vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2107371 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2021, M. C A B, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 août 2021 par laquelle la directrice territoriale de Strasbourg de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date de cessation de son versement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans qu'il a été mis à même de présenter préalablement ses observations ;
- il n'a pas été informé de ses droits dans une langue qu'il comprend, par le truchement d'un interprète habilité à cet effet et n'a pas eu connaissance des conséquences d'un refus d'hébergement sur ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- il n'a pas bénéficié préalablement d'un entretien personnel de vulnérabilité ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, l'OFII ayant agi à tort en situation de compétence liée ;
- sa vulnérabilité et ses besoins personnels n'ont pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée, en tant qu'elle met fin totalement et non partiellement au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A B ne sont pas fondés.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le
27 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bouzar a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant somalien né en 1954, déclare être entré en France le 3 juillet 2019. Sa demande d'asile a été enregistrée le 18 juillet 2019. Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 5 août 2021, la directrice territoriale de Strasbourg de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que M. A B a refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite le
28 juin 2021. M. A B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application en l'espèce, la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur d'asile est écrite et motivée. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites.
3. D'une part, la décision attaquée comporte de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui la fondent.
4. D'autre part, si M. A B soutient que la décision attaquée a été prise sans qu'il a été mis à même de présenter préalablement ses observations, il ressort cependant des pièces du dossier que, par un courrier du 12 juillet 2021 reçu le 19, il a été informé de l'intention de l'OFII de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et invité à faire part de ses observations dans un délai de quinze jours, ce que l'intéressé a fait par courrier du 29 juillet 2021 reçu le 30. Par conséquent, le moyen, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'offre de prise en charge par l'OFII le 18 juillet 2021, le requérant a été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de refus des conditions matérielles d'accueil. Par conséquent, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas eu connaissance, dans une langue qu'il comprend, des conséquences d'un refus d'hébergement sur ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être écarté comme manquant en fait.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".
8. Il ressort des pièces du dossier que lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 18 juillet 2021, M. A B a bénéficié d'un entretien dans une langue qu'il comprend avec un agent formé spécifiquement, lors duquel sa situation a été évaluée. Il ressort également des pièces du dossier que par son avis du 7 juin 2021, le médecin coordonnateur de zone l'a déclaré en niveau 2 de vulnérabilité, correspondant à une priorité haute pour un hébergement en urgence et qu'un hébergement adapté lui a été proposé. Par conséquent, M. A B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié préalablement d'un entretien personnel de vulnérabilité.
9. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent,
M. A B n'est fondé à soutenir ni que l'OFII aurait agi à tort en situation de compétence liée et qu'il aurait omis de procéder à l'évaluation de sa situation et de ses besoins, ni qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation.
10. En cinquième lieu, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application en l'espèce, la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prend en compte la vulnérabilité du demandeur.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A B présente un diabète qualifié de sévère et que, ainsi qu'exposé précédemment, le médecin coordonnateur de zone l'a déclaré en niveau 2 de vulnérabilité, correspondant à une priorité haute pour un hébergement en urgence. Cependant, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que l'hébergement vers lequel
M. A B a été orienté était inadapté à son état de santé. M. A B ne justifie pas ainsi de son refus d'accepter l'hébergement qui lui a été proposé. Par conséquent, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En dernier lieu, la décision attaquée mentionne que, compte tenu des faits reprochés à M. A B et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle, il a été décidé de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil. Il en résulte que, contrairement à ce qui est soutenu, l'OFII a fait usage de son pouvoir d'appréciation pour décider de mettre fin totalement, et non partiellement, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par conséquent, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Elsaesser et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Strasbourg, le
Le greffier,
No 2107371
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026