jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2107170 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2021 et le 15 novembre 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 août 2021 par lequel le maire de Barr a accordé à la SCI Le jardin du couvent un permis de construire modificatif n° PC 06702117R0034 M02 du 28 juin 2021 relatif au projet de construction d'un bâtiment collectif de 12 logements sur un terrain situé 86 rue de la Vallée St Ulrich à Barr.
Elle soutient que :
- elle a intérêt pour agir contre l'arrêté compte tenu des vues directes sur le projet depuis son bien ;
- le permis de construire modificatif n'a pas fait l'objet d'un affichage régulier ;
- le dossier de demande de permis de construire modificatif est incomplet et douteux, notamment au regard du délai d'instruction très court ;
- le dossier de demande ne portait pas sur la construction du mur en limite Est de propriété, objet de la présente contestation ;
- la construction était achevée en juin 2021, de sorte que le pétitionnaire ne pouvait légalement solliciter un permis de construire modificatif concernant cette construction ;
- compte tenu de l'ampleur des modifications projetées, le pétitionnaire aurait dû solliciter la délivrance d'un nouveau permis de construire et non d'un permis de construire modificatif ;
- le permis de construire modificatif méconnaît l'article 9 1.3, du titre II, section II, sous-section 2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Barr ;
- il méconnaît les règles de prospect fixés à l'article 7 UB du plan local d'urbanisme intercommunal.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 juin 2022 et le 5 septembre 2023, la commune de Barr, représentée par Me Bai, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 12 février 2024, la SCI Le jardin du couvent, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable faute pour Mme B de justifier d'un intérêt pour agir contre le permis de construire modificatif en litige et d'avoir produit les justificatifs prévus à l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- les moyens tiré de ce que le dossier de demande déposé par le pétitionnaire ne portait pas sur la construction d'un mur de remblais en limite Est de propriété, objet de la présente contestation, et de ce que la demande de permis de construire modificatif n'a pas été signée et que la date du permis de construire initial qui a été indiquée est inexacte sont irrecevables en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public.
- les observations de Me Knoll, avocat de la commune de Barr
- les observations de Me Vienne, avocat de la SCI Le jardin du couvent.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de Barr a délivré le 21 mars 2018 un permis de construire à la Société TFP Immobilier en vue de la construction d'un bâtiment collectif de 12 logements sur un terrain situé 86 rue de la Vallée St Ulrich à Barr. Ce permis de construire a été transféré le 4 juillet 2018 à la SCI Le jardin du couvent. Par une demande déposée le 30 juillet 2021, la SCI Le jardin du couvent a sollicité la délivrance d'un permis de construire modificatif. Par un arrêté du 19 août 2021, que Mme B demande au tribunal d'annuler, le maire Barr a fait droit à cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, si Mme B soutient que le permis de construire modificatif n'a pas fait l'objet d'un affichage régulier sur le terrain d'assiette du projet, une telle circonstance, à la supposée même établie, est sans incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme en litige.
3. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. Il ressort de la demande de permis de construire modificatif que le pétitionnaire a indiqué précisément l'ensemble des modifications projetées directement sur les plans de masse et des façades joints au dossier, de sorte que, contrairement à ce que soutient Mme B, le service instructeur pouvait, en toute connaissance de cause, apprécier la conformité de ces modifications au regard de la règlementation applicable, et ce même en l'absence d'une notice descriptive. Par ailleurs, la circonstance que l'instruction de cette demande de permis modificatif n'ait duré qu'une vingtaine de jours n'est pas, en elle-même, et en l'absence de tout élément concret avancé par la requérante, de nature à établir que l'instruction n'aurait pas été conduite sérieusement par le service instructeur. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande, pris en ses diverses branches, doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ".
