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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107543

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107543

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantHAGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 novembre 2021 et le 9 septembre 2022, la société SAS Alsaterre, représentée par Me Hager, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 20 avril 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Aspach-Michelbach a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'il procède au classement en zone A des parcelles cadastrées section 32 n° 204, 206 et 209, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aspach-Michelbach une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la convocation adressée aux élus avant la réunion du conseil municipal n'était pas accompagnée d'une note explicative de synthèse sur le projet de plan local d'urbanisme ;

- il n'est pas justifié d'une régulière convocation des conseillers municipaux ;

- ces derniers n'ont pas reçu une information suffisante ;

- il n'est pas établi qu'un rapport de présentation motivé a été établi ;

- le classement des parcelles en zone A inconstructible n'est pas justifié dès lors que le risque d'inondation retenu par la commune n'est pas démontré ;

- le potentiel agricole des parcelles n'est pas établi.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet et 12 octobre 2022, la commune d'Aspach-Michelbach, représentée par la SCP BSP avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Alsaterre en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Hager, avocat de la société Alsaterre.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 20 avril 2021, le conseil municipal de la commune d'Aspach-Michelbach a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. La société Alsaterre demande au tribunal d'annuler cette délibération en tant qu'elle concerne le classement en zone A des parcelles cadastrées section 32 n° 204, 206 et 209, ainsi que le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, au domicile des conseillers municipaux ou, s'ils en font la demande, envoyée à une autre adresse ou transmise de manière dématérialisée ". Aux termes de l'article 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. / En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire, sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. (). ". Aux termes de l'article L. 2541-1 du même code : " Les dispositions de la première partie sont applicables aux communes des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Les dispositions des titres Ier et II du livre Ier de la présente partie sont applicables aux communes des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, à l'exception de celles des articles L. 2121-1, L. 2121-9, L. 2121-10, L. 2121-11, L. 2121-15, du second alinéa de l'article L. 2121-17, de l'article L. 2121-22, des premier, deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 2121-29, de l'article L. 2121-31, des 1° à 8° de l'article L. 2122-21 et des articles L. 2122-24, L. 2122-27, L. 2122-28 et L. 2122-34. ". Aux termes de l'article L. 2541-2 du même code : " Le maire convoque le conseil municipal aussi souvent que les affaires l'exigent (). La convocation indique les questions à l'ordre du jour ; elle est faite trois jours au moins avant la séance et, en cas d'urgence, la veille ". Enfin, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas sérieusement contesté par la société requérante qui n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, que les membres du conseil municipal ont été convoqués à la séance du 20 avril 2021 par des courriers du 15 avril 2021, soit dans le respect du délai de trois jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 2541-2 du code général des collectivités territoriales.

4. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération, lorsque ceux-ci en font la demande. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'un conseiller municipal qui en aurait fait la demande se serait vu refuser la communication d'un document du dossier. En outre, il n'est pas sérieusement contesté que la séance du 20 avril 2021 du conseil municipal a porté sur la présentation détaillée du plan local d'urbanisme et a visé notamment à exposer les orientations d'aménagement et de programmation et les modifications intervenues dans le règlement écrit du plan local d'urbanisme.

5. Par suite, faute pour la SAS Alsaterre de démontrer que les conseillers n'auraient pas été régulièrement convoqués et n'auraient pas pu débattre et délibérer en toute connaissance de cause sur le plan local d'urbanisme à adopter, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, contrairement à ce qui est allégué, qu'un rapport de présentation a été établi par la commune dans le cadre de l'élaboration du plan local d'urbanisme litigieux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ce rapport, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes de fait et de droit de nature à permettre d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

7. En troisième lieu et dernier lieu, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Par ailleurs, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage déterminant les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste, de détournement de pouvoir ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

9. D'une part, la société Alsaterre soutient que la modification du zonage concernant les parcelles litigieuses et leur classement en zone A ne repose sur aucun parti urbanistique objectif. Toutefois, outre que les auteurs d'un plan local d'urbanisme ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par la requérante, que le zonage litigieux s'inscrit en cohérence avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui vise à privilégier la réalisation d'un nouveau quartier à l'Ouest du village. En outre, il est constant que ces parcelles sont situées dans leur immense majorité en dehors de l'enveloppe urbaine de la commune, qu'une grande partie de leur surface est actuellement destinée à une activité agricole, et que la vocation du secteur du côté Ouest en bordure duquel ces parcelles se situent est de nature agricole.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la cartographie enregistrée dans l'Atlas des zones inondables ainsi que des documents produits par le préfet du Haut-Rhin en ce qui concerne spécifiquement le caractère inondable des parcelles cadastrées section 32 n° 204, 206 et 209, et dont la valeur probante n'est pas contestée, que ces dernières sont situées en zone inondable et sur des parcelles identifiées en zone d'aléa inondation fort ou faible. Les inondations résultent en l'espèce des débordements de la Doller. Les documents produits par la société Alsaterre, en l'occurrence les conclusions du commissaire enquêteur et l'étude réalisée par une société spécialisée, ne sont pas de nature, eu égard aux termes dans lesquels ils sont rédigés, à remettre en cause la réalité du risque de d'inondation ayant justifié le classement en zone inconstructible des parcelles en cause.

11. Il s'ensuit que, compte tenu notamment de la grande latitude laissée aux auteurs d'un plan local d'urbanisme dans la classification des différentes parcelles au regard du parti d'aménagement retenu, la SAS Alsaterre, qui se borne d'ailleurs à dénier le caractère inconstructible de ces terrains du fait du caractère inondable de la zone, n'est pas fondée à soutenir que le classement litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la SAS Alsaterre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Aspach-Michelbach la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

14. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Aspach-Michelbach au titre de ces frais.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SAS Alsaterre est rejetée.

Article 2 : La SAS Alsaterre versera la somme de 1 500 euros à la commune d'Aspach-Michelbach au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Alsaterre et à la commune d'Aspach-Michelbach.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 février 2024.

Le rapporteur,

A. LUSSET

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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