mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2107427 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PAPIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre 2021 et 14 février 2023,
M. D, représenté par Me Papin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021, par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg lui a infligé la sanction de déplacement d'office, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 28 juin 2021 ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Strasbourg de procéder au retrait de la décision litigieuse de son dossier administratif dans le délai de quinze jours à compter de la date du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ;
- la sanction infligée est disproportionnée, eu égard à ses états de service et au degré de gravité des faits reprochés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 novembre 2022, 8 et 10 mars 2023, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 24 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée, portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84- 16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard,
- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,
- et les observations de Me Papin, représentant M. D, et de M. B, représentant le recteur de l'académie de Strasbourg.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, attaché d'administration de l'Etat, a été affecté, à compter du
1er septembre 2015, en qualité d'attaché d'administration adjoint gestionnaire dans un lycée de Molsheim. Par un arrêté du 7 octobre 2020, la rectrice de l'académie de Strasbourg a suspendu M. D de ses fonctions, à titre conservatoire. Le conseil de discipline, réuni le
15 mars 2021, a émis, à l'issue de sa séance, un avis favorable à une sanction de déplacement d'office. Par une décision du 31 mars 2021, dont M. D demande l'annulation, la rectrice de l'académie de Strasbourg lui a infligé cette sanction.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 31 mars 2021 portant sanction de déplacement d'office :
2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. " Aux termes de l'article 25 de la même loi:
" Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité ". Enfin, l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat applicable au litige dispose que : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : / l'avertissement ; / - le blâme ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / Deuxième groupe : / - la radiation du tableau d'avancement ; / - l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / - le déplacement d'office. / Troisième groupe : / - la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / Quatrième groupe : / - la mise à la retraite d'office ; / - la révocation. ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
4. En l'espèce, pour infliger au requérant la sanction de déplacement d'office, la rectrice de l'académie de Strasbourg lui a fait grief d'avoir tenu des propos injurieux à l'encontre d'un subordonné, adopté à l'égard de ses collègues de travail des attitudes inappropriées et irrespectueuses, manqué à son obligation d'obéissance hiérarchique ainsi qu'à son devoir de probité et d'exemplarité.
5. En premier lieu, il ressort du rapport introductif remis par le rectorat au conseil de discipline que lors d'une réunion de conciliation, le 13 février 2020, M. D s'est brutalement levé, a proféré des menaces à l'égard du secrétaire de gestion, en lui disant " j'aurais ta peau avant que tu n'aies la mienne, je ne sais ce qui me retient de lui en mettre une et de le passer par la fenêtre " et l'a insulté en le traitant de " pourriture" et de " connard ", en dépit des invitations du proviseur à se calmer. M. D a reconnu, devant le conseil de discipline qui s'est tenu le 15 mars 2021, avoir proféré les insultes précitées. L'attitude inappropriée et insultante adoptée par le requérant à l'égard d'un subordonné est donc matériellement établie.
6. En second lieu, les évaluations professionnelles du requérant pour les années
2017/ 2018 et 2018/ 2019, le courrier d'alerte de trois enseignants en date du 15 septembre 2020, le rapport circonstancié du chef d'établissement en date du 1er octobre 2020 ainsi que le
procès- verbal de séance du conseil de discipline retranscrivant les propos des personnes entendues établissent, de manière concordante et circonstanciée, que M. D entretenait des relations conflictuelles et discourtoises avec plusieurs membres de l'établissement, et notamment avec la directrice déléguée aux formations professionnelles et technologiques, à laquelle il s'est adressé, lors d'une réunion de direction le 23 juin 2020, en ces termes : " Toi, tais- toi. Tu parleras quand je serai parti ". De même, à une enseignante venue lui demander des précisions sur le financement de projets éducatifs, il a répondu : " Il paraît que tu es prof ". Si M. D conteste la matérialité de ces faits et produit les témoignages d'une dizaine de collaborateurs attestant de ses qualités humaines et de son bon management, pour autant ces documents ne permettent pas de remettre en cause la véracité des faits précités rapportés par le chef d'établissement et les difficultés relationnelles relatées par deux anciennes supérieures hiérarchiques devant le conseil de discipline. Par suite, la matérialité du grief tiré de l'attitude inappropriée du requérant à l'égard de plusieurs personnels de l'établissement, apparaît également établie.
