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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108066

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108066

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2021, la société BMS Patrimoine représentée par la SCP Racine Strasbourg cabinet d'avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 24 septembre 2021 par laquelle le conseil de l'Eurométropole de Strasbourg a créé un périmètre de prise en considération d'une opération d'aménagement sur la zone d'activités économiques située au Nord du Fort Uhrich et à l'Est de la rue D à Illkirch-Graffenstaden ;

2°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg une somme de 3500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les dispositions des articles L. 5211-1 et L. 2122-12 du code général des collectivités territoriales relatives à la bonne information des conseillers ont été méconnues ;

- la délibération méconnait l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme et se trouve entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle justifie l'instauration du périmètre " en vue de la conduite d'opérations d'aménagement " sans préciser l'objet, ni même la nature des opérations envisagées et sans véritable projet d'aménagement qui la sous-tend ; la délibération est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le zonage du plan local d'urbanisme prend en compte les préoccupations annoncées ;

- la délibération est entachée de détournement de pouvoir dès lors que l'objectif visé par les élus consiste en réalité à protéger la société présente sur le site de toute spéculation immobilière sur le secteur, aux fins de garantir son maintien sur site.

Par une ordonnance du 7 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 5 août 2022.

Un mémoire a été produit le 22 février 2023 par l'Eurométropole de Strasbourg postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B C,

- les conclusions de M. Victor Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Payet Blondet, avocat de la société BMS Patrimoine,

- les observations de M. E, pour l'Eurométropole de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1. La société BMS Patrimoine est titulaire d'une promesse unilatérale de vente aux termes d'un contrat de crédit-bail immobilier en vue de l'acquisition d'un ensemble immobilier à usage industriel et de bureaux, situé 1 rue du docteur A D à Illkirch-Graffenstaden. Les bâtiments à usage d'activités et de bureaux sont édifiés sur des parcelles cadastrées section 38 et 41 d'environ 16 hectares, classées en zone d'activités économiques UXb3 au plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg. Par sa requête, la société requérante demande l'annulation de la délibération du 24 septembre 2021 par laquelle le conseil de l'Eurométropole de Strasbourg a créé un périmètre de prise en considération d'une opération d'aménagement sur cette zone d'activités économiques située au Nord du Fort Uhrich et à l'Est de la rue D à Illkirch-Graffenstaden sur les parcelles cadastrées Section 38 n°848/166, Section 41 n°149, 150, 151, 152, 605/234, 656/201, 657/201.

Sur la légalité de la délibération du 24 septembre 2021 :

2. Aux termes de l'article L.424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. / Il peut également être sursis à statuer : 1° Dès la date d'ouverture de l'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique d'une opération, sur les demandes d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations à réaliser sur des terrains devant être compris dans cette opération ; 2° Lorsque des travaux, des constructions ou des installations sont susceptibles de compromettre ou de rendre plus onéreuse l'exécution de travaux publics, dès lors que la mise à l'étude d'un projet de travaux publics a été prise en considération par l'autorité compétente et que les terrains affectés par ce projet ont été délimités; 3° Lorsque des travaux, constructions ou installations sont susceptibles de compromettre ou de rendre plus onéreuse la réalisation d'une opération d'aménagement, dès lors que le projet d'aménagement a été pris en considération par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent et que les terrains affectés par ce projet ont été délimités, sauf pour les zones d'aménagement concerté pour lesquelles l'article L. 311-2 du présent code prévoit qu'il peut être sursis à statuer à compter de la publication de l'acte créant la zone d'aménagement concerté. / Le sursis à statuer ne peut être prononcé que si la décision de prise en considération prévue aux 2° et 3° du présent article et à l'article L. 102-13 a été publiée avant le dépôt de la demande d'autorisation. La décision de prise en considération cesse de produire effet si, dans un délai de dix ans à compter de son entrée en vigueur, l'exécution des travaux publics ou la réalisation de l'opération d'aménagement n'a pas été engagée. / () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L.424-1 du code de l'urbanisme qu'un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme que dans les cas et sous les conditions qu'il énumère. Pour la mise en œuvre d'une telle décision prise sur le fondement du 3°, la délibération de prise en considération d'un projet d'aménagement, laquelle caractérise un acte à portée décisoire, doit avoir été publiée avant le dépôt de la demande d'autorisation en cause concernant un projet porté par un pétitionnaire susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreux ce projet d'aménagement porté par la collectivité. Afin de pouvoir justifier légalement le sursis à statuer pris ultérieurement sur son fondement, cette délibération doit reposer, lorsqu'elle est adoptée, sur un projet d'aménagement dont les caractéristiques précises peuvent ne pas être nécessairement connues mais qui ne peut se limiter à réserver des terrains dans l'attente de la définition dudit projet.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des extraits de la délibération du conseil municipal de la commune d'Illkirch-Graffenstaden, consultée sur le projet de délibération en cause compte-tenu de la situation des terrains concernés, ainsi que des termes mêmes de la délibération contestée, qu'aucun projet d'aménagement particulier n'est envisagé sur le secteur ce que la délibération rappelle elle-même. La motivation de la délibération ne repose que sur l'explication du caractère stratégique du secteur concerné de par sa situation et sa taille, la volonté de préserver l'emploi de l'entreprise locataire du site qui se trouve en difficulté financière, l'énoncé d'orientations et d'objectifs généraux dans le cadre d'une " recherche des équilibres territoriaux " sous divers intitulés généraux sans caractérisation d'une action ou d'un projet précis. La société requérante soutient également sans être contredite que lors des débats en séance, les élus avaient d'ailleurs admis n'avoir aucune vision urbaine pour l'avenir de ce site, ni même, à ce stade, une connaissance précise des enjeux du secteur, les extraits des débats du conseil de l'Eurométropole indiquant par exemple le souhait de mener des " études qui nous aideront à la définition de la vision future de ce secteur. () les études () aideront à y voir clair ". Par suite, la société BMS Patrimoine est fondée à soutenir que faute pour l'Eurométropole de Strasbourg de justifier de la réalité d'un projet d'aménagement, la délibération en litige a été prise en méconnaissance des dispositions citées au point 2.

5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état du dossier, susceptible de fonder l'annulation de la délibération contestée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de la délibération du 24 septembre 2021 par laquelle le conseil de l'Eurométropole de Strasbourg a pris en considération une opération d'aménagement sur les parcelles énoncées au point 1 rue D à Illkirch-Graffenstaden.

Sur les frais de justice liés au litige:

7. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg le paiement à la société BMS Patrimoine de la somme de 1500 euros au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : La délibération du 24 septembre 2021 de prise en considération d'une opération d'aménagement au Nord du Fort Uhrich et à l'Est de la rue D à Illkirch-Graffenstaden est annulée.

Article 2 : L'Eurométropole de Strasbourg versera à la société BMS Patrimoine une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société BMS Patrimoine et à l'Eurométropole de Strasbourg. Copie en sera adressée à la commune d'Illkirch-Graffenstaden.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère.

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La première assesseure,

L. KALT

Le président rapporteur,

M. C

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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