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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107473

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107473

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantALEVROPOULOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2021, Mme A C, représentée par Me Alevropoulou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas abandonné son hébergement ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation en lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil eu égard à sa situation de particulière vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante somalienne née le 24 novembre 1996, a présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié qui a été enregistrée le 3 septembre 2018. Elle a bénéficié, à compter de cette date, des conditions matérielles d'accueil. Par lettre du 13 avril 2021, le directeur général de l'OFII a informé Mme C de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 10 mai 2021, le directeur général de l'OFII a procédé à cette suspension. Le recours gracieux formée par l'intéressée contre cette décision a été implicitement rejeté par l'OFII le 7 septembre 2021. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 10 mai 2021 ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'aide juridictionnelle totale ayant été octroyée à Mme C par décision de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du 6 janvier 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de la requérante tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

4. Mme C a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en septembre 2018. Sa situation doit ainsi être appréciée à l'aune des dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. Elle ne saurait par conséquent se prévaloir, au titre de la situation de vulnérabilité qu'elle invoque, de la méconnaissance des dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont entrées en vigueur que le 1er mai 2021. Elle peut en revanche se prévaloir des dispositions précitées du 5ème alinéa de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables au litige. Il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision en litige, la requérante vivait seule avec son fils né le 1er août 2019 à Strasbourg et était dépourvue de possibilité d'hébergement stable. Dès lors, dans ces circonstances, Mme C justifiait d'une situation de vulnérabilité particulière qui faisait obstacle à la suspension des conditions matérielles d'accueil. Il s'ensuit que c'est à tort que l'administration a, en application des dispositions précitées, suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme C, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux, doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

7. En l'espèce, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que l'OFII octroie à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et procède, dès lors, au versement de l'allocation pour demandeur d'asile entre le 10 mai 2021 et la date de cessation de ses droits. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder à ce versement dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Alevropoulou, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Alevropoulou de la somme de 800 euros hors taxes.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 10 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme C, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux, sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de verser à Mme C le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période comprise entre le 10 mai 2021 et la date de cessation de ses droits, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Alevropoulou une somme de 800 (huit cents) euros hors taxes en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Alevropoulou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Alevropoulou et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. B

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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