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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108117

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108117

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET GALLAND YANNICK & KIEFFER EMMANUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 novembre 2021 et le 31 août 2022, Mme C B, représentée par Me Galland, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Strasbourg a décidé de l'autoriser à effectuer une seconde année de stage ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 (deux mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la rectrice n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de l'ensemble de sa situation, et notamment des bonnes notes obtenues, de l'avis favorable du directeur de l'INSPE circonstances et des appréciations positives des tuteurs ;

- les droits de la défense ont été méconnus ; l'arrêté en litige, décision prise en considération de sa personne, a été édicté alors qu'elle n'avait pas été mise en mesure de préparer des observations en défense face aux remarques émises par des élèves et des collègues, qui ont motivé l'avis défavorable rendu par la cheffe d'établissement ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'aucune mesure d'accompagnement n'a été mise en place en dépit de l'utilisation de la procédure d'alerte adressée par la principale du collège au rectorat ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,

- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 modifié relatif au statut particulier des professeurs certifiés,

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires,

- l'arrêté du 28 août 2020 fixant les modalités complémentaires d'évaluation et de titularisation de certains personnels relevant du ministère chargé de l'éducation lauréats de la session 2020 des concours,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,

- et les observations de Me Galland, représentant Mme B et de M. A, représentant le recteur de l'académie de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, traductrice en langue allemande, a été admise au concours externe de recrutement de professeurs certifiés de l'enseignement du second degré lors de la session 2020 et a été affectée, à compter du 1er septembre 2020 au collège René Schickelé à Saint-Louis (Haut-Rhin) en qualité de professeure stagiaire. A l'issue de son année de stage, le jury académique a émis un avis défavorable à sa titularisation et a proposé le renouvellement de son stage. Par un arrêté du 16 juillet 2021, la rectrice de l'académie de Strasbourg a autorisé Mme B à effectuer " une deuxième et dernière année de stage à compter du 1er septembre 2021 ". Mme B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il révèle un refus de titularisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, elle n'est pas, sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire, au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements.

3. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Le jury entend au cours d'un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2020 fixant les modalités complémentaires d'évaluation et de titularisation de certains personnels relevant du ministère chargé de l'éducation lauréats de la session 2020 des concours : " Les modalités d'évaluation et de titularisation prévues par les arrêtés du 19 octobre 2010, du 22 août 2014, du 22 décembre 2014, du 23 août 2017 et du 26 mars 2018 susvisés des lauréats de la session 2020 des concours de recrutement pour l'accès aux corps des personnels de l'enseignement public et pour l'accès aux échelles de rémunération des maîtres exerçant dans les établissements d'enseignement privés sous contrat dont la liste figure en annexes 1 et 2 du présent arrêté, sont complétées par un entretien professionnel organisé dans les conditions prévues par le présent arrêté. " L'article 2 prévoit la constitution de commissions d'entretiens professionnels. Aux termes de l'article 3 de ce même arrêté : " Les commissions prévues à l'article 2 entendent au cours d'un entretien les fonctionnaires stagiaires et les maîtres en période probatoire mentionnés à l'article 1er relevant de leur champ de compétence. Chaque commission rend un avis établi sur la base d'un modèle défini selon les orientations du ministre chargé de l'éducation nationale, qui sera publié avant la fin de l'année civile 2020. / L'entretien, d'une durée de trente minutes, débute par une présentation par le stagiaire, d'une durée de dix minutes, d'une situation professionnelle personnelle vécue pendant l'année scolaire en cours. Le stagiaire décrit et analyse la situation et les choix qu'il a été amené à faire. L'entretien est ensuite consacré à un échange avec la commission. L'entretien permet, en prenant appui sur la première partie, d'évaluer la capacité d'analyse et de réflexivité relativement à la pratique professionnelle de l'année en cours, dans les domaines de compétences suivants : / - l'intégration des éléments réglementaires et institutionnels dans l'exercice des responsabilités attachées à sa fonction (droits et des devoirs du fonctionnaire et de l'agent public, valeurs de la République et service public de l'éducation, etc.) ; / - les compétences relationnelles, de communication et d'animation favorisant la transmission, l'implication et la coopération au sein de la communauté éducative et son environnement ; / - pour les personnels enseignants, les compétences professionnelles liées à la maîtrise des contenus disciplinaires et à leur didactique ; (). "