7. En troisième lieu, M. D n'a pas contesté devant le conseil de discipline avoir cessé de participer aux réunions de coordination à compter du mois de janvier 2019, ni s'être absenté à plusieurs reprises de son travail sans justification. S'il soutient par ailleurs, s'agissant de la signature des bons de commande, qu'il bénéficiait d'une délégation, il n'a jamais produit ce document ni aucun autre de nature à étayer cette assertion, alors que le chef d'établissement et un autre témoin ont contesté son existence devant le conseil de discipline. Les faits précités apparaissent ainsi suffisamment établis dans leur matérialité.
8. En quatrième et dernier lieu, il ressort d'un compte-rendu établi en novembre 2020, retranscrivant les témoignages concordants et circonstanciés de trois agents techniques de restauration, que dès son arrivée en septembre 2015, M. D leur a demandé de lui préparer un plateau repas ou de lui mettre de côté des produits alimentaires qu'il venait ultérieurement récupérer. Ce document reproduit par ailleurs des extraits de précédents rapports rédigés par une ancienne supérieure hiérarchique et le secrétaire de gestion, relatant que le requérant s'est plusieurs fois abstenu de payer ses repas pris à la cantine. La preuve des faits de détournement de produits alimentaires est suffisamment rapportée. En revanche, le grief tiré de l'utilisation sans autorisation d'un logement de fonction à des fins personnelles, peu étayé, sera écarté comme n'étant pas suffisamment établi.
9. M. D explique son comportement injurieux à l'égard de son adjoint par la maladie dont il a été atteint au cours du premier semestre de l'année 2019 ainsi que par l'attitude de celui-ci, refusant de se soumettre à son autorité et de lui rendre compte de ses actes. Le fait d'avoir contracté, un an auparavant, une grave affection dont il était guéri au moment de l'altercation, et la défiance de son subordonné, ne peuvent justifier la violence verbale dont il a fait preuve à l'égard de ce dernier le 13 février 2020 et ôter son caractère fautif aux faits reprochés. De même, s'il explique avoir cessé d'assister aux réunions de coordination en raison de l'agression dont il a été victime, en décembre 2018, de la part du compagnon de la secrétaire de direction qui y assistait également, il ne démontre ni même n'allègue avoir informé son supérieur hiérarchique de sa décision de ne plus se rendre aux réunions pour ce motif ni avoir obtenu son accord préalable. Dans l'évaluation professionnelle de l'année 2018/ 2019, le chef d'établissement de l'époque lui reproche d'ailleurs son absence à ces réunions, ayant eu pour effet d'entraver la transmission des informations et d'accroître sa charge de travail. Enfin, s'il impute ses absences injustifiées à des séances de kinésithérapie prescrites après son hospitalisation, il ne produit aucun certificat médical étayant ses allégations. Il résulte de ce qui précède que les griefs reprochés au requérant et matériellement établis caractérisent des attitudes irrespectueuses et inappropriées dans un cadre professionnel ainsi que des manquements au devoir d'obéissance hiérarchique et au devoir de probité. Ces comportements sont, dès lors, constitutifs de fautes disciplinaires.
10. Nonobstant l'absence d'antécédents disciplinaires du requérant, les fautes commises, par leur cumul, leurs répercussions tant à l'égard des agents placés sous son autorité qu'à celui de ses collègues et supérieurs hiérarchiques, ainsi que par leurs conséquences sur le bon fonctionnement du service, justifient la sanction de déplacement d'office contestée. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. D doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A D et au recteur de l'académie de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente-rapporteure,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.
La rapporteure
C. VICARDLa présidente,
A. DULMET
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026