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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107647

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107647

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Grimal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le président de l'université de Haute-Alsace l'a classée, à compter du 1er septembre 2020, au 3ème échelon de la classe normale des maîtres de conférences avec une ancienneté conservée de trois mois et treize jours, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'acte attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de droit, en ce qu'il n'a pas été tenu compte pour son classement dans le corps des maîtres de conférences, de deux années de bonification au titre de la préparation de sa thèse, conformément à l'article 15 II du décret du 23 avril 2009, des services accomplis en qualité d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche du 1er septembre 2015 au 31 août 2016, du 1er septembre 2016 au 31 mai 2017 et du 1er septembre 2019 au 31 août 2020, conformément à l'article 8-1 du décret précité ainsi que de ses deux années de post-doctorat du 1er juin 2017 au 31 mai 2018 et du 1er septembre 2018 au 31 août 2019, conformément à l'article 5 du même décret ;

- le décret du 23 avril 2009 relatif aux règles de classement des personnes nommées dans les corps d'enseignants-chercheurs des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche n'impose pas à l'administration de privilégier son emploi de fonctionnaire, soit de professeur des écoles, au détriment des autres fonctions exercées en détachement ou en disponibilité ;

- le classement dans le nouveau corps doit s'effectuer de la manière la plus favorable à l'agent et non de la manière la plus favorable à l'administration ;

- les années de bonification au titre de la préparation de la thèse, les activités accomplies en qualité d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) ainsi que les activités de recherches effectuées après l'obtention du doctorat doivent être prises en compte pour le classement dans le corps des maîtres de conférences en lieu et place du classement dans le corps de professeur des écoles ;

- l'acte attaqué méconnaît le principe d'égalité dans la fonction publique et revêt un caractère discriminant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, l'université de Haute-Alsace, représentée par Me Zimmer, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la condamnation de

Mme B à lui payer une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 2009-462 du 23 avril 2009 relatif aux règles de classement des personnes nommées dans les corps d'enseignants-chercheurs des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche relevant du ministre chargé de l'enseignement supérieur ;

- l'arrêté du 10 février 2012 portant délégation de pouvoirs en matière de recrutement et de gestion de certains personnels enseignants des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard,

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cheminet, représentant l'université de Haute-Alsace.

Mme B, régulièrement convoquée, n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, a été nommée professeure des écoles de classe normale le 1er septembre 2009. Par un arrêté ministériel du 6 octobre 2020, elle a été nommée en qualité de maîtresse de conférences stagiaire à l'université de Haute-Alsace, à compter du 1er septembre 2020. Par un arrêté du 29 juin 2021, le président de l'université de Haute-Alsace l'a classée, à compter du 1er septembre 2020, au 3ème échelon de la classe normale des maîtres de conférences avec une ancienneté conservée de trois mois et treize jours. Contestant l'ancienneté retenue, la requérante a formé un recours gracieux contre cet arrêté par un courrier du

13 juillet 2021. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'article L. 951-3 du code de l'éducation autorise le ministre chargé de l'enseignement supérieur à déléguer aux présidents des universités tout ou partie de ses pouvoirs en matière de recrutement et de gestion des personnels relevant de son autorité. En application de ces dispositions, l'article 2 de l'arrêté du 10 février 2012, portant délégation de pouvoirs en matière de recrutement et de gestion de certains personnels enseignants des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche, prévoit que " Les présidents et les directeurs des établissements publics d'enseignement supérieur dont la liste est fixée à l'article 3 du présent arrêté reçoivent délégation des pouvoirs du ministre chargé de l'enseignement supérieur pour le recrutement et la gestion des personnels enseignants mentionnés à l'article 1er du présent arrêté en ce qui concerne : () 3. Le classement dans le corps () ". Il résulte de ces dispositions et de celles de l'article 3 du même arrêté, qui prévoient que l'arrêté s'applique notamment aux établissements énumérés à l'article L. 711-2 du code de l'éducation, au nombre desquels figurent les universités, que le président de l'université de Haute-Alsace disposait d'une délégation permanente de pouvoir du ministre pour prendre, au nom de l'État, la décision attaquée.

Mme B n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la décision signée par

M. Pierre-Alain Muller, président de l'université de Haute-Alsace, a été prise par une autorité incompétente, motif pris de ce que cette décision a été signée en sa qualité propre.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 23 avril 2009 relatif aux règles de classement des personnes nommées dans les corps d'enseignants-chercheurs des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche relevant du ministre chargé de l'enseignement supérieur, dans sa rédaction applicable au litige : " I. ' Les agents qui, antérieurement à leur nomination dans l'un des corps mentionnés à l'article 1er du présent décret, avaient la qualité de fonctionnaire civil, de militaire ou de magistrat sont classés à l'échelon de la classe de début de ce corps ou éventuellement de la classe de ce corps au titre duquel un recrutement a été ouvert, comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui dont ils bénéficiaient dans leur corps, grade, classe ou cadre d'emploi d'origine. () ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " Les recherches effectuées après l'obtention du doctorat, dans le cadre d'un contrat de travail, par les personnels nommés () dans le corps des maîtres de conférences ou dans l'un des corps assimilés à celui des maîtres de conférences, en application de l'arrêté prévu à l'article 6 du décret du 16 janvier 1992 susvisé, et d'un niveau au moins équivalent à celui des fonctions exercées par les membres du corps d'accueil sont retenues, dans les conditions suivantes : / 1° Pour l'accès au corps des maîtres de conférences ou à l'un des corps assimilés, le niveau des fonctions est apprécié par le conseil scientifique de l'établissement, ou l'organe en tenant lieu. Le temps consacré à la recherche est pris en compte en totalité dans la limite de quatre ans ;() ". Aux termes de l'article 8 de ce même décret : " Les personnes recrutées dans le corps des maîtres de conférences ou dans l'un des corps assimilés à celui des maîtres de conférences, en application de l'arrêté prévu par l'article 6 du décret du 16 janvier 1992 susvisé, sont classées dans la classe de début de ce corps à un échelon déterminé en prenant en compte la totalité des services effectués en qualité : / 1° D'attaché temporaire d'enseignement et de recherche, régi par le décret n° 88-654 du 7 mai 1988 ; (). Enfin, aux termes de l'article 15 de ce décret : " I. ' Lorsque les personnes nommées en application des articles ci-dessus peuvent se prévaloir des dispositions des articles 4 à 12 du présent décret, ces dispositions sont cumulables, sous réserve que ces services n'aient pas déjà été pris en compte lors de l'accès initial à un corps de fonctionnaire. / Pour l'application du présent décret : () / 2° Une même période ne peut donner lieu à prise en compte qu'une seule fois ; / () / II. ' Lorsque la période de préparation du doctorat, du doctorat d'État, du doctorat de troisième cycle, du diplôme de docteur ingénieur ou de diplômes universitaires, qualifications et titres français ou étrangers de niveau jugé équivalent par le conseil scientifique de l'établissement, ou l'organe en tenant lieu, n'a pas été accomplie sous contrat de travail et qu'elle n'a pas été prise en compte en application des dispositions du présent décret, elle ouvre droit à une bonification d'ancienneté de deux ans pour l'accès au corps des maîtres de conférences ou pour l'accès à l'un des corps assimilés à celui des maîtres de conférences, en application de l'arrêté prévu par l'article 6 du décret du 16 janvier 1992 susvisé. "

4. L'arrêté du 29 juin 2021 querellé mentionne que Mme B est classée à compter du 1er septembre 2020 au 3ème échelon de la classe normale des maîtres de conférence avec une ancienneté conservée de trois mois et treize jours, " compte tenu de son classement antérieur dans le corps de professeur des écoles, de deux ans de bonification d'ancienneté accordés pour la préparation du doctorat et d'un an de services accomplis en qualité de post- doctorant. "

5. D'une part, il ressort de l'arrêté attaqué que la requérante, contrairement à ce qu'elle soutient, a bénéficié pour son classement dans le corps des maîtres de conférences d'une bonification de deux ans d'ancienneté au titre de la préparation du doctorat en application du II de l'article 15 du décret précité ainsi que d'une reprise d'un an pour les services accomplis entre les 1er septembre 2018 et 31 août 2019 en qualité de post-doctorant en application de l'article 5 de ce même décret, au titre des services effectués lors d'une disponibilité, dès lors que ces services n'avaient pas été précédemment pris en compte pour son classement dans son corps d'origine de professeur des écoles.

6. D'autre part, il ressort de l'état récapitulatif des services pris en compte pour le classement de la requérante, annexé à l'arrêté litigieux, que les services accomplis en qualité d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) entre les 1er septembre 2015 et

31 août 2016, entre les 1er septembre 2016 et 31 mai 2017, entre les 1er septembre 2019 et

31 août 2020 ainsi que les activités de recherches effectuées après l'obtention du doctorat entre les 1er juin 2017 et 31 mai 2018 ont été comptabilisés pour son classement antérieur dans le corps de professeur des écoles, et n'ont donc pas été pris en compte à nouveau pour son classement dans le corps des maîtres de conférences. Le président de l'université de Haute-Alsace a ainsi fait une exacte application des dispositions du I de l'article 15 du décret du 23 avril 2009.

7. Enfin, si Mme B fait grief à l'administration d'avoir pris en compte les services accomplis en détachement, pour son classement dans le corps de professeurs des écoles plutôt que pour son classement dans le corps des maîtres de conférences, il est constant qu'elle n'a pas contesté son classement dans son corps d'origine. Or, les dispositions du décret du

23 avril 2009 imposent à l'administration d'examiner la situation de l'agent au regard de son classement dans son corps d'origine. Il n'appartenait pas à l'université de modifier le classement de Mme B dans le corps des professeurs des écoles en retranchant les services accomplis au titre du détachement de son ancienneté afin de lui permettre de bénéficier d'une situation plus favorable dans le corps des maîtres de conférence. Aussi, en prenant en compte le classement de Mme B dans le corps de professeur des écoles, à savoir un classement à compter du 19 juillet 2020, au 7ème échelon du corps de professeur des écoles de classe normale, à l'indice brut 619, le président de l'université de Haute-Alsace a fait une exacte application des dispositions de l'article 3 du décret du 23 avril 2009. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, en se bornant à soutenir que l'acte attaqué méconnaîtrait le principe d'égalité et serait constitutif d'une discrimination au regard des fonctionnaires ayant bénéficié d'un financement de leur thèse par l'administration, Mme B n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen sera écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par l'université de Haute-Alsace au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'université de Haute-Alsace sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université de Haute Alsace.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La rapporteure,

C. VICARD

La présidente,

A. DULMET Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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