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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107196

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107196

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, Mme C, représentée par

Me Dollé, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision du 16 août 2021 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de l'admettre au séjour;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dollé d'une somme de 1.500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la preuve de l'existence d'un avis rendu le 19 mai 2021 par le collège des médecins de l'Office français d'intégration et d'immigration (OFII) n'est pas rapportée ;

- cet avis est irrégulier en l'absence de mention du nom du médecin de l'OFII qui a établi le rapport médical ; le défaut de participation de ce médecin à la délibération du collège, et partant la régularité de la composition du collège, ne peuvent être vérifiés ;

- la preuve du caractère collégial de l'avis du collège de médecins de l'OFII n'est pas établie, ce qui la prive d'une garantie ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : le défaut de traitement du syndrome de stress post- traumatique dont elle souffre, est de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité d'une part. Elle justifie d'une circonstance humanitaire exceptionnelle tenant à l'impossibilité pour sa famille de mener une vie normale en Bosnie d'autre part ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- à titre subsidiaire, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 février 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, épouse C, ressortissante bosnienne née le

26 novembre 1996 à Teocak- Centar (Bosnie), a déclaré être entrée en France le 11 mars 2017 et a présenté une demande tendant au bénéfice du statut de réfugié. A la suite du rejet de sa demande d'asile, l'intéressée a fait l'objet d'un arrêté du 14 mars 2018 portant obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 18 mai 2018, confirmé par une ordonnance de la cour d'appel de Nancy du 9 mai 2019, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le recours formé contre cet arrêté. Par un courrier du 14 septembre 2020, l'intéressée a sollicité son admission au séjour en France en raison de son état de santé, sur le fondement de l'article

L. 425- 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du

16 août 2021, dont la requérante demande l'annulation par la présente requête, le préfet de la Moselle a refusé de l'admettre au séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical ".

3. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ". Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

5. D'une part, le préfet de la Moselle produit aux débats l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 19 mai 2021 sur lequel il a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de preuve de l'existence de l'avis invoqué, manque en fait et doit être écarté.

6. D'autre part, contrairement à ce que soutient la requérante, l'avis du collège de médecins de l'OFII du 19 mai 2021 fait mention du nom du médecin qui a établi le rapport médical, prévu par l'article R. 425-11, qui est transmis au collège de médecins de l'Office. Par ailleurs, il résulte également des mentions de cet avis que ce médecin n'a pas fait partie du collège de médecins qui s'est prononcé sur la situation de Mme C. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis, manque en fait et doit être également écarté.

7. Enfin, Mme C soutient qu'il ne peut être établi que le collège de médecins de l'OFII a délibéré de manière collégiale. Toutefois, l'avis litigieux comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant : () ". Cette mention, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, implique nécessairement que les membres du collège de médecins ont pu confronter leur point de vue collégialement avant de rendre leur avis, même si les modalités de leur délibération ne sont pas précisées. L'avis du collège de médecins est également signé par les trois médecins qui ont délibéré, ce qui établit le caractère collégial de leur délibération. Mme C n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause l'exactitude des mentions figurant sur cet avis quant à son caractère collégial. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle aurait été privée de la garantie substantielle constituée par une délibération collégiale doit être écartée.

8. En deuxième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

9. En l'espèce, pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour demandé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis émis le 19 mai 2021 par le collège de médecins de l'OFII, lequel indique que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, elle peut retourner sans risque en Bosnie. Pour contester cette décision, Mme C fait valoir qu'elle souffre d'un syndrome de stress post traumatique dont le défaut de traitement est de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne peut voyager sans risque. A l'appui de ces assertions, elle ne produit toutefois que le compte rendu d'entretien de l'OFPRA réalisé en août 2017 ainsi que deux certificats médicaux de son médecin traitant, le premier à destination des médecins de l'OFII établi en août 2018 et le second établi en septembre 2020, se bornant à indiquer que " l'état de santé de Mme C semble justifier une demande d'autorisation de séjour pour motif médical ". De par leurs antériorité et ancienneté, ces documents, qu'aucun élément d'information contemporain et plus détaillé ne vient conforter, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du collège des médecins de l'OFII sur laquelle le préfet s'est fondé. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que l'état de santé de la requérante ne nécessitait pas un traitement médical dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. En l'espèce, Mme C fait valoir qu'elle a noué des liens déterminants avec la France. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est entrée en France le 11 mars 2017 et n'était donc présente sur le territoire français, à la date de la décision contestée, que depuis quatre ans. D'autre part, sa mère réside en Bosnie de sorte qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, si elle justifie de la naissance et de la scolarisation en France de ses deux enfants âgés de cinq et trois ans, elle ne produit aucun autre élément d'information sur sa situation familiale, économique et sociale de nature à démontrer l'existence de liens particulièrement intenses et stables sur le territoire français. Dans ces conditions et dès lors que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale, le préfet de la Moselle, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième et dernier lieu, si Mme C se prévaut d'une circonstance humanitaire exceptionnelle tenant, sans autre précision, à l'impossibilité pour sa famille de mener une vie normale en Bosnie, sa situation telle que décrite aux points 9 et 11 ne permet pas d'établir l'existence d'une telle circonstance et par suite, de retenir le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée au regard de la situation personnelle de l'intéressée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C, n'appelle, par elle-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Dollé et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre- mer

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

C. A La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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