4. Mme B se trouvait, en tant que stagiaire, dans une situation probatoire et provisoire. S'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été convoquée, le 25 mars 2021, par la cheffe d'établissement, sous un prétexte fallacieux, et que cette dernière lui a alors opposé, en présence de l'inspectrice en charge de l'évaluation de l'intéressée, un certain nombre de griefs concernant son comportement vis-à-vis de l'institution et des élèves, cet évènement, pour regrettable qu'il soit, est par lui-même sans incidence sur la régularité de la procédure préalable à la décision du jury puis de la rectrice, dès lors que la décision de ne pas la titulariser ne constitue pas une sanction. Mme B ne saurait utilement invoquer la méconnaissance du principe général des droits de la défense. Au demeurant, il est constant qu'elle a été mise en mesure de prendre connaissance de son dossier et de préparer son entretien avec la commission d'entretien professionnel, qui l'a reçue le 21 avril 2021 et a apprécié les mérites de l'intéressée compte tenu de sa prestation ce jour-là. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au motif que

la requérante n'a pas été mise en mesure de se défendre face aux griefs invoqués le 25 mars 2021 par la cheffe d'établissement est inopérant et doit être écarté pour ce motif.

5. En deuxième lieu, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve des capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné. Lorsqu'il est saisi d'une demande d'annulation de la décision de refus de titularisation prise par l'autorité administrative à l'issue du stage, il appartient au juge d'apprécier la légalité de cette décision au regard notamment de l'ensemble des circonstances susceptibles d'avoir affecté celui-ci.

6. En invoquant un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre de mesures d'accompagnement à la suite du signalement effectué par la cheffe d'établissement le 25 mars 2021, Mme B doit être regardée comme soutenant que son stage ne s'est pas déroulé dans des conditions satisfaisantes. Toutefois, d'une part, s'il était loisible à l'autorité administrative de mettre en œuvre, en cours de stage, une " procédure d'alerte " destinée à aménager le stage d'un enseignant connaissant des difficultés, afin de l'aider à les surmonter, elle n'était pas pour autant tenue d'engager une telle démarche, laquelle ne repose sur aucun texte législatif ou règlementaire. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait été confrontée à des difficultés pédagogiques outrepassant celles auxquelles un stagiaire doit normalement faire face et qui auraient justifié un accompagnement spécifique en plus du tutorat et des visites d'inspection et de conseil dont elle a bénéficié. Les rapports circonstanciés de sa tutrice contenaient non seulement des remarques précises sur la manière de servir de l'intéressée et attiraient son attention sur les difficultés rencontrées dans l'exercice de ses missions, mais donnaient également des conseils dans le but d'améliorer sa pratique professionnelle. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme ayant été privée de la possibilité d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités professionnelles. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la rectrice n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de l'ensemble des éléments d'évaluation des mérites de Mme B au cours de son année de stage. Ce moyen manque en fait et doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier, et notamment de l'avis rendu le 5 mai 2021 par la tutrice de Mme B, de l'avis rendu le 17 mai 2021 par un inspecteur et de l'avis rendu le 28 avril 2021 par la commission chargée de l'entretien professionnel des lauréats du CAPES pour la session 2020, que Mme B n'a pas su tenir compte des remarques et observations formulées au cours de son année de stage concernant une attitude trop autoritaire et partiale à l'égard des élèves et son incapacité à installer une dynamique de classe sereine et incluant l'ensemble des enfants, quelque que soit leur niveau d'aisance dans les apprentissages. L'ensemble des intervenants relève des difficultés de Mme B à se remettre en question et à adopter la posture professionnelle attendue d'un enseignant à la fin d'une première année de stage. Ainsi, en dépit des bonnes notes obtenues et des appréciations positives recueillies jusqu'en février 2021, les éléments ultérieurs attestent de sérieuses difficultés rencontrées par l'intéressée dans la mise en pratique des enseignements. Par suite, la décision de ne pas la titulariser et de lui proposer une seconde année de stage n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme demandée à ce titre par Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

S. JORDAN-SELVA

La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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