mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2107588 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PIALAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2021, Mme B F, représentée par Me Pialat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mai 2021 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à sa fille mineure C ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant C ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de la contribution du père déclaré à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ainsi qu'à la délivrance d'un certificat de nationalité française ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 avril 2022.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public,
- les observations de Me Pialat, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 novembre 2019, Mme F, ressortissante camerounaise, a déposé une double demande de carte nationale d'identité et de passeport en mairie de Strasbourg pour sa fille C, née le 5 septembre 2019 et reconnue par M. D A, de nationalité française. Le 6 mars 2020, le pôle fraude du centre d'expertise et de ressources des titres (CERT) de Metz a signalé une suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité au référent-fraude départemental de la préfecture du Bas-Rhin. Par un courrier du même jour, le préfet de la Moselle a informé Mme F que l'instruction de la demande de carte nationale d'identité avait fait naître un doute sur la réalité du lien de filiation unissant l'enfant C et M. A. Par une décision du 10 mai 2021, dont Mme F demande l'annulation, le préfet de la Moselle a rejeté la demande de délivrance de la carte nationale d'identité et du passeport sollicités le 12 novembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le régime juridique applicable :
2. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité dispose : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande (). ". Par ailleurs, le II de l'article 4 du même décret dispose que : " La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au c du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. / Lorsque l'extrait d'acte de naissance mentionné à l'alinéa précédent ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, la carte nationale d'identité est délivrée sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française. (). ".
3. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. (). ". Par ailleurs, le II de l'article 5 du même décret dispose que : " La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au 4° du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. / Lorsque l'extrait d'acte de naissance mentionné au précédent alinéa ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, le passeport est délivré sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française. (). ".
4. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". L'article 30 du même code dispose que : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". En outre, aux termes de l'article 310-1 du même code : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété (). ". Enfin, aux termes du 1er alinéa de l'article 316 de ce code : " Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. (). ".
5. Pour l'application de l'ensemble de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de passeport. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 10 mai 2021 :
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D A est de nationalité française, qu'il a reconnu de manière anticipée l'enfant prénommée C et née à Strasbourg le 5 septembre 2019 et que cette dernière est titulaire d'un certificat de nationalité française délivré par le tribunal judiciaire de Strasbourg le 2 mars 2020. Par ailleurs, il est constant que le préfet de la Moselle a refusé la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport à l'enfant C au motif que le lien de filiation avec M. D A n'était pas établi.
7. D'une part, si la décision en litige oppose à la requérante que la reconnaissance de sa fille a été effectuée de manière anticipée, sept mois avant sa naissance, qu'elle ne réside pas avec le père déclaré, qu'elle est en situation irrégulière sur le territoire et que la demande de titres pour l'enfant C a été formée seulement deux mois après sa naissance, aucune de ces circonstances ne fait obstacle à la conception d'un enfant dont le père est français. Ils ne sont ainsi pas de nature à établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité effectuée par M. A. Au demeurant, il ressort de la lettre du 21 mai 2021 de la société d'économie mixte Habitation moderne, certes postérieure à la décision en litige mais qui révèle une procédure d'attribution de logement engagée préalablement, ainsi que des attestations de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin des 25 mai et 24 juin 2021, portant sur des prestations versées en avril et en mai 2021, que Mme F et sa fille partagent désormais un domicile commun avec M. A, situé rue du Bataillon de Marche 24 à Strasbourg.
8. D'autre part, si le préfet de la Moselle souligne que M. A ne participe pas à l'entretien et à l'éducation de l'enfant C, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il s'acquitte des factures de la crèche où cette dernière est inscrite depuis le mois de septembre 2020, ainsi qu'en témoignent l'attestation de la directrice du multi-accueil de Hautepierre du 22 septembre 2020 et les nombreuses factures produites à l'instance, qu'il a également souscrit un contrat d'assurance civile pour C en août 2020, ce que démontre l'attestation de la MACIF du 18 août 2020, et qu'il l'a rattachée à ses droits à l'assurance maladie en juillet 2021. Il ressort enfin des attestations de médecins versées au débat que M. A était présent aux côtés de la requérante lors de son accouchement et qu'il accompagne régulièrement l'enfant C chez le médecin ainsi qu'auprès des services de la protection maternelle et infantile de la commune de Strasbourg.
9. Dans ces conditions, et alors au surplus qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le procureur de la République aurait été saisi par le préfet de la Moselle en application de l'article 40 du code de procédure pénale, Mme F est fondée à soutenir qu'il n'existait pas de doutes suffisamment sérieux sur la filiation et la nationalité française de l'enfant C et que la décision en litige a, dès lors, méconnu les dispositions citées aux point 2 et 3 du présent jugement.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme F est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de la Moselle du 10 mai 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
12. Eu égard au motif d'annulation du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Moselle de délivrer à Mme F une carte nationale d'identité et un passeport pour l'enfant C A.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
13. La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pialat, avocat de Mme F, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Pialat de la somme de 1 300 euros hors taxes.
D E C I D E :
Article 1 : La décision du préfet de la Moselle du 10 mai 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à Mme F une carte nationale d'identité et un passeport pour sa fille C A.
Article 3 : L'État versera à Me Pialat une somme de 1 300 (mille trois cents) euros hors taxes en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pialat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Me Pialat et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Messe, présidente,
Mme Milbach, première conseillère,
M. Duez-Gündel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le rapporteur,
C. E
La présidente,
M.-L. MESSE
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026