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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2106794

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2106794

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2106794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBIANCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Bianchi, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le préfet de la Moselle lui a refusé la délivrance d'une carte nationale d'identité ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle, à titre principal, de lui délivrer une carte nationale d'identité à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 800 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 800 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 138 du code de procédure pénale et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 3 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale

- le décret n° 2016-1460 du 28 octobre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. A a déposé une demande de carte nationale d'identité en mairie de Nogent-sur-Seine le 26 avril 2021. Par une lettre du 7 juin 2021, le préfet de la Moselle a informé M. A que la délivrance d'une carte nationale d'identité est incompatible avec la mesure dont il fait l'objet, à savoir un placement sous assignation à résidence avec surveillance électronique, depuis le 12 novembre 2020, dans le cadre d'une procédure pénale devant la cour d'assises des mineurs de B. Le 22 juin 2021, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision auprès de la préfecture de la Moselle, resté sans réponse. Par sa requête, le requérant demande l'annulation de la décision du 7 juin 2021 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer une carte nationale d'identité.

2.En premier lieu, par un arrêté du 31 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle le 4 janvier 2021, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. Olivier Delcayrou, secrétaire général de la préfecture de la Moselle, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions prises en matière de refus de délivrance des documents d'identité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3.En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 du décret du 28 octobre 2016, autorisant la création d'un traitement de données à caractère personnel relatif aux passeports et aux cartes nationales d'identité : " Pour l'instruction des demandes de carte nationale d'identité ou de passeport, il est vérifié par la consultation du fichier des personnes recherchées qu'aucune décision judiciaire ni aucune circonstance particulière ne s'oppose à sa délivrance. Il est également procédé à une consultation du traitement mentionné à l'article 1er afin de vérifier si des titres ont déjà été sollicités ou délivrés sous l'identité du demandeur ".

4.D'autre part, aux termes de l'article 138 du code de procédure pénale : " Le contrôle judiciaire peut être ordonné par le juge d'instruction ou par le juge des libertés et de la détention si la personne mise en examen encourt une peine d'emprisonnement correctionnel ou une peine plus grave. / Ce contrôle astreint la personne concernée à se soumettre, selon la décision du juge d'instruction ou du juge des libertés et de la détention, à une ou plusieurs des obligations ci-après énumérées : / () 7° Remettre soit au greffe, soit à un service de police ou à une brigade de gendarmerie tous documents justificatifs de l'identité, et notamment le passeport, en échange d'un récépissé valant justification de l'identité (). ".

5.Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut, après avoir constaté qu'une personne ayant sollicité une carte nationale d'identité ou un passeport est enregistrée au fichier des personnes recherchées, lui refuser la pièce d'identité sollicitée lorsqu'une décision judiciaire ou une circonstance particulière tenant notamment à la compromission de la sécurité nationale ou de la sûreté publique s'y oppose.

6.Il ressort des pièces du dossier qu'une ordonnance de placement sous assignation à résidence avec surveillance électronique a été prise par le juge d'instruction du tribunal judiciaire de Toulouse le 12 novembre 2020 à l'encontre de M. A, celui-ci ayant été mis en examen pour des faits extrêmement graves relevant de la compétence de la cour d'assises des mineurs. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet n'est pas fondé et doit donc être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. "

8.À l'appui de sa contestation de la décision du préfet de la Moselle prise sur le fondement des dispositions précitées, M. A soutient qu'il est privé des droits nécessitant de devoir justifier de son identité afin d'y prétendre et qu'il n'a pas pu reprendre sa formation en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) cuisine. Néanmoins, M. A n'apporte pas de précision sur les droits dont il aurait été concrètement privés à défaut de disposer d'une carte nationale d'identité. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article 138 du code de procédure pénale que la remise des documents d'identité ordonnée dans le cadre d'un contrôle judiciaire se fait en échange d'un récépissé valant justificatif d'identité de sorte que M. A ne saurait utilement soutenir qu'il ne peut accomplir de démarches administratives ou professionnelles, comme la reprise de sa formation en CAP cuisine. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale, et de manière plus générale à ses droits et libertés, une atteinte disproportionnée au but en vue duquel la décision a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9.Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Moselle du 7 juin 2021. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme Klipfel, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

X. FAESSEL Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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