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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107152

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107152

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP IOCHUM & GUISO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 21 octobre 2021 et 18 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Iochum, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre de gestion de la fonction publique territoriale (ci-après CDG) du Bas-Rhin à lui verser une somme de 11 198,40 euros d'indemnité de rupture conventionnelle ;

2°) de mettre à la charge du CDG du Bas-Rhin la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les heures qu'il a effectuées lors de ses déplacements entre Metz et Lingolsheim sont des heures travaillées ;

- ces heures auraient dû lui être payées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le CDG du Bas-Rhin, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par courrier du 27 mars 2023, les parties ont été avisées, en application de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'indemnisation, en raison de leur tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Lusset, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ingénieur principal, exerçait ses fonctions au sein de la commune de Maizières-les-Metz jusqu'au 1er mai 2018. A compter de cette date, il a été pris en charge par le CDG du Bas-Rhin, par un arrêté du 23 avril 2018, en tant que fonctionnaire territorial momentanément privé d'emploi. La requête dirigée contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal de céans 26 mars 2019. M. B a été missionné auprès du CDG du Bas-Rhin, du 14 mai 2018 au 13 novembre 2018, puis du 14 novembre 2018 au 30 avril 2019 pour exercer la fonction de " délégué à la protection des données du CDG du Bas-Rhin et en mutualisation avec les communes et les établissement publics du Bas-Rhin ayant passé une convention avec le centre de gestion ". Il a, à cette occasion, effectué des déplacements entre sa résidence administrative située à Metz et son lieu de mission, à Lingolsheim. M. B a demandé le paiement des heures liées au déplacements entre sa résidence administrative et son lieu de mission, au président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin, le 26 janvier 2021. Par une décision implicite de rejet, celui-ci a refusé de lui accorder le paiement de ces heures liées au déplacements entre sa résidence administrative et son lieu de mission.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Aux termes de l'article R. 421-2 de ce code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet (). ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 2° Lorsque la demande () présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception (). ". Aux termes de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation (). ". Toutefois, selon les termes de l'article L. 112-2 du même code : " Les dispositions de la présente sous-section ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a formé, le 26 janvier 2021 une demande tendant au versement d'une somme de 11 193,40 euros en paiement des heures effectuées à l'occasion des trajets entre le 14 mai 2018 et le 30 avril 2019, dont il estime avoir droit. Il est constant que cette demande a été reçue le 28 janvier 2021. Dès lors, une décision implicite de rejet liant le contentieux indemnitaire est née le 28 mars 2021. M. B avait, par conséquent, jusqu'au 31 mai 2021 pour former son recours juridictionnel. La présente requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Strasbourg le 21 octobre 2021, est ainsi tardive et ne peut qu'être rejetée comme étant irrecevable.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. B la somme demandée au titre des frais exposés par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

S. Dhers

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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