jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2107088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | CEREJA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 octobre 2021 et le 5 octobre 2022, la SCI 19, représentée par la SELARL Leonem Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2021 par lequel le maire de Staffelfelden a refusé de lui délivrer un permis de construire valant division pour la construction de trois maisons individuelles sur un terrain situé rue de l'Eau qui court ;
2°) d'enjoindre au maire de Staffelfelden de lui délivrer un permis de construire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et, à défaut, dans ce même délai et sous la même astreinte, de procéder à une nouvelle instruction de son dossier ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Staffelfelden une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 16 août 2021 est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation en droit s'agissant de la densité des constructions, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article U5 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 décembre 2021 et 19 octobre 2022, la commune de Staffelfelden, représentée par la SELARL Cabinet Peyrical et Sabattier Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI 19 en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Staffelfelden soutient que les moyens soulevés par la SCI 19 ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction immédiate a été prononcée par une ordonnance du 9 mars 2023.
Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites, à la demande du tribunal, par la SCI 19 le 1er septembre 2023 et par la commune de Staffelfelden le 7 septembre 2023. Celles produites par la commune de Staffelfelden ont été communiquées le 12 septembre 2023 à la SCI 19, qui n'a pas formulé d'observations.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Malgras,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Canal, avocat de la SCI 19.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 18 février 2021 et complétée le 19 mai 2021, la SCI 19 a sollicité la délivrance d'un permis de construire valant division en vue de réaliser trois maisons individuelles sur un terrain cadastré section 31 parcelle n° 29 situé 19 rue de l'Eau qui court à Staffelfelden en zone Uc du plan local d'urbanisme, correspondant à la Cité Rossalmend. Par un arrêté du 16 août 2021, dont la SCI 19 demande l'annulation, le maire de Staffelfelden a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de Staffelfelden s'est fondé sur la circonstance que le projet méconnaît l'article U5 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'intégration architecturale et paysagère des projets, dès lors d'une part que ce projet consiste en la construction de trois maisons individuelles d'habitation implantées sur une seule et même parcelle dont la densité est trop importante et, d'autre part, que d'un point de vue architectural, il n'est pas adapté à la logique dominante de la cité Rossalmend.
3. Aux termes de l'article U5 du règlement du plan local d'urbanisme de Staffelfelden dans sa rédaction applicable au litige : " Architecture et paysage - intégration architecturale et paysagère des projets - Ensemble de la zone U - conception générale des projets : Les constructions, par leur situation, leur architecture, leur dimension ou leur aspect extérieur ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux environnants ainsi qu'aux sites et aux paysages naturels ou urbains. () / L'implantation du bâti et l'orientation des faitages en particulier se devront d'être établis en cohérence avec la logique dominante dans la section de rue environnante () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un site ou paysage de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il lui appartient de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies versées par les parties et du procès-verbal de constat réalisé par un commissaire de justice en date du 6 octobre 2022 et produit pas la SCI 19, que le projet est situé sur une parcelle supportant actuellement une construction, à l'angle de la rue Cendrillon et de la rue de l'Eau qui court et desservie par cette dernière. Ce terrain est situé dans une zone urbaine marquée par un habitat épars, ne présentant pas d'unité architecturale en termes de toitures, de façades, de gabarit ou de teintes, certaines maisons, comme celles construites pour les ouvriers des mines des bassins de potasse d'Alsace dans les années 1930, étant traditionnelles et visées par les recommandations architecturales de l'annexe 5 du règlement du plan local d'urbanisme, d'autres plus modernes. Ces dernières sont pour certaines d'une hauteur similaire à celles du projet, de type R+1, et présentent des caractéristiques architecturales proches en termes de gabarit. Par ailleurs, le projet s'inscrit dans le cadre d'une zone dans laquelle se trouvent plusieurs bâtiments commerciaux d'aspect commun, à l'instar notamment d'un club house et d'un salon de coiffure voisins, ainsi que des bâtiments publics tels le centre socio-culturel La Margelle et un centre de loisirs communal, ne présentant aucun intérêt architectural particulier, ni d'ailleurs aucune harmonie en termes d'implantation ou de faitage. Enfin, le projet ne se situe pas en situation de covisibilité avec des bâtiments remarquables. Il n'est donc pas de nature à porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire de Staffelfelden a opposé la méconnaissance de l'article U5 du règlement du plan local d'urbanisme précité à sa demande de permis, et que ce motif est donc entaché d'illégalité.
6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état du dossier, susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté contesté portant refus de permis de construire.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI 19 est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution/ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Lorsque l'exécution d'un jugement ou d'un arrêt implique normalement, eu égard aux motifs de ce jugement ou de cet arrêt, une mesure dans un sens déterminé, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si, au vu de cette situation de droit et de fait, il apparaît toujours que l'exécution du jugement ou de l'arrêt implique nécessairement une mesure d'exécution, il incombe au juge de la prescrire à l'autorité compétente.
9. Aux termes l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". Par ailleurs, aux termes de l'article de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Les dispositions introduites au deuxième alinéa de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision.
10. Il s'ensuit que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou s'il s'en saisit d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le motif de refus de délivrance du permis en cause opposé à la société SCI 19 est entaché d'illégalité. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions applicables à la date de la décision annulée s'opposeraient à la délivrance du permis ou qu'un changement de la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire de Staffelfelden de délivrer le permis de construire sollicité par la société SCI 19 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte à ce stade.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Staffelfelden le paiement de la somme de 1 500 euros à la SCI 19 au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Staffelfelden demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 16 août 2021 portant refus de permis de construire est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Staffelfelden de délivrer le permis sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Staffelfelden versera à la SCI 19 une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Staffelfelden présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI 19 et à la commune de Staffelfelden. Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
Mme Malgras, première conseillère,
Mme Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
La rapporteure,
S. Malgras
Le président,
M. Richard
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026