6. Les moyens tirés de ce que le dossier de demande déposé par le pétitionnaire ne portait pas sur la construction d'un mur de remblais en limite Est de propriété, objet de la présente contestation, et de ce que la demande de permis de construire modificatif n'a pas été signée et que la date du permis de construire initial qui a été indiquée est inexacte, ont été soulevés pour la première fois le 15 novembre 2022, soit au-delà du délai de deux mois à compter de la réception par la requérante du premier mémoire en défense, intervenu le 28 juin 2022. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme irrecevables.
7. En quatrième lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
8. D'une part, en se bornant à produire une attestation de voisin peu circonstanciée, qui ne répond pas au demeurant au formalisme de l'article 202 du code de procédure civile, Mme B, qui admet en tout état de cause que des " menus travaux " restaient à effectuer, n'établit pas que les travaux étaient achevés en juin 2021. En outre, il est constant qu'aucune déclaration d'achèvement des travaux n'était intervenue à la date de délivrance du permis litigieux. Enfin, la société pétitionnaire justifie, par la production de plusieurs factures, que des travaux concernant les parties communes, notamment de terrassement, d'étanchéité et de plâtrerie, ont été réalisés postérieurement à la demande de permis de construire modificatif. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le permis de construire initial n'était plus en cours de validité et que la SCI Le jardin du couvent ne pouvait légalement solliciter la délivrance d'un permis de construire modificatif.
9. D'autre part, il ressort des pièces des dossiers que le permis modificatif en litige concerne des points précis et limités du projet, et ne remet ainsi pas en cause sa nature même, qui demeure un bâtiment collectif de douze logements. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ces modifications nécessitaient la demande d'un nouveau permis de construire.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 1.3 du titre II, section II, sous-section 2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Barr : " Les remblais sont admis à condition de ne pas se placer à plus de 1 mètre du niveau du terrain naturel et que la pente de celui-ci ne dépasse pas une pente supérieure à 10% par rapport à la pente du terrain naturel ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif rajoute à l'extrémité Sud Est du projet un escalier sur le lot n°3 ainsi qu'un mur en L. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis de construire modificatif en litige prévoit d'effectuer des remblais sur la limite Est du terrain d'assiette du projet. Si Mme B soutient que le projet prévoit l'édification d'un " mur de remblais " d'une hauteur de 2,50 mètres, ce mur est en réalité incorporé à la terrasse et à l'escalier nouvellement autorisés sur le lot n°3, et ne saurait être assimilé à un remblai au sens des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, et alors même que le pétitionnaire qualifie à tort ce mur de " mur de remblai ", l'article 9 1.3 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme ne peut être utilement invoqué par la requérante à l'encontre de cet élément de construction.
12. En sixième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 7 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Barr : " Implantation par rapport aux limites séparatives () / Les constructions et installations peuvent s'emplanter sur limites séparatives () à condition que : / a. la longueur maximale d'implantation sur limite ou en léger recul n'excède pas 12 mètres d'un seul tenant et 20 mètres en cumulé sur l'ensemble des limites séparatives de l'unité foncière, / b. et que la hauteur totale n'y excède pas 3,5 mètres () ".
13. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que le permis de construire modificatif litigieux prévoit l'implantation d'un mur en limite séparative Est de propriété qui n'est pas dissociable de la construction, et dont la longueur maximale n'excède pas 12 mètres et la hauteur n'excède pas 3,5 mètres. Par suite, et alors qu'en tout état de cause cet élément du projet n'a pas été modifié par le permis de construire modificatif en litige permettant l'implantation du bâtiment en limite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en délivrant le permis attaqué, le maire de Barr a méconnu les dispositions de l'article 7 UB du plan local d'urbanisme intercommunal.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Barr et la SCI Le jardin du couvent, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Barr du 19 août 2021.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B le paiement d'une somme au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Barr et de la SCI Le jardin du couvent présentées au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Barr et à la SCI Le jardin du couvent.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Anne-Lise Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 mars 2024.
Le rapporteur,
A. LUSSET
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026