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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107372

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107372

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2021, Mme B C A, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle la directrice territoriale de Strasbourg de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date de cessation de son versement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle a été prise sans qu'elle a été mise à même de présenter préalablement ses observations ;

- elle n'a pas été informée de ses droits dans une langue qu'elle comprend, par le truchement d'un interprète habilité à cet effet et n'a pas eu connaissance des conséquences d'un refus d'hébergement sur ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- elle n'a pas bénéficié préalablement d'un entretien personnel de vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, l'OFII ayant agi à tort en situation de compétence liée ;

- sa vulnérabilité et ses besoins personnels n'ont pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée, en tant qu'elle met fin totalement et non partiellement au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme C A ne sont pas fondés.

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le

27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mohammed Bouzar a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante somalienne née en 1991, déclare être entrée en France le 1er avril 2021, en compagnie de son conjoint, également ressortissant somalien né en 1984 et de leur fils né en 2018. Leurs demandes d'asile ont été enregistrées le 7 avril 2021 en procédure Dublin. Le même jour, ils ont accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 11 août 2021, la directrice territoriale de Strasbourg de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que Mme C A n'avait pas rejoint dans les cinq jours le lieu d'hébergement vers lequel elle avait été orientée le 1er juin 2021. Mme C A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application en l'espèce, la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur d'asile est écrite et motivée.

3. La décision attaquée comporte de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui la fondent.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C A n'a pas rejoint l'hébergement qui lui a été proposé. Si elle soutient qu'elle s'est rendue sur les lieux mais qu'elle a constaté que cet hébergement était incompatible avec son état de santé, ces allégations ne sont pas de nature à établir que le motif sur lequel est fondé la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait.

5. En troisième lieu, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application en l'espèce, la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites.

6. Si Mme C A soutient que la décision attaquée a été prise sans qu'elle a été mise à même de présenter préalablement ses observations, il ressort cependant des pièces du dossier que, par un courrier du 8 juin 2021 reçu le 14, elle a été informée de l'intention de l'OFII de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et invité à faire part de ses observations dans un délai de quinze jours. Par conséquent, le moyen, qui manque en fait, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'offre de prise en charge de la requérante par l'OFII le 7 avril 2021, elle a été informée dans une langue qu'elle comprend des conditions et modalités de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par conséquent, le moyen tiré de ce qu'elle n'a pas eu connaissance, dans une langue qu'elle comprend, des conséquences d'un refus d'hébergement sur ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être écarté comme manquant en fait.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".

10. Il ressort des pièces du dossier que lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 7 avril 2021, Mme C A a bénéficié d'un entretien dans une langue qu'elle comprend, à l'occasion duquel elle n'a pas fait état de problèmes de santé. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante et sa famille ont fait à nouveau l'objet d'un examen de vulnérabilité le 3 juin 2021 et ont été convoquées pour un nouvel examen le 20 juillet 2021. Par son avis du 5 août 2021, sollicité par la requérante, le médecin coordonnateur de zone l'a déclarée en niveau 1 de vulnérabilité, correspondant à une priorité d'hébergement sans caractère d'urgence pour raisons de santé. Par conséquent, Mme C A n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas bénéficié préalablement d'un entretien personnel de vulnérabilité.

11. En sixième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent, Mme C A n'est fondée à soutenir ni que l'OFII aurait agi à tort en situation de compétence liée et qu'il aurait omis de procéder à l'évaluation de sa situation et de ses besoins, ni qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation.

12. En septième lieu, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application en l'espèce, la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prend en compte la vulnérabilité du demandeur.

13. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du certificat médical au vu duquel le médecin coordonnateur de zone a rendu son avis du 5 août 2021, que Mme C A souffre de malaises et de pertes de connaissance. Cependant, il ne ressort ni de ce certificat médical ni d'aucune autre pièce du dossier que l'hébergement vers lequel Mme C A a été orientée était inadapté à son état de santé. Mme C A ne justifie pas ainsi de son refus d'accepter l'hébergement qui lui a été proposé. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressée et sa famille ont été hébergées en centre d'accueil et d'examen de la situation (CAES) de Strasbourg. Par conséquent, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que précédemment exposés, Mme C A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant et méconnaît, par suite, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

15. En dernier lieu, la décision attaquée mentionne que, compte tenu des faits reprochés à Mme C A et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il a été décidé de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil. Il en résulte que, contrairement à ce qui est soutenu, l'OFII a fait usage de son pouvoir d'appréciation pour décider de mettre fin totalement, et non partiellement, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par conséquent, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Elsaesser et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 210737

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