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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107198

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107198

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAARPI LOIRÉ - HENOCHSBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, la commune de Haguenau, représentée par Me Henochsberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 par lequel le sous-préfet de l'arrondissement de Haguenau-Wissembourg a autorisé la société OGF à procéder à la création d'une chambre funéraire à Haguenau ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué n'a pas reçu de délégation pour ce faire ;

- cet arrêté a été édicté sur la base d'un avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques entaché de graves irrégularités qui ont influencé la décision du préfet ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tenant à l'atteinte portée à la décence des opérations funéraires ;

- il méconnaît les exigences prévues à l'article D. 2223-81 du code général des collectivités territoriales concernant l'occultation du salon de présentation et la limitation des bruits aériens ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tenant à l'atteinte portée à la sécurité publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Olivier Biget,

- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,

- les observations de Willemin, substituant Me Henochsberg, avocat de la commune de Haguenau.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 15 février 2021 réceptionné le 1er avril 2021 et complété

le 3 mai 2021, la société OGF a présenté une demande d'autorisation de création d'une maison funéraire à Haguenau. Par un arrêté du 26 août 2021, le sous-préfet de l'arrondissement de Haguenau-Wissembourg a fait droit à sa demande. La commune de Haguenau demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 2223-74 du code général des collectivités territoriales : " La création ou l'extension d'une chambre funéraire est autorisée par le préfet. ".

3. Par un arrêté du 29 juillet 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, lequel est directement accessible en ligne, la préfète du Bas-Rhin a donné à M. D C, sous-préfet de Haguenau-Wissembourg, et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à M. B A, sous-préfet de Saverne et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux chambres funéraires prises en application de l'article R. 2223-74 du code général des collectivités territoriales. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 26 août 2021 attaqué doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du sixième alinéa de l'article R. 2223-74 du code général des collectivités territoriales : " Le préfet consulte le conseil municipal, qui se prononce dans un délai de deux mois, et recueille l'avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. ".

5. Lors de sa séance du 8 juillet 2021, le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques du Bas-Rhin a rendu un avis favorable au projet de création d'une chambre funéraire à Haguenau porté par la société OGF. La commune de Haguenau soutient que le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques du Bas-Rhin a apprécié le projet de manière partielle et superficielle et qu'il a entaché son avis d'une insuffisance caractérisée de motivation. Toutefois, il ne ressort pas des pièces, compte tenu notamment du procès-verbal de la séance, qui retranscrit la présentation du dossier devant le conseil départemental par le représentant de la préfecture puis les échanges avec le représentant de la société et détaille le résultat du vote, que le conseil n'aurait pas disposé d'informations suffisantes lui permettant de débattre et de se prononcer de façon éclairée sur le projet en litige. Par ailleurs, ni l'article R. 2223-74 du code général des collectivités territoriales ni aucune autre disposition, législative ou réglementaire, n'impose la motivation des avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques en matière d'autorisation de création de chambres funéraires. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Aux termes du huitième alinéa de l'article R. 2223-74 du code général des collectivités territoriales : " L'autorisation ne peut être refusée qu'en cas d'atteinte à l'ordre public ou de danger pour la salubrité publique. ". Aux termes de l'article D. 2223-80 du même code : " Toute chambre funéraire est aménagée de façon à assurer une séparation entre la partie destinée à l'accueil du public, comprenant un ou plusieurs salons de présentation, et la partie technique destinée à la préparation des corps. / L'accès à la chambre funéraire des corps avant mise en bière ou du cercueil s'effectue par la partie technique à l'abri des regards. Les pièces de la partie technique communiquent entre elles de façon à garantir le passage des corps ou des cercueils hors de la vue du public () ". Aux termes de l'article D. 2223-81 de ce même code, dans sa rédaction alors applicable : " Le salon de présentation est protégé de la vue du voisinage ou des personnes extérieures par l'utilisation de vitrages non transparents ou, le cas échéant, de tout autre mécanisme permanent d'occultation visuelle. / Les cloisonnements fixes des salons de présentation assurent un isolement acoustique d'au moins 38 décibels (A) en ce qui concerne les bruits aériens intérieurs et de 30 décibels (A) en ce qui concerne les bruits aériens extérieurs lorsque la chambre funéraire est située à proximité d'une voie routière, ferroviaire ou de toute autre source de nuisance sonore importante (). () ".

7. Il résulte des termes mêmes de l'article R. 2223-74 du code général des collectivités territoriales cité au point précédent que le préfet territorialement compétent ne peut refuser l'autorisation de créer une chambre funéraire sollicitée par un pétitionnaire que dans les deux hypothèses, limitativement énoncées, d'atteinte à l'ordre public ou de danger pour la salubrité publique. A cet égard, le juge ne peut regarder comme illégal un arrêté préfectoral autorisant la création d'une chambre funéraire au seul motif que, compte tenu de sa localisation en proximité immédiate d'habitations, de commerces ou de services publics, cette construction est de nature à créer pour les occupants ou usagers de ces habitations, commerces ou services publics une gêne excédant les inconvénients normaux de voisinage, sans rechercher si la gêne ainsi causée est, compte tenu de son importance, de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à mettre en danger la salubrité publique. Une fois l'autorisation délivrée, il incombe au préfet de faire appliquer la réglementation applicable, destinée à minimiser les troubles causés par le voisinage d'une chambre funéraire, et notamment les dispositions des articles D. 2223-80 et D. 2223-81 du code général des collectivités territoriales, qui imposent que l'accès des corps à la chambre funéraire se fasse à l'abri des regards ou que le salon de présentation situé dans la chambre soit protégé de la vue du voisinage ou des personnes extérieures et isolé acoustiquement. Si le préfet constate, au vu du résultat de la visite de contrôle effectuée par l'organisme de contrôle accrédité prévu par l'article D. 2223-87 du même code, que ces prescriptions techniques ne sont pas respectées, il peut alors exiger de l'exploitant qu'il exécute les modifications requises avant l'ouverture de la chambre funéraire au public.

8. En premier lieu, la commune de Haguenau soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'exigence de préservation de l'ordre public dès lors que, d'une part, la chambre funéraire sera implantée dans un bâtiment situé dans une zone soumise à une importante activité du fait de commerces situés dans le même bâtiment, en particulier un fleuriste, une boulangerie, une enseigne de réparation automobile et un loueur de véhicules, et de la proximité d'une moyenne surface alimentaire et de divers commerces de bouche qui génèrent une importante activité, d'autre part, le voisinage direct d'une école maternelle engendre des nuisances sonores aux heures de récréation et d'entrée et sortie de classe, enfin, la zone est sujette à une importante fréquentation automobile de l'ordre de 18 000 véhicules par jour, de sorte que l'implantation retenue est incompatible avec le calme et la tranquillité nécessaires au recueillement de familles endeuillées et ne permet pas d'assurer la décence des opérations funéraires. Toutefois, la localisation de la chambre funéraire dans un bâtiment et une zone à vocation commerciale, à proximité immédiate d'une école maternelle et en bordure d'une rue fréquentée quotidiennement par de nombreux véhicules ne porte pas, par elle-même, une atteinte manifeste à l'ordre public et à la décence des opérations funéraires, dès lors que l'autorisation est soumise au respect des prescriptions prévues notamment aux articles D. 2223-80 et D. 223-81 du code général des collectivités territoriales permettant, ainsi qu'il a été dit au point 7, de minimiser les troubles causés par le voisinage d'une chambre funéraire sur les plans visuel et acoustique. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation tenant à la préservation de l'ordre public doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le non-respect par le pétitionnaire de la réglementation technique prévue notamment par les dispositions précitées de l'article D. 2223-81 du code général des collectivités territoriales ne peut légalement fonder un refus d'autorisation de création d'une chambre funéraire. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la note explicative jointe au dossier de la société OGF, que cette dernière a prévu la réalisation d'aménagements permettant d'assurer la conformité du bâtiment aux prescriptions réglementaires techniques. Au demeurant, il appartient au préfet, s'il constate, au vu du résultat de la visite de contrôle effectuée par l'organisme de contrôle accrédité prévu à l'article D. 2223-87 du même code, que ces prescriptions techniques ne sont pas respectées, d'exiger de l'exploitant qu'il exécute les modifications requises avant l'ouverture de la chambre funéraire au public. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 2223-81 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, rapporté au nombre de véhicules empruntant quotidiennement la rue de Strasbourg, qui est de l'ordre de 18 000 selon la commune de Haguenau, le nombre moyen de deux admissions journalières envisagé au sein de la chambre funéraire prévue au 26 rue de Strasbourg dégraderait les conditions de circulation et de stationnement de telle sorte que son implantation porterait atteinte à la sécurité publique, tant des usagers de la voirie routière que des piétons et des enfants fréquentant l'école maternelle située à proximité immédiate. Par suite et quand bien même le projet autorisé ne prévoit pas la création de nouvelles places de stationnement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation tenant à l'atteinte portée à la sécurité publique doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la commune de Haguenau doit être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : La requête de la commune de Haguenau est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Haguenau et à la préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mai 2024.

Le rapporteur,

O. Biget

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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