'avoir préalablement réintégrée et reconstitué ses droits.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 14 mars 2022.
II) Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022 sous le n° 2200534, Mme B C, représentée par Me Dreyer, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2022, par lequel le président de la communauté de communes du Pays de Saverne l'a exclue pour une durée de dix mois ;
2°) d'ordonner sa réintégration dans ses fonctions et de reconstituer ses droits en matière de traitement et de retraite, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes la somme de 1 371 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de la justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en violation de l'article 30 de la loi n° 83-634 portant statut général de la fonction publique ;
- l'exactitude matérielle des faits n'est pas établie ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir ;
- la sanction infligée est disproportionnée par rapport aux faits imputés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, la communauté de communes du Pays de Saverne, représenté par Me Maetz, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 14 mars 2022.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- l'ordonnance du 22 décembre 2021 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté du 2 août 2021 ;
- l'ordonnance du 22 février 2022 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté du 17 janvier 2022.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public,
- et les observations de Me Picoche, substituant Me Maetz, représentant la communauté de communes du Pays de Saverne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, assistante d'éducation au sein de l'espace multi-accueil de la communauté de communes du Pays de Saverne, a été provisoirement suspendue de ses fonctions le 22 mars 2021 puis révoquée à compter du 3 août 2021, par un arrêté du 2 août 2021, rectifié par un arrêté du 12 août 2021, pour des faits de maltraitance à l'égard des enfants dénoncés par certaines de ses collègues. Par une ordonnance du 22 décembre 2021, le juge des référés a suspendu l'exécution de cette décision. Par suite, la communauté de communes du Pays de Saverne a décidé par deux arrêtés datés respectivement des 12 et 17 janvier 2022 de réintégrer Mme C dans ses fonctions et de l'exclure temporairement pour une durée de 10 mois. Par une ordonnance du 22 février 2022, le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté excluant temporairement Mme C de ses fonctions. Par deux recours distincts, Mme C demande l'annulation de l'arrêté portant révocation et celle de l'arrêté du 17 janvier 2022 portant exclusion temporaire de dix mois.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2106787 et 2200534 concernent une même requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur le non-lieu à statuer soulevé par la requérante :
3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par ses deux arrêtés des 12 et 17 janvier 2022, la communauté de communes du Pays de Saverne a, d'une part, réintégré Mme C à compter du 3 août 2021 et a, d'autre part, prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de dix mois. Ainsi, l'établissement public défendeur doit être regardé comme ayant retiré la sanction de révocation qu'il avait prise à l'encontre de Mme C et qui prenait également effet le 3 août 2021. Ce retrait n'est toutefois pas devenu définitif, la requérante ayant également introduit un recours pour excès de pouvoir contre l'arrêté portant exclusion temporaire de dix mois. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par elle doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur les conclusions dirigées contre la décision de révocation :
En ce qui concerne la matérialité des faits :
5. Il incombe en matière disciplinaire à l'administration d'apporter la preuve de la réalité des faits qu'elle invoque pour fonder la sanction qu'elle a infligé à un agent.
6. La décision litigieuse a été édictée aux motifs que Mme C aurait tenu des propos déplacés, insulté et violenté verbalement des enfants, refusé A les nourrir à la fin de son service et qu'elle aurait manqué à son obligation de surveillance. La requérante reconnaît seulement avoir été contrainte, étant toute seule, de laisser certains enfants sans surveillance dans la cour le temps de rentrer les autres et avoir dit " remplacez-moi ou je les défonce " à ses collègues et ce, en l'absence des enfants. Elle conteste, par contre, s'être adressée violemment à ces derniers ou les avoir insultés et avoir refusé de leur donner le biberon et il ressort des pièces du dossier que la matérialité des griefs retenus à son encontre repose uniquement sur les témoignages de certaines de ses collègues recueillis dans le cadre d'une enquête administrative diligentée en raison du climat de conflit existant au sein de la structure, à l'origine d'une ambiance délétère entre les agents. Mme C n'avait jusqu'alors fait l'objet d'aucune mise en cause dans son travail tant de la part de ses collègues que de sa hiérarchie ou encore des parents. Par suite, en l'absence d'éléments probants susceptibles d'étayer ces témoignages défavorables et, en l'espèce, de l'existence d'autres témoignages attestant, au contraire du professionnalisme, de la requérante, seuls les faits admis par la requérante doivent être regardés comme étant établis et il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes du Pays de Saverne aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ces derniers. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la qualification des faits et la proportionnalité de la sanction :
7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
8. Si le défaut de surveillance et le fait d'avoir dit exclusivement à ses collègues " remplacez-moi ou je les défonce ", reconnus par Mme C, constituent des fautes de nature à justifier une sanction, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, chaque fait dénoncé a un caractère isolé, voire même exceptionnel, et n'est pas révélateur d'un comportement récurrent et habituel de Mme C à l'égard des enfants et, d'autre part, que la requérante exerce ses fonctions au sein de la structure depuis plus de dix ans sans avoir jamais fait l'objet d'un rappel à l'ordre ou d'une sanction. Par suite, la sanction de révocation, sanction du quatrième groupe, infligée à la requérante est disproportionnée et doit, pour ce motif, être annulée.
Sur les conclusions dirigées contre la décision d'exclusion temporaire :
9. En premier lieu, la décision doit être regardée comme ayant été prise aux motifs que Mme C aurait tenu des propos déplacés et insulté et violenté verbalement des enfants. Pour les motifs exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait insulté et violenté des enfants, cette dernière reconnaissant seulement le fait d'avoir dit à ses collègues et non aux enfants " remplacez-moi ou je les défonce ". Par suite, seuls les faits admis par la requérante doivent être regardés comme étant établis et il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes du Pays de Saverne aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ces derniers. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
10. En second lieu, si le fait d'avoir tenus ces propos à ses collègues est inexcusable et constitue une faute de nature à justifier une sanction, l'exclusion temporaire de dix mois, sanction de troisième groupe, infligée à la requérante est, pour les mêmes raisons que celle énoncées au point 8, disproportionnée. Par suite, Mme C est également fondée à en demander l'annulation.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions portant révocation et exclusion temporaire des fonctions pour une durée de dix mois doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement implique nécessairement que la communauté de communes du Pays de Saverne procède à la réintégration définitive de Mme C ainsi qu'à la reconstitution de ses droits en matière de traitement et de retraite durant la période où elle a été exclue temporairement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à l'établissement public défendeur d'y procéder dans le délai d'un mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dreyer, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays de Saverne le versement à Me Dreyer de la somme de 1 300 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 août 2021 portant révocation de Mme C et l'arrêté rectificatif du 12 août 2021 sont annulés.
Article 2 : L'arrêté du 17 janvier 2022 excluant Mme C de ses fonctions pour une durée de dix mois est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la communauté de communes du Pays de Saverne de réintégrer définitivement la requérante et de reconstituer ses droits en matière de traitement et de retraite dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La communauté de communes du Pays de Saverne versera une somme de 1 300 euros (mille trois cents) à Me Dreyer une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dreyer renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Les conclusions de la communauté de communes du Pays de Saverne présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la communauté de communes du Pays de Saverne.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
Mme Devys, première conseillère,
Mme Weisse-Marchal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
C. D
Le président,
S. Dhers
Le greffier,
P. Souhait
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°s 2106787, 2200534
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026