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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108405

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108405

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCHOFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 8 décembre 2021 et 30 mars 2022, Mme E B, représentée par Me Choffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers de Thionville, dépendant du centre hospitalier régional de Metz-Thionville, l'a exclue à titre définitif de sa formation ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional de Metz-Thionville une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été signée par M. A et il n'est pas établi qu'il bénéficiait d'une délégation de compétence ;

- il n'est pas établi que la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers de Thionville était régulièrement composée ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers de Thionville n'a pas été régulièrement convoquée ;

- la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers s'est réunie au-delà du délai d'un mois prévu à l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 ;

- la décision contestée est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté du 30 juillet 2021 portant agrément du directeur des instituts de formation en soins infirmiers du centre hospitalier régional de Metz-Thionville en la personne de M. A ;

- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, le directeur du centre hospitalier régional Metz-Thionville conclut au rejet de la requête. Il doit également être regardé comme concluant à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C D,

- et les conclusions de M. Arnaud Lusset, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, étudiante au sein de l'institut de formation en soins infirmiers de Thionville, a été convoquée devant la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de cet établissement le 22 octobre 2021. Par une décision du même jour, notifiée le 25 octobre suivant, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers de Thionville l'a exclue à titre définitif de sa formation. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, dans sa version issue de l'arrêté du 17 avril 2018 modifiant l'arrêté précité : " La section rend () des décisions sur les situations individuelles suivantes : 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; () ". Aux termes de l'article 16 de cet arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants (). Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : - soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive ". Aux termes de l'article 17 de même arrêté : " Les décisions de la section font l'objet d'un vote à bulletin secret. Les décisions sont prises à la majorité. () ".

En ce qui concerne la composition de la commission :

3. Aux termes des dispositions de l'article 12 de l'arrêté du 21 avril 2007 : " La section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants est présidée par le directeur de l'institut de formation ou son représentant ". Aux termes des dispositions de l'article 13 du même arrêté : " La liste des membres est fixée en annexe III du présent arrêté. () ". L'annexe III de cet arrêté prévoit : " liste des membres de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants Membres de droit : -le directeur de l'institut de formation ou son représentant ; -un conseiller scientifique paramédical, ou médical en l'absence de conseiller scientifique paramédical, désigné par le directeur de l'institut ; -pour les instituts de formation rattachés à un établissement public de santé, le directeur des soins, coordonnateur général ou son représentant, directeur des soins, et pour les instituts de formation privés, le responsable de l'organisation des soins, ou son représentant ; -un professionnel diplômé de la filière en exercice, désigné par le directeur de l'institut de formation, exerçant hors d'un établissement public de santé ; -un enseignant de statut universitaire désigné, par le président d'université, lorsque l'institut de formation a conclu une convention avec une université ; -un médecin participant à l'enseignement dans l'institut, désigné par le directeur de l'institut ; -le ou les responsables de la coordination pédagogique des formations concernées ; -deux cadres de santé ou responsables d'encadrement de la filière, désignés par le directeur de l'institut, exerçant depuis au moins trois ans : pour le premier dans un établissement public de santé et pour le second dans un établissement de santé privé. Membres élus : 1. Représentants des étudiants : -deux étudiants par promotion. Ces représentants des étudiants, ainsi que leurs suppléants sont ceux élus au sein de l'instance compétente pour les orientations générales de l'institut. 2. Représentants des formateurs permanents élus par leurs pairs : -un formateur permanent de l'institut de formation par promotion. Ces représentants des formateurs permanents, ainsi que leurs suppléants sont ceux élus au sein de l'instance compétente pour les orientations générales de l'institut. ". Et aux termes des dispositions de l'article 14 du même arrêté : " Cette section se réunit après convocation par le directeur de l'institut de formation. Elle ne peut siéger que si la majorité de ses membres est présente. () ".

4. Mme B soutient que la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut était irrégulièrement composée. Toutefois, il ressort du compte rendu de séance produit en défense qu'étaient présents à cette réunion, qui s'est tenue le 22 octobre 2021, le directeur de l'institut, un conseiller scientifique paramédical ou médical, un professionnel diplômé, le responsable de la coordination pédagogique et un cadre de santé ou responsable d'encadrement exerçant depuis au moins trois ans, six représentants des étudiants et deux membres invités. En outre, la requérante a pu s'assurer de la régularité de cette composition dès lors qu'au début de la séance, le président a invité les membres à se présenter. De plus, la condition de quorum exigée par les dispositions précitées de l'article 14 de l'arrêté du 21 avril 2007 était remplie. Enfin, en se bornant à soutenir que Mme A, absente lors de la réunion du 22 octobre 2021, aurait pu, en tant que membre de droit et directrice de soins de l'établissement support, " influer sur le vote ", Mme B n'apporte aucun élément pour établir que cette absence a empêché la section compétente de se prononcer en toute connaissance de cause, alors qu'au demeurant la décision attaquée a été adoptée à huit voix contre trois. Par conséquent, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la section compétente doit être écarté.

En ce qui concerne la compétence :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 précité et que celle-ci était régulièrement composée, ainsi que cela a été indiqué au point 4 du présent jugement. En outre, il ressort des termes mêmes du courrier du 22 octobre 2021 signé par M. A, qu'il constitue uniquement une notification de la décision contestée. Dans ces conditions, et dès lors que les conditions de notification sont sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou si celui-ci en constitue la base légale. En l'espèce, la décision par laquelle la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles a exclu Mme B à titre définitif de sa formation ne constitue pas une mesure d'application de la décision du 30 juillet 2021 portant agrément de M. A au poste au poste de directeur des instituts de formation en soins infirmiers dépendant du centre hospitalier régional Metz-Thionville. Cette décision ne constitue pas davantage la base légale de la décision contestée. Dans ces conditions, la requérante ne peut, en tout état de cause, utilement exciper de l'illégalité de la décision d'agrément précitée du 30 juillet 2021. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la procédure :

7. En premier lieu, Mme B soutient que les droits de la défense ont été méconnus. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions de l'arrêté du 21 avril 2007 que le directeur de l'institut de formation en soins infirmiers aurait été tenu, dans la lettre du 1er octobre 2021 convoquant Mme B à la réunion de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles, d'informer cette dernière ainsi que les membres de cette section, des mesures pouvant être prises à l'issue de la procédure qui ne présente pas le caractère d'une procédure disciplinaire, et notamment une exclusion temporaire ou définitive de la scolarité. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'un entretien s'est déroulé le 15 septembre 2021 en compagnie de M. A, directeur de l'institut de formation en soins infirmiers et de Mme M., adjointe à la direction, afin d'informer Mme B des modalités de la section pédagogique et qu'au cours de cet entretien, il lui a été indiqué qu'en vertu de l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007, la section compétente était susceptible de proposer son exclusion de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an ou de façon définitive. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, si le courrier de convocation du 1er octobre 2021 ne fait pas mention des faits précis et circonstanciés dont l'institut de formation en soins infirmiers a pu estimer qu'ils étaient incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, il ressort des pièces du dossier que le rapport circonstancié établi par le directeur de l'institut et détaillant chacun des faits ayant motivé la saisine de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants était notamment joint en annexe du courrier précité. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure aurait également méconnu les droits de la défense sur ce point ne peut être écarté.

9. En troisième lieu, Mme B fait valoir que la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers, initialement convoquée le 15 octobre 2021, ne pouvait être régulièrement reportée au 22 octobre 2021 sans envoi préalable d'une nouvelle convocation par voie postale. Toutefois, la circonstance que la requérante n'a pas été destinataire d'une nouvelle convocation écrite à la suite du report de la section compétente est sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors qu'aucune disposition n'impose que la convocation soit effectuée par voie postale et que Mme B, qui ne conteste pas avoir été dument informée de ce report par voie téléphonique le 15 octobre 2021, y était présente et a pu utilement y faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de ce que la section compétente a été irrégulièrement convoquée ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le stage de la requérante aurait été suspendu, Mme B ne peut utilement faire valoir que la section compétente s'est tenue au-delà du délai d'un mois prévu par l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 précité à compter de la survenance des faits reprochés. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le délai de convocation n'aurait pas été respecté ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'erreur d'appréciation :

11. Si Mme B soutient avoir validé ses deux premières années de formation et avoir fait l'objet de bonnes appréciations à l'issue du stage de rattrapage effectué du 28 juin 2021 au 30 juillet 2021 au sein du service de chirurgie cardio-vasculaire de l'hôpital de Thionville, il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier du rapport du directeur de l'institut établi en vue de la saisine de la section compétente et du rapport du stage de rattrapage précité que des difficultés récurrentes ont été identifiées par les professionnels qui l'ont encadrée. A cet égard, à plusieurs reprises à l'occasion de ses différents stages, elle a fait preuve d'une absence d'acquisition des compétences attendues d'un étudiant en dernière année de formation, d'une méconnaissance de protocoles de base, et d'un manque de communication avec le patient. En outre, malgré la mise en place, à deux reprises, de contrats pédagogiques destinés à permettre à Mme B d'améliorer sa posture professionnelle, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a commis des erreurs dans le calcul et l'administration des doses et débits de thérapeutiques et qu'elle présente des lacunes en pharmacologie. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a notamment, le 11 juillet 2021, clampé la sonde urinaire d'un mauvais patient et a omis, le 26 juillet 2021 de s'assurer de l'identité d'un patient avant d'effectuer un prélèvement sanguin. Dans ces conditions, compte tenu de la répétition et de la gravité des manquements commis par Mme B, qui apparaissent incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, et malgré ses efforts pour progresser, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, décider de l'exclure définitivement de la formation.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier régional Metz-Thionville, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le centre hospitalier régional Metz-Thionville au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier régional Metz-Thionville présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au centre hospitalier régional Metz-Thionville.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Guth, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. D

Le président,

S. Dhers

Le président,

S. Dhers

Le président,

S. Dhers

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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