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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107124

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107124

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSTACKLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 octobre 2021, 18 février 2022 et 16 septembre 2022, la société Travaux Publics Schneider, représentée par Me Stackler, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a infligé une amende administrative de 9 000 euros, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a ordonné de procéder à la consignation d'une somme de 21 500 euros ;

2) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

La société soutient que :

- les arrêtés sont entachés d'un vice d'incompétence ;

- le préfet du Haut-Rhin ne pouvait se fonder sur le droit de l'urbanisme pour infliger une amende au titre du non-respect de la législation environnementale ;

- le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur de droit : en effet, seules les terres excavées constituent des déchets, et non, comme en l'espèce, des terres issues d'une opération de décapage ;

- en toute hypothèse, les terres prélevées ont fait l'objet d'une opération de valorisation et ont ainsi perdu leur statut de déchet, en application de l'article

L. 541-4-3 du code de l'environnement ;

- le merlon litigieux n'était pas interdit par le PLU ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le merlon réalisé ne saurait être regardé comme une installation de stockage de déchets.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- s'agissant d'une installation classée pour la protection de l'environnement, le préfet est bien l'autorité compétente ;

- la réalisation d'un merlon ne peut être considérée comme une bonne pratique assimilée à la valorisation ;

- le PLU est opposable à la société dès lors que, comme en l'espèce, les travaux entraînent un exhaussement des sols ;

- l'ouvrage en cause constitue une installation de stockage de déchets inertes, pour laquelle s'applique la législation applicable aux ICPE ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laurent Boutot,

- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. En juillet 2019, la société Travaux Publics Schneider a procédé à des travaux de réalisation d'un merlon en terre végétale, sur un terrain situé au 200 rue de Richwiller à Kingersheim. Estimant être en présence d'une installation classée pour la protection de l'environnement non déclarée, le préfet du Haut-Rhin a mandaté l'inspection des installations classées qui a procédé à une visite le 23 juillet 2019. A la suite de cette visite, par un arrêté du 28 juillet 2019, le préfet du Haut-Rhin a mis en demeure la société Travaux Publics Schneider soit de déposer un dossier de cessation définitive d'activité, soit de déposer un dossier de demande d'enregistrement, et de procéder à un certain nombre de mesures. La société Travaux Publics Schneider n'ayant pas donné suite à cette mise en demeure, par deux arrêtés du 11 août 2021, le préfet du Haut-Rhin a prononcé à son encontre une amende administrative de 9 000 euros et lui a ordonné de consigner entre les mains du directeur régional des finances publiques une somme de 21 500 euros. La société Travaux Publics Schneider en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine () ". Aux termes de l'article L. 171-8 du même code : " II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / 1° Obliger la personne mise en demeure à consigner entre les mains d'un comptable public avant une date déterminée par l'autorité administrative une somme correspondant au montant des travaux ou opérations à réaliser. / () / 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 € () ". Les décisions prises en application des articles L. 171-7 et L. 171-8 du code de l'environnement, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique ". Aux termes de l'article L. 511-2 de ce code : " Les installations visées à l'article L. 511-1 sont définies dans la nomenclature des installations classées établie par décret en Conseil d'Etat () ". L'annexe à l'article R. 511-9 du même code portant nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement mentionne, au titre de la rubrique 2760 : " 3. Installation de stockage de déchets inertes (E) ".

4. Il résulte de l'instruction que pour adopter les arrêtés contestés, le préfet du Haut-Rhin a estimé que l'édification du merlon, par la société Travaux Publics Schneider, au 200 rue de Richwiller à Kingersheim, devait être regardée comme une installation de stockage de déchets inertes soumises à la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement.

5. Toutefois, aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement : " Au sens du présent chapitre, on entend par : Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire ".

6. Un déchet au sens de cet article est un bien dont son détenteur se défait ou dont il a l'intention de se défaire, sans qu'il soit besoin de déterminer si ce bien a été recherché comme tel dans le processus de production dont il est issu. Aux fins d'apprécier si un bien constitue ou non un déchet au sens de ces dispositions, il y a notamment lieu de prendre en compte le caractère suffisamment certain d'une réutilisation du bien sans opération de transformation préalable. Lorsque des biens se trouvent, compte tenu en particulier de leur état matériel, de leur perte d'usage et de la durée et des conditions de leur dépôt, en état d'abandon sur un terrain, ils peuvent alors être regardés, comme des biens dont leur détenteur s'est effectivement défait et présenter dès lors le caractère de déchets au regard des dispositions de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement, alors même qu'ils y ont été déposés par le propriétaire du terrain. Au regard de ces critères, lorsque les circonstances révèlent que la réutilisation de ces biens sans transformation n'est pas suffisamment certaine, les seules affirmations du propriétaire indiquant qu'il n'avait pas l'intention de se défaire de ces biens, ne sont pas susceptibles de remettre en cause leur qualification comme déchet.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société Travaux Publics Schneider, à la demande d'un particulier, a édifié un merlon sur son terrain au moyen de terre végétale issue de travaux de terrassement de terrains agricoles. Selon les résultats non contestés de l'analyse " paramètres seuils ISDI (installation de stockage de déchets inertes) " réalisée le 26 juillet 2019, cette terre constitue un matériau inerte au sens de la réglementation applicable. La terre végétale ainsi récupérée a été immédiatement réutilisée, sans transformation préalable, en vue de la réalisation du merlon. Par ailleurs, dès lors que le prélèvement, le transport et le dépôt de la terre ont eu lieu dans le seul but spécifique de réaliser un ouvrage de génie civil, cette terre ne peut être regardée comme un déchet abandonné et laissé sans destination.

8. Par suite, la société Travaux Publics Schneider est fondée à soutenir que le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation en regardant le merlon réalisé par ses soins comme une installation de stockage de déchets soumise à la police des installations classées pour la protection de l'environnement. Le moyen doit être accueilli, et, par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions contestées, annulées.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à payer à la société Travaux Publics Schneider au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Les arrêtés du 11 août 2021 du préfet du Haut-Rhin sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la société Travaux Publics Schneider au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Travaux Publics Schneider et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques. Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 novembre 2024.

Le rapporteur,

L. Boutot

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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