mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2107818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELAS FIDAL CLERMONT-FERRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 novembre 2021, 7 novembre 2022, 23 mai 2023 et 24 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Joly, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le ministre des armées à lui verser la somme de 27 238,92 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises par l'administration dans la gestion administrative de sa carrière ;
2°) d'enjoindre à l'administration de retirer de son dossier la notation de l'année 2019 et de modifier à la hausse les indices relatifs interarmées (IRIS) associés depuis cette notation jusqu'au millésime 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration n'a pas respecté sa promesse de lui attribuer le commandement d'une unité de combat ;
- sa notation pour l'année 2019 est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- sa mutation au 1er régiment d'infanterie de Sarrebourg constitue une sanction déguisée ;
- les fautes ainsi commises par l'administration dans la gestion administrative de sa carrière lui ont occasionné, ainsi qu'à son épouse, contrainte de quitter son emploi pour le suivre, une perte de gains professionnels, une perte de rémunérations, des pertes de chance d'évolution favorable de leur carrière respective ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2022 et 10 juillet 2023, le ministre des armées, dans le dernier état de ses écritures, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 21 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard,
- et les conclusions de Mme Lecard, rapporteur publique.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, militaire de carrière entré en service en 2005, détient depuis le 1er août 2018 le grade de capitaine de l'armée de terre. Reçu en entretien d'orientation dans le cadre du bilan professionnel de carrière n° 1 (BPC1) le 26 septembre 2018, le requérant, alors affecté au 7ème bataillon de chasseurs alpins, a exprimé le souhait de commander une unité de combat. A compter du 1er mai 2021, il a exercé les fonctions de commandant d'une unité d'appui au 1er régiment d'infanterie de Sarrebourg. Estimant que l'administration n'a pas tenu sa promesse de lui confier le commandement d'une unité de combat et qu'il a fait l'objet d'une sanction disciplinaire déguisée, M. A a, par un courrier du 20 mai 2021, réceptionné le 25 mai suivant, saisi la commission des recours des militaires d'un recours préalable obligatoire contre la décision implicite de rejet de sa demande préalable indemnitaire. Par une décision expresse du
9 décembre 2021, s'étant substituée à une décision implicite initiale, la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant la condamnation de l'État à lui verser une indemnité totale de
27 238,92 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises par l'administration dans la gestion administrative de sa carrière.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article D. 4136-1-1 du code de la défense : " I- Le militaire ayant accompli au moins quatre années de service bénéficie, pendant la cinquième année de service, d'un bilan professionnel de carrière réalisé par le gestionnaire. Les années de scolarité ne sont pas prises en compte dans le calcul des années de service pour l'application de la présente disposition. / Ce bilan porte notamment sur les compétences et qualifications acquises par le militaire pendant la période considérée, sur son expérience professionnelle et sa manière de servir. Le bilan prend également en compte les aspirations professionnelles et personnelles du militaire. / Le militaire peut faire état de ses aspirations soit par écrit, soit à l'occasion d'un entretien avec son gestionnaire. / II. - Le bilan professionnel de carrière du militaire est notifié au militaire dans les deux mois suivant son élaboration. Il peut proposer de maintenir le militaire dans sa force armée ou formation rattachée et, le cas échéant, dans son arme et sa spécialité. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 1er août 2011 portant application de l'article D. 4136-1-1 du code de la défense et fixant les modalités d'organisation de l'évaluation et de notification du bilan professionnel de carrière : " L'orientation proposée dans le bilan professionnel de carrière doit se fonder de manière équilibrée et objective sur : / les compétences et qualifications professionnelles ainsi que les titres et diplômes acquis par le militaire depuis le début de son parcours professionnel dans les armées et formations rattachées, dans le cadre ou en dehors de l'exercice de ses fonctions ; / l'expérience professionnelle du militaire ; / la manière de servir du militaire appréciée à partir des notations établies pendant la période sur laquelle porte le bilan ; / les aspirations professionnelles et personnelles du militaire. / Peuvent également être prises en compte les qualifications et les expériences professionnelles détenues ou acquises par le militaire antérieurement à son engagement militaire ou à sa nomination dans le corps d'appartenance ainsi que tout élément objectif attestant de la volonté du militaire soit de s'inscrire dans un parcours de carrière militaire, soit de s'orienter vers les dispositifs de reconversion professionnelle. / L'orientation proposée dans le bilan professionnel de carrière doit également se fonder sur les besoins du gestionnaire au moment de l'élaboration du bilan et tels qu'ils peuvent être évalués jusqu'au bilan suivant. ".
4. Il résulte de ces dispositions que le bilan professionnel de carrière, établissant un bilan de compétences du militaire et recueillant l'avis du chef de corps sur l'aptitude de l'officier à commander en unité élémentaire, a pour seul objet de proposer une orientation au regard des besoins du gestionnaire.
5. En l'espèce, pour soutenir qu'en lui attribuant à compter du 1er mai 2021 le commandement d'une unité d'appui au 1er régiment d'infanterie de Sarrebourg, l'administration n'a pas respecté sa promesse de lui confier le commandement d'une unité de combat en haute montagne, M. A se prévaut de l'avis du chef de corps figurant dans son bilan professionnel de carrière établi le 26 septembre 2018 et libellé comme suit : " Sous réserve d'avoir obtenu le BCUHM, le capitaine A pourra commander une UR au bataillon. CFCU " combat " à privilégier au 2ème semestre 2020 en vue d'un TC à T + 3 en 2021. Doit obtenir son PLS 3333 d'anglais ". Cet avis, sur lequel l'autorité gestionnaire ne s'est pas prononcée, ne constitue qu'une proposition d'orientation et ne saurait être regardé comme un engagement ferme et précis pris par l'administration d'attribuer au requérant le commandement d'une unité de combat en 2021. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait formulé une promesse, dont le non-respect serait constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité.
6. En second lieu, M. A soutient qu'il s'est vu notifier une notation injustifiée en 2019 et entachée d'un détournement de pouvoir. Si la notation notifiée en avril 2019 est moins élogieuse dans l'appréciation globale des services rendus que celle de l'année 2017, la notation de l'année 2018 n'ayant pas été produite aux débats, il ressort toutefois de la comparaison de ces notations, d'une part que M. A était passé du grade de lieutenant en 2017 à celui de capitaine en 2019, ce qui pouvait justifiait un réexamen des appréciations portées, d'autre part que plusieurs items ont enregistré une progression dans la notation de 2019. En outre, les appréciations littérales portées par le notateur sont formulées en des termes positifs et mesurés, et ne révèlent aucune acrimonie ou hostilité manifeste à l'encontre du requérant. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la notation de l'année 2019 serait manifestement erronée au regard de sa manière de servir ou motivée par des éléments extérieurs à celle-ci. L'existence d'un détournement de pouvoir entachant cette notation ne peut donc être retenue.
7. En troisième lieu, l'existence d'une mesure disciplinaire déguisée se caractérise à la fois par l'intention de sanctionner un agent et par la dégradation objective de sa situation professionnelle en conséquence de cette mesure. Si M. A soutient qu'il s'est vu proposer en 2019 et 2020 une mutation sans lien avec son parcours, de nature à mettre en péril le déroulement de sa carrière et incompatible avec une vie de famille normale, pour autant il reconnaît dans écritures que les propositions d'affectations qui lui ont été faites en décembre 2019, comprenant le commandement d'une unité de combat d'infanterie au 5ème régiment de dragons de
Mailly-le-Camp, étaient cohérentes au regard de son parcours. En outre, il ressort des termes de la décision explicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire en date du
9 décembre 2021, que son affectation au 1er régiment d'infanterie de Sarrebourg constitue un emploi appartenant à la filière professionnelle " combat de l'infanterie ", soit un poste conforme à sa spécialité. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'ordre de mutation au 1er régiment d'infanterie de Sarrebourg aurait provoqué un ralentissement de sa carrière et objectivement porté atteinte à sa situation professionnelle. Dès lors, la mutation contestée ne peut être regardée comme étant constitutive d'une sanction déguisée.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute démontrée de l'administration, les conclusions indemnitaires présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions indemnitaires de la requête de
M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le ministre des armées au même titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le ministre des armées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.
La rapporteure,
C. VICARD
La présidente,
A. DULMET Